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Régions

Marrakech : Les intérimaires du tourisme crient leur détresse

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5864 Le 14/10/2020 | Partager
Ils étaient plusieurs centaines à manifester devant l’Office du tourisme
Ils représentent 50% des travailleurs du secteur
Lâchés par les agences d’intérim, ils veulent bénéficier de l’aide du gouvernement
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Plusieurs centaines d'intérimaires se sont retrouvés devant l'Office du tourisme à Marrakech pour réclamer les aides gouvernementales prévues pour le secteur (Ph. GB)

 Cuisiniers, pâtissiers, serveurs, femmes de ménages… ils étaient plusieurs centaines de représentants des métiers de l’hôtellerie à scander leurs slogans ce lundi 12 octobre devant les bureaux de l’Office du tourisme à Marrakech. Leurs doléances? Bénéficier de l’aide de 2.000 DH octroyée par le gouvernement pour les travailleurs du secteur du tourisme. «Nous avons contacté les agences d’intérim qui sont nos employeurs directs, mais ils nous ont claqué la porte au nez, nous nous sommes alors tournés vers les représentants de ministère du Tourisme à Marrakech, mais nous n’avons aucune réponse malgré nos relances. Nous nous sentons abandonnés», lance Said El Ouarraq, cuisinier en hôtellerie à Marrakech. Même si tout le monde ignore quand pourrait se produire la sortie de crise sanitaire, les hôteliers de Marrakech ont pris les devants pour protéger leurs salariés en mars dernier, malgré l’arrêt de l’activité. Certains ont préféré mettre leurs salariés en congé les premiers mois, alors que d’autres ont continué à assumer le versement des salaires, mais la situation est devenue de plus en plus difficile avec des caisses vides. Pour les intérimaires de l’hôtellerie,  le problème est tout autre, car ces employés pas comme les autres qui représentent 50% des travailleurs du secteur  ne bénéficient d’aucun statut de salarié, ce qui fait d’eux les premiers licenciés lorsqu’une entreprise enregistre une réduction ou un arrêt de son activité. La période d’incertitude et de récession économique accroissant davantage leur précarité. «On nous a affirmé que nous n’étions pas concernés par les aides gouvernementales. Nous sommes abasourdis par ces informations contradictoires et nous ne savons plus à quel saint nous vouer. Nous n’avons pas de congés, pas de primes, ni d’avantages sociaux comme les salariés fixes. Notre situation est très critique et personne ne souhaite nous rencontrer pour nous donner plus d’informations sur nos droits, cette situation est suffocante», regrette leur porte-parole, Said El Ouarraq. Le cuisinier estime que c’est aux agences d’intérim de défendre leurs intérêts auprès des institutions concernées, mais celles-ci refusent de leur fournir leurs déclarations des mois de juillet et août pour justifier leurs droits auprès de la CNSS. Des documents indispensables selon eux pour faciliter leurs démarches administratives afin d’être rémunérés. «Les sociétés d’intérim nous ont enregistré comme étant “des salariés sortants” depuis le mois de juillet, c'est-à-dire que nous ne faisons plus partie de leurs statistiques, ce qui annule nos droits, nous sommes effarés par ces dysfonctionnements qui nous pénalisent davantage», poursuit El Ouarraq. 

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Un message a été adressé au Souverain pour alerter sur le danger qu'ils encourent avec leur famille et leurs enfants (Ph. GB)

«Nous sommes les délaissés  du secteur»

Pour Zahra Gabardi, femme de ménage, le problème se situe au niveau de l’affiliation. Alors que ces employés intérimaires travaillent directement dans les organismes hôteliers rattachés au ministère du Tourisme, ces derniers dépendent quant à eux du ministère du Travail.  «Nous sommes les délaissés du secteur du tourisme, même si nous participons fortement à son essor. Nous n’avons plus d’argent pour nourrir nos enfants, les scolariser, il y a des gens qui ont vendu leur frigo, leurs fauteuils, leurs tables pour pouvoir manger… c’est dramatique, les gens agonisent dans l’indifférence générale», alerte Zahra Gabardi.  
Pour rappel, le Maroc compte près de 700 agences d’intérim et plusieurs centaines de milliers d’employés. Près de 30% de ces entreprises ont déjà mis la clé sous le paillasson laissant derrière elles plusieurs salariés sans perspective d’avenir. 


Les explications de la CNT

Pour Abdellatif Kabbaj, président de la Confédération nationale du tourisme (CNT), le Comité de veille économique (CVE) a entériné la décision du ministère du Tourisme pour l’octroi de ces aides aux 9.800 intérimaires sur le territoire national suite au nouveau contrat-programme du mois de juillet dernier. «Nous nous sommes mobilisés pour ces travailleurs et avons convaincu le ministère des Finances de débloquer des fonds. Il y a près de 3.000 intérimaires à Marrakech, et plusieurs d’entre eux vont bientôt bénéficier de ces aides. Il s’agit de ceux qui ont été déclarés à partir de février par leurs employeurs directs», précise Abdellatif Kabbaj. Le président du CNT estime que même si des efforts ont été enregistrés avec des appuis financiers aux 45.000 employés du secteur du tourisme depuis le début de la crise sanitaire, il n’en demeure pas moins que l’enveloppe de 2.000 DH mensuelle octroyée par le gouvernement jusqu’en décembre reste insuffisante. «Nous devons au plus vite ouvrir les frontières pour sauver le secteur au Maroc, les 5 barrages à l’entrée de la ville ocre freinent le tourisme national qui représente une manne considérable. Il est urgent d’ouvrir les portes pour relancer le tourisme et sauver notre activité et nos salariés», conclut Kabbaj. 

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