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Economie

Pesticides: Le Maroc s’adapte à la réglementation de l’UE

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5845 Le 17/09/2020 | Partager
15 matières actives retirées du marché entre 2018 et 2020
10 autres seront réexaminées d’ici mars 2021
Le gros de l’import porte sur les produits de traitement des sols
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Nous sommes le 19 juin 1997. Les sujets d’intérêt ne manquent pas dans cette édition de L’Economiste (à l’époque hebdomadaire). Il y a certes l’affaire controversée de ce syndicaliste (UMT) des marins de la pêche côtière à Agadir, assassiné, dans des circonstances non élucidées à ce jour. Mais un autre dossier fera un bon taux de lecture, les «Melons contaminés». Deux semaines auparavant plusieurs cas d’intoxications sont signalés dans des régions du pays. Balayant les fausses pistes d’irrigation aux eaux usées ou de surconsommation de fruits, L’Economiste (à l’issue d’une enquête de notre rédacteur en chef, Dr Mohamed Benabid)  est le seul média à en identifier la cause: l’Aldicarbe, plus connu sous son appellation commerciale, Temik, fabriqué par l’américain Union Carbide et en principe interdit dans ce genre de culture. Les révélations allaient faire grand  fracas auprès du ministère de l’Agriculture de l’époque, dirigé alors par Hassan Abouyoub, et déjà irrité par l’affaire des minotiers et ses nombreux rebondissements

Une interdiction dans l’UE n’empêche pas des multinationales d’écouler leurs pesticides au-delà des frontières européennes. C’est ce que dénoncent les ONG Greenpeace UK et Public Eye dans un rapport publié la semaine dernière. Et pour cause! Pas moins de 81.000 tonnes des produits interdits ont été vendus hors UE en 2018, selon les 2 ONG. Des chiffres relevés en épluchant les «notifications d’exportations» remplies par les entreprises exportatrices.

En 2017, la justice européenne avait interdit l’herbicide Paraquat, soupçonné de lien avec la maladie de Parkinson. Le Dichloropropène, utilisé dans les cultures maraîchères, est interdit depuis 2007, et la Cyanamide, utilisée dans la vigne et les petits fruits rouges, depuis 2008.

Le Maroc figure parmi les 85 pays importateurs de ces produits. Mais, selon l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (Onssa), les volumes importés représentent à peine 2% de l’export total des pesticides incriminés, soit 1.620 tonnes. De plus, il s’agit essentiellement du dichloropropène qui représente 87% des achats. Un produit utilisé pour le traitement des sols contre les nématodes avant installation des cultures.

«Ce pesticide est actuellement homologué et utilisé dans plusieurs pays à travers le monde, notamment les USA, le Japon et l’Australie», argumente l’Onssa. Il est aussi toujours utilisé dans les pays de l’UE moyennant «des autorisations spéciales». Surtout, en faveur des pays producteurs de cultures maraîchères et de fruits rouges.
Toujours est-il que le dichloropropène (1.3) est actuellement en cours de réexamen en Europe en vue de sa réhabilitation sur la base des nouvelles données scientifiques.
Par ailleurs, sur les 41 matières actives citées par le  rapport des deux ONG, le secteur agricole marocain est concerné par 8 matières actives dont 4 sont déjà retirées du marché national (Propargite, Atrazine, Carbendazime et Acétochlore). De même, l’Office a programmé le réexamen en 2021 du Paraquat, du Dichloropropène, du Cyanamide d’hydrogène et du Triasulfuron.

C’est d’ailleurs une pratique récurrente. Entre 2018 et 2020, l’Office a retiré 15 matières actives du marché: le Chlorpyriphos-éthyle, Chlorpyriphos méthyle, Dinocap, Amitrole, Trichlorfon, Carbofuran, Propargite, Dichlorvos, Methidathion, Iprodione, Diflovidazine, Ethoprophos, Linuron, Propinèbe et certaines préparations contenant le glyphosate. Ceci s’inscrit dans le cadre d’une approche intégrée de l’utilisation rationnelle des pesticides. L’objectif est de promouvoir une agriculture durable.

C’est dans ce même cadre que l’ONSSA a déjà initié en juillet 2020 le processus de réexamen de 10 autres matières actives pour les soumettre à l’avis de la commission interministérielle dont la réunion est fixée au mois de mars 2021. Parallèlement, les sociétés détentrices des homologations de ces produits ont été informées des dispositions en préparation.
Les principaux marchés des pesticides incriminés sont le Brésil, l’Ukraine, le Maroc, le Mexique et l’Afrique du Sud. «Et les risques sanitaires ou environnementaux sont dramatiques», s’alarment les ONG. Leur rapport désigne en particulier la société suisse Syngenta, «de loin le plus gros exportateur de pesticides interdits», mais aussi les allemandes Bayer, BASF et Alzchem et l’italienne Finchimica.

Les pays d’où sont exportés le plus de pesticides interdits dans l’UE sont le Royaume-Uni, largement en tête, l’Italie, l’Allemagne, les Pays-Bas, la France, l’Espagne et la Belgique. Ils «couvrent plus de 90 % des volumes» qui ont atteint  en 2018 81.615 tonnes et concernent 41 pesticides interdits dans l’UE, selon les ONG. «Si la pratique est légale et connue, les principaux acteurs de ce commerce ont toujours pu maintenir leurs activités derrière un voile d’opacité, protégés par le sacro-saint secret des affaires», reprochent les deux ONG.

                                                                    

Le règlement «s’applique seulement au sein de l’UE»

Le Conseil constitutionnel français a validé début 2020 l’interdiction de production et d’exportation de produits phytosanitaires contenant des substances bannies par l’UE à partir de 2022. «Un règlement européen de 2009 interdit, de façon générale, la mise sur le marché et l’usage de tout pesticide contenant des substances non autorisées», mais le texte «s’applique seulement au sein de l’UE», selon une source officielle de la Commission européenne. «Ainsi, la production, le stockage ou le transport de tels produits destinés à des pays tiers ne sont pas soumis à autorisation», même si les règles sur l’export de ces pesticides sont encadrées par la Convention de Rotterdam (initiée par l’Onu en 1998) dont les Etats de l’UE sont signataires et selon laquelle «les pays exportateurs s’engagent à respecter les éventuelles restrictions de pesticides des pays importateurs».

A.G.

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