×Membres de L'Economiste Qui sommes-nousL'Editorialjustice régions Dossiers Société Culture Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Culture

Musée des Confluences: L’art du tissage, un savoir-faire millénaire

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5876 Le 02/11/2020 | Partager
L’exposition «Foum Zguid du sel au fil», à Marrakech jusqu’au 10 janvier 2021
Un voyage séculaire des arts africains, arabes et amazighs
Des broderies d’exception, le précieux patrimoine des tisseuses africaines

Il y a des talents et des connaissances millénaires, qui se transmettent de génération en génération, de femmes à femmes et de pays à pays à travers les siècles en Afrique. L’exposition «Foum Zguid – du sel au fil», organisée par la Fondation nationale des musées du 1er octobre au 10 janvier 2021 au Musée des Confluences, Dar El Bacha à Marrakech, tend à faire connaître au public ces arts du tissage, qui ont traversé les siècles et les villages africains pour se nicher dans les terres de la tribu arabe des Oulad Hlal au Maroc.

art-du-tissage-076.jpg

Oulad Hlal, région de Foum Zguid (sud-est du Maroc), vers 1980. Tissu industriel noir, broderie à l’aiguille et des fils de «tricot» synthétiques. Collection Lucien Viola (Ph. © G. Blazek)

«Cette exposition, dont les œuvres nous proviennent de la collection privée de Lucien Viola, s’inscrit dans le cadre du lancement de la nouvelle saison culturelle et s’intègre dans la vocation du Musée des Confluences Dar El Bacha d’identifier les apports culturels qui ont forgé le passé du Maroc à travers cet héritage africain et arabo-musulman. Les échanges et brassages culturels entre tribus arabes, amazighes et africaines ont ajouté à notre richesse culturelle dont nous sommes fiers, une signature et tonalité unique qui  font la particularité de notre pays», précise Salima Aitmbark, conservatrice du Musée national du tissage et du tapis Dar Si Said.

Le Royaume, grâce à sa position géographique en Afrique entre l’Orient et l’Occident, a été le point névralgique et le centre des échanges commerciaux terrestres fluviaux et maritimes. Les interactions entre l’Afrique subsaharienne et le Maroc s’opérait il y a quelques siècles, à travers les routes où se côtoyaient caravanes de sel, d’or et d’ivoire. «Un grand flux de populations des communautés subsahariennes se sont d’abord installées dans le sud-est et le sud-ouest de Sijilmassa et du Drâa, dans le désert de Merzouga, à Foum Zguid, puis à travers tout le Maroc. Ces communautés ont apporté un style plus africain aux réalisations des femmes autochtones qui vivaient dans les villages arabes et berbères des Oulad Hlal dans la région de Foum Zguid», poursuit Salima Aitmbark. Des femmes qui produisent toujours des châles brodés, des voiles et des bandeaux tissés et qui portent l’empreinte d’une spiritualité venue d’Afrique subsaharienne, témoignage d’un profond brassage historique, ethnique et artistique afro-marocain.

«D’après la tradition orale des Oulad Hlal, le «qinaâ» noir sans broderies était porté par les femmes jusqu’aux années 1940. Ce n’est que lorsque les artisans juifs berbères, maîtres initiateurs des broderies ont quitté le Maroc vers les années 1950-60, qu’un tailleur d’un village de la région a pris la relève et a commencé à faire des broderies sur ces châles. Le travail de la broderie coûtait 2 rials, soit l’équivalent de 10 centimes, à cette époque, avec ce montant, on pouvait acheter un cône de sucre de 2 kilogrammes», raconte Mustapha Hansali, co-organisateur de l’exposition. En 1965, ce tailleur, à son tour, a initié une femme à la broderie. Ensuite, petit à petit, toutes les femmes ont appris à faire des broderies sur leurs châles. Les «qinaâ» sont des productions relativement récentes datant d’une cinquantaine d’années.

art-du-tissage-2-076.jpg

Foum Zguid (sud-est du Maroc), deuxième moitié du XXe siècle. Tissage en laine et coton teint en plusieurs couleurs - Collection Lucien Viola (Ph. © L.Viola)

Toujours portées par les femmes, leurs broderies ont radicalement changé, elles n’ont plus, malheureusement, ni le style ni la touche personnelle d’antan. «Les femmes des communautés de Foum Zguid et de tout le sud du Maroc ont traditionnellement porté un châle noir appelé dans la langue vernaculaire «guénaâ» qui est, par déformation phonétique de l’arabe marocain, le «qinaâ» en arabe classique. Le port du «qinaâ» est décrit par d’anciens voyageurs comme Ibn Battouta, qui a noté dans ses voyages qu’il était porté sur la tête indifféremment par les hommes et les femmes.

Dans son étude sur les Mille et une Nuits, M. Lane décrit le «qinaâ» comme un voile qui recouvrait le visage des femmes. Ailleurs, dans les voyages d’Ibn Djobair, le «qinaâ» faisait partie du costume des bédouins qui étaient, aux premiers temps de l’Islam, presque tous des Arabes», indique Hansali. Le vrai mérite de cette exposition revient au génie des femmes arabes et berbères, tisserandes, brodeuses et coloristes qui ont réussi à greffer sur les tissages leurs aventures, leur savoir-faire artistique et toute leur magie.

Ghizlaine BADRI

 

Chère lectrice, cher lecteur,

L'article auquel vous tentez d'accéder est réservé à la communauté des grands lecteurs de L'Economiste. Nous vous invitons à vous connecter à l'aide de vos identifiants pour le consulter.
Si vous n'avez pas encore de compte, vous pouvez souscrire à L'Abonnement afin d'accéder à l'intégralité de notre contenu et de profiter de nombreux autres avantages.

Mot de passe oublié?
CAPTCHA
This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.
ABONNEZ-VOUS
  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc