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Le Cercle des Experts

Covid-19: La guerre froide des vaccins

Par Salma DAOUDI | Edition N°:5844 Le 16/09/2020 | Partager

La compétition géopolitique sur les vaccins du Covid porte, également, le sceau d’une logique de guerre froide, profondément enracinée, résistant encore et toujours à l’épreuve du temps, fruit d’une rivalité historique scindant le monde en blocs distincts. Les alliés occidentaux sont ouverts à un certain niveau de coopération entre eux (accords conclus entre l’Union européenne (UE), les Etats-Unis et le Royaume-Uni), afin de s’arroger des droits prioritaires auprès des divers laboratoires pharmaceutiques occidentaux investis dans cette course.

La cyberguerre est de la partie

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L’accès à l’ensemble du document est gratuit, auprès du Policy Center: https://www.policycenter.ma/sites/default/files/PB%20-%2020-71%20%28Salma%20Daoudi%29.pdf

Le réel antagonisme géopolitique les oppose plutôt à la Chine et à la Russie, dont le succès est perçu comme une menace existentielle à la domination hégémonique du monde occidental, au vu des gains économiques et diplomatiques intrinsèquement liés à la découverte d’un vaccin.
En plus du front scientifique et pharmaceutique, un autre front se dessine: le cyberespace. En effet, plusieurs Etats semblent s’adonner à une nouvelle forme de cyberguerre, visant non pas des cibles militaires ou se rapportant à la sécurité nationale, historiquement visées, mais plutôt l’industrie pharmaceutique. De nombreuses cyberattaques ont ainsi été recensées récemment, comprenant notamment une attaque, que l’Iran est accusé d’avoir fomentée, à l’encontre de Gilead, le laboratoire américain dont le médicament Remdesivir 6 a été approuvé en urgence pour traiter certains cas sévères.
Plusieurs pays occidentaux, dont les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni accusent également la Russie et la Chine d’avoir essayé de subtiliser des données concernant la recherche.
Cette vive concurrence explique, en partie, l’accueil mitigé réservé à l’annonce de la Russie, affirmant avoir développé le premier vaccin. Dénommé Spoutnik V, en hommage au premier satellite artificiel mis sur orbite en 1957 par l’URSS. Ce vaccin a rapidement été remis en cause par plusieurs experts occidentaux. Cette hostilité résulte, certes, de réelles préoccupations scientifiques, notamment par rapport à la non-complétion de la Phase III de l’essai clinique, pourtant cruciale à l’homologation d’un vaccin, mais également de rivalités géopolitiques ancrées. De ce fait, près de 20 autres pays, généralement alliés à la Russie, se sont empressés de commander des doses conséquentes, le président philippin Duterte se portant même volontaire pour se faire personnellement inoculer, avant de se rétracter, quelques jours plus tard. La commande a été maintenue.
L’OMS exhorte la Russie à s’assurer du bon respect des procédés rigoureux requis, tout en soulignant l’importance d’une initiative multilatérale visant à garantir un accès général et sans discrimination aucune à tout vaccin développé.

L’ordre mondial et les maladies «concurrentes»

L’ordre mondial contemporain repose sur un certain degré de liberté de circulation, de biens et de personnes, facilité par les avancées technologiques. Ce qui permet la rapide circulation de divers pathogènes, enjambant aisément les frontières géographiques, politiques et sociales.
Briser les chaînes de transmission pour endiguer la Covid-19 requiert, donc, une couverture vaccinale extensive, s’étendant à l’ensemble des pays. Et spécialement les pays pauvres, où la pandémie accentue la vulnérabilité des populations, au sein desquelles la Covid-19 pourrait se transformer en maladie endémique. Et, donc, en menace constante à la sécurité sanitaire globale.
De plus, le drain financier que représente la lutte contre la pandémie détourne l’attention politique et financière d’autres priorités sanitaires particulièrement pressantes, telles que le paludisme, la tuberculose et la rougeole, tandis que l’afflux de cas infectés de coronavirus aux hôpitaux exerce une pression considérable sur les systèmes de santé. L’afflux entrave, souvent, l’accès aux services de santé aux autres patients, perturbant ainsi les programmes dédiés au contrôle d’autres maladies infectieuses, qui peuvent proliférer au-delà des frontières.
Il en va, donc, de l’intérêt stratégique commun d’éradiquer entièrement le coronavirus et d’éliminer le moindre risque de contagion ou de résurgence, et ce en adoptant la vaccination comme ligne de défense commune prioritaire.
Le nationalisme vaccinal ne demeure, néanmoins, que l’un des multiples obstacles entravant l’éradication de la Covid-19.
En plus du réel défi scientifique que pose le développement d’un vaccin efficace et inoffensif, la recrudescence de méfiance et de défiance vis-à-vis de la science, ainsi que l’hostilité croissante à l’encontre de la vaccination, présagent une importante résistance aux campagnes d’inoculation.

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Nombre de vaccins et leur état d’avancement. Le premier de la liste en phase III, AstraZenca/Oxford, est momentanément suspendu en raison d’une réaction inattendue de la personne vaccinée. Il vient de reprendre ses travaux

                                                                            

Des recommandations

Si plusieurs Etats et ONG ont répondu favorablement à l’initiative Access to Covid-19 Tools (ACT) Accelerator, l’engagement tangible et infaillible des grandes puissances demeure nécessaire:

Adopter une convention multilatérale, établissant des règles de base pour la production et distribution équitable de vaccins, pourrait permettre de mobiliser un maximum d’acteurs, en mettant en place un fonds d’investissement visant à financer les vaccins candidats les plus prometteurs.

Organiser l’allocation de vaccins en fonction du besoin, en priorisant, partout dans le monde, les personnes les plus susceptibles d’être infectées, dont principalement les personnels de santé, et en organisant des chaînes d’approvisionnement.

Construire un accord juridiquement contraignant pour la production et distribution équitable du vaccin, pour assurer aux pays investis dans la course un accès garanti au produit final, même en cas d’échec de leurs propres vaccins candidats, mais également de contrôler la pandémie partout ailleurs et d’en réduire les coûts humains, sociaux, psychologiques et politiques.

Déterminer les populations potentiellement prioritaires au sein de chaque Etat, afin d’organiser l’allocation des premières doses selon l’urgence et le besoin. En effet, il est impossible, d’un point de vue logistique et opérationnel, de vacciner du seul coup l’ensemble des habitants d’une nation.

Ajuster les mécanismes de financement. L’accès au vaccin ne doit pas être conditionné aux capacités économiques des Etats, l’équité doit être assurée avec une politique de tarification différenciée qui doit être négociée et adoptée.

Réduire la dépendance pharmaceutique de plusieurs Etats? Sur le long terme, développer les capacités de recherche et de développement, ainsi que de production, des pays en voie de développement, en y encourageant l’éclosion d’industries pharmaceutiques et en les intégrant aux chaînes d’approvisionnement globales.

Avec l’aimable autorisation de

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