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International

L’Algérie à la veille du référendum: Une économie droguée au pétrole

Par Nadia SALAH | Edition N°:5875 Le 30/10/2020 | Partager
Alger peut continuer sur le même pied encore trois ou quatre ans
La Sonatrach n’est plus ce qu’elle était

Depuis l’Indépendance, l’économie algérienne vit sous deux principes officiels : la révolution et le socialisme. S’ils restent dans les discours, la réalité les a chassés depuis longtemps.

Il s’agit d’une économie fortement étatisée, qui n’a pas réussi son évolution vers le libéralisme. Il faut dire à sa décharge que depuis la fin de la guerre civile, elle a eu à faire des malfrats, présentés aujourd’hui devant les juges. Les liens avec les hauts militaires, avec la Justice ou avec les proches de Bouteflika servaient de garanties. L’ancien patron des patrons aurait réussi à emprunter quelques 18 milliards de dollars, très partiellement remboursés.

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Source: Revue Gaz de Schiste
La moitié des hydrocarbures, gaz et pétrole, vendus par l’Algérie est le fait de la puissante Sonatrach. Le reste vient des exploitations de sociétés étrangères, surtout américaines et anglaises. Ce qui explique la sensibilité de ces deux pays aux choix de politiques étrangère d’Alger. Derniers arrivés, les Chinois développent aussi leurs investissements, sans rencontrer les avanies vécues par d’autres investisseurs. La carte signale aussi les mines d’or de la région de Tamanrasset

L’homme exemplaire…

Le précurseur des «milliardaires sur fonds publics» ou du «capitalisme de biberon» fut le pharmacien Khalifa. Il créa en une poignée de temps, une compagnie aérienne, une banque… Il fut flingué en vol, sans que les raisons de l’envoyer au trou, fussent plus crédibles que celles de son lancement. Il était une sorte de marionnette pour « valoriser l’image du pays ».
 A l’autre extrémité de l’économie algérienne, né en 1971 d’un petit atelier, l’entreprise familiale Cévital est d’une toute autre nature.  Son célèbre fondateur, Issab Rebrab, dont personne ne critique la probité, n’a fait «que» quelques mois de prison, suite à ce qui semblaient être des luttes entre clans du pouvoir. Rebrab et son groupe sont devenus «l’exemple à suivre» pour le programme économique du président Tebboune. Pas l’ombre d’un biberon dans son parcours d’entrepreneur en terrain difficile et versatile (Cf. L’Economiste du 25 août 2020). Il vient de se positionner en France pour la reprise de l’ensemblier Lapeyre. En Europe, il a sauvé des marques aussi prestigieuses que Brant, De Dietrich, Sauter et Vedette. De son côté, le gouvernement veut limiter drastiquement les importations d’électroménager pour recréer une production locale….

Actions parfois puériles

Les procès montrent autre chose que le seul désir des sanctionner les abus. Ils montrent que la DRS, services de renseignements puissants du temps de Boumediene, est de retour. Même si ces cadres ont beaucoup perdu en compétence financière pour évaluer une entreprise.
Ces actions judiciaires marquent-elles la fin du libéralisme «biberonné» par les marchés publics, fortement imprégné de corruption? L’affaire la plus symbolique est cette obligation faite par la présidence Bouteflika (on ne sait pas qui exactement) de développer les entreprises privées, à partir de l’argent public. Par exemple, obligation fut faite à Sonelgaz, filiale de Sonatrach, de livrer gratuitement du gaz et des carburants à son concurrent privé. Ce 28 octobre, les factures sont toujours impayées et le patron toujours en fuite.
Les proches de l’ancien président sont encore sûrs que la fabrication de milliardaires était la bonne voie pour sortir du blocage économique. Prudent, Cevital s’est tenu à l’écart. Il n’empêche que le CA de son groupe, présent aussi en Europe, représente les deux tiers de celui de l’OCP.

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Le patron des patrons algériens, Ali Haddad, symbole du capitalisme biberonné, créé du temps de Bouteflika. Parti d’une entreprise de travaux publics au début des années 2000, sa fortune hors Algérie serait supérieure à 300 millions d’euros (33 milliards de DH, l’équivalent du Fonds d’Accélération industriel au Maroc). Il a démissionné du patronat suite à une vidéo, où il réclamait à Saïd Bouteflika, frère du président, que les premières manifestations du Hirak soient réprimées par la force. Depuis il enchaîne les procès (Ph. APS)

Les fortunes des militaires aujourd’hui en jugement sont rarement dans le domaine commercial. Il s’agit de biens immobiliers en Algérie, en France ou en Espagne, dont la valeur semble très surestimée par les services de renseignements. De nombreux hauts gradés ne croyaient donc pas dans le système qu’ils défendaient.
Le gouvernement actuel clame qu’il va «récupérer tout l’argent». Pour l’instant les demandes faites à l’étranger restent vagues. Inversement, les saisies locales ne semblent pas toujours compatibles quelque droit que ce soit.
Aux yeux du président, ces récupérations doivent remplacer les pertes sur les exportations des hydrocarbures.
Le deuxième ressort de développement sera les économies du secteur public. L’armée n’est pas concernée, au contraire. Le président entend du reste réduire le budget de 30 puis de 50 %. Objectif qui n’a pas beaucoup de sens. Ainsi, la Sonatrach dont les responsables changent souvent, a diminué ses explorations et sa maintenance. Le résultat est qu’actuellement trois sites importants sont à l’arrêt pour plusieurs mois à la grande joie des entreprises spécialisées américaines ou chinoises. Les pertes d’exportations commencent à peser. Plusieurs filiales annoncent des résultats négatifs. Etonnamment, la Sonatrach a peu développé ses activités de maintenance. Depuis trois ans, plusieurs rapports s’inquiètent de la fin des réserves. Mais leur valeur est sujette à caution.
Il est difficile de dire à quelques milliards près le montant des recettes des hydrocarbures. Cela s’explique en partie par la complexité de Sonatrach, avec des cascades de filiales. Le deuxième point est le retard et l’hétérogénéité dans les statistiques. Même le FMI s’en plaint.  Enfin, la baisse rapide du dinar rend compliquée, dit-on, la tenue de compte.
Il tombe sous le sens, que l’effet ciseau, baisse des recettes en devises, augmentation des besoins d’importations, est déjà en vue. En tout cas la prochaine constitution ne promet aucune libéralisation des forces du pays. Au contraire, elle propose de contrôler un peu plus. Pour sa part, le ministre de l’agriculture promet de faire passer de 10 à 500 millions de dollars les exportations des excellentes dattes algériennes. Il faut souhaiter du courage aux palmiers.

Les milliardaires ne sont pas des oligarques à la russe

Les milliardaires algériens sont-ils des oligarques façon russe? Non, pas du tout. Les oligarques russes se taillent des empires sectoriels dont ils régentent aussi la vie politique. Ils obtiennent leur place en ayant corrompu les ventes d’entreprises publiques. S’ils sortent de leur périmètre, Poutine se charge de les y faire retourner.
Les milliardaires biberonnés d’Algérie sont des opérateurs soutenus par l’Etat lui-même, qui espère ainsi développer le pays plus efficacement qu’avec la bureaucratie. Ils ne font pas de politique à partir ou dans leur secteur. Ils sont aidés financièrement par le système bancaire qui est aux ordres des puissances colonisant l’Etat et ses ressources. Non seulement ce mode de financement est fragile, mais aussi il fragilise tout le système financier.

                                                                           

Pas de biberon pour les milliardaires

La politique des milliardaires biberonnés est abandonnée, suite à la multiplication des actions en justice. Le plus amusant des cas est l’arrestation du propriétaire de voitures luxueuses, au moment où il les embarquait pour la France, afin de les vendre contre devises.
C’est la Gendarmerie qui mène le dossier anti-milliardaires, commencé apparemment par les services de renseignement. Est-ce là deux clans qui reprendraient du poil de la bête?
Quoiqu’il en soit, il n’y a plus grand monde pour tendre une main secourable, à ces hommes tombés mais que l’ère Bouteflika portait aux nues. Les juges qui faiblissent semblent changer de vision rapidement. En dehors des accusés et de leurs avocats, personne ne s’intéresse aux risques de dérapages (voir supra). On notera cependant que les milliardaires ne sont pas vilipendés dans les manifestations. Comme s’il s’agissait d’un théâtre d’ombre en dehors de la réalité.
Les Algériens sont plus intéressés par les propriétés immobilières des hauts gradés de l’armée.
Peut-être existe-t-il un choc de représentations politiques entre «l’armée salvatrice» depuis que l’Algérie existe et la difficulté d’accéder au logement en Algérie. Si l’hypothèse est exacte, alors l’Algérie se prépare des jours encore plus difficiles. C’est un des rares points de contact entre le haut et le bas de la société. Un contact très sensible, qui se joue sur la capacité ou non, de s’arroger des biens publics.

                                                                           

Incroyable chute du dinar

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L’opinion publique algérienne redoute l’endettement, plus pour des questions de fierté nationale que de réels mauvais souvenirs des emprunts. La nouvelle constitution limitera l’endettement. A signaler que l’endettement algérien est essentiellement intérieur, vis-à-vis des institutions financières toutes contrôlées par le secteur public. Par comparaison la dette publique actuelle du Maroc atteint 65% du PIB, en hausse rapide pour faire face aux conséquences de la Covid

Un dollar vaut aujourd’hui entre 150 et 190 Dinars. L’Euro dépasse les 200 Dinars. Le dollar valait 85 dollars en 2015. Pour acheter 1 DH, que l’on peut changer semi officiellement, il faudra entre 15 et 18 dinars. Il y a une vingtaine d’années, on était à parité.
Bien que les journaux publient quotidiennement les cours de changes, la chute du dinar n’est pas un sujet de conversation. On ne sait pas à quoi est dû ce désintérêt. Y aurait-il des sources de revenus importantes venues de l’extérieur, pour chaque recul du dinar est un gain supplémentaire? En Argentine la baisse de la monnaie locale produit rapidement une révolution populaire, parce que le pouvoir d’achat disparaît.
Le dinar n’est pas une monnaie libre. Même pas en semi-liberté comme le DH. Comme notre monnaie entre 1976 et 2018, le dinar est appuyé sur un panier où le dollar pèse une fois et demie plus que l’Euro. C’est normal car l’essentiel des exportations sont en dollars.
Alger s’est montrée critique envers le flottement du DH. Elle l’a jugé dangereux, même si cette réforme devait prendre 15 ans de travail. Bank al Maghrib, qui s’est fait prendre une fois, est maintenant d’une prudence de Sioux.
Pour une raison inconnue et bien imprudente, le programme de la baisse du dinar a été publié récemment. D’ici 2023, la monnaie devra avoir baissé de 15% supplémentaires. Beaucoup d’articles ont vu dans cette nouvelle baisse la marque de la mauvaise politique économique, mais ne se sont pas étonnés de la publication.
On notera que pour traverser le printemps arabe puis les difficultés de la jeune démocratie, les gouvernements tunisiens ont imprudemment émis de la monnaie, la fameuse «planche à billet» Le résultat est qu’aujourd’hui le dinar tunisien n’est que l’ombre de lui-même. Le pouvoir d’achat des gens a été divisé par deux.
Au Maroc, lors de la petite libéralisation de ces dernières années, les importateurs avaient parié que le DH baisserait. Avec leur banque, ils ont donc siphonné tout ce qu’ils pouvaient sur les réserves en devises. Mauvais calcul: sitôt lâché le DH est monté jusqu’à son plafond. Cette spéculation aurait-elle pu faire tomber le système, comme l’a dit le gouverneur, on ne le saura jamais puisqu’au lieu de baisser, le DH est monté. Pour les acheteurs de devises, fut la pire des mauvaises aventures depuis les réformes de Moulay Hassan 1er.

Nadia SALAH

 

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