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Economie

Crédits Covid-19: Les finances publiques sous la menace des impayés

Par Franck FAGNON | Edition N°:5842 Le 14/09/2020 | Partager
En l’absence d’une reprise rapide, l’impact serait plus lourd que dans les bilans bancaires
40 milliards de DH de financements déjà accordés
La CCG et les banques se montreraient plus souples sur le ratio Dette/EBE en fonction des secteurs

La récession serait plus sévère qu’anticipé, le Centre marocain de conjoncture prévoyant désormais une baisse de 6,2% du PIB. Cette hypothèse pourrait compromettre le scénario de reprise en V. Une deuxième vague de contamination, tant redoutée, prend forme dans certains pays partenaires, ce qui pourrait allonger la sortie de crise de certains secteurs.

L’évolution de la situation sanitaire sur le plan domestique soulève aussi de nombreuses interrogations. Le gouvernement pourrait être amené à prendre des décisions difficiles, mais «un reconfinement général serait catastrophique» a prévenu la CGEM.

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La garantie de l’Etat a permis à des dizaines de milliers d’entreprises de mobiliser des financements pour traverser la crise. L’efficacité de ces mesures de soutien dépend notamment de la rapidité du rebond de l’économie. Une reprise plus lente pourrait avoir de fortes conséquences sur les finances publiques si les banques étaient amenées à mettre en jeu la garantie de l’Etat

Cela pourrait aussi limiter les effets attendus des mesures d’accompagnement mises en place depuis le début de la crise, notamment les crédits Damane Oxygène et Relance. «Les mesures d’accompagnement ne sont pas suffisantes mais elles ont le mérite d’exister», commente un analyste.

Les banques ont déjà débloqué 40 milliards de DH de crédits garantis par l’Etat dont 22,4 milliards de DH dédiés à la relance de l’économie. L’expérience tirée de Damane Oxygène à permis de déployer plus rapidement les crédits «Relance». Cependant, des obstacles persistent.

De nombreuses entreprises s’estimant éligibles à ces prêts se sont vu refuser le crédit. Un certain nombre de rejets tient au manque de transparence de la comptabilité des emprunteurs. Dans la majorité des cas, les entreprises ne remplissaient pas les exigences liées à la non-distribution de dividendes et surtout, leur ratio Dette/Excédent brut d’exploitation (EBE) était éliminatoire, selon l’enquête menée par la CGEM. Ce dernier doit être inférieur ou égal à 7 pour être éligible aux prêts relance.

Cet indicateur est extrêmement scruté par les banques puisqu’il permet de déterminer la santé financière des entreprises et leur capacité à rembourser leurs dettes. Au-delà d’un certain seuil (il varie en fonction des secteurs), le risque de défaillance est jugé trop élevé. Or le contexte a fait fondre l’EBE de nombre d’entreprises.

«La dette ne peut pas être l’instrument approprié pour aider ces entreprises. D’où la proposition des fonds sectoriels pour soutenir ces entreprises en fonds propres», relève Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM lors de la rentrée économique de l’organisation patronale. Celle-ci a tout de même obtenu des concessions sur le ratio Dette/EBE lors de la réunion avec le GPBM et la CCG le 7 août dernier. «Nous avons obtenu qu’il y ait une lecture dynamique de l’EBE et du ratio Dette/EBE notamment pour les entreprises industrielles et hôtelières», affirme Hakim Marrakchi, président de la commission Fiscalité et Douane à la CGEM.

Cette rencontre devait aussi permettre de déverrouiller les blocages liés notamment aux délais d’instruction des dossiers. «Il a été convenu d’assouplir davantage les procédures relatives au traitement des demandes des crédits Relance et Relance TPE, tout en veillant au respect des conditions de solvabilité exigées», indique la CGEM.

Malgré les mesures de soutien, les défaillances d’entreprises sont attendues en forte hausse. Il faudra espérer un rebond rapide de l’activité pour limiter la casse. Au-delà des impacts de la baisse d’activité et des faillites sur les recettes fiscales, une sinistralité importante au niveau des portefeuilles Damane Oxygène et Relance impactera lourdement les finances publiques en raison de la garantie de l’Etat. Jusqu’ici, les sûretés octroyées par la CCG avoisinent 36 milliards de DH.

Un mur d’impayés

La qualité de crédit des emprunteurs s’est beaucoup dégradée sous l’effet de la crise économique engendrée par le coronavirus. Seulement 1 entreprise sur 3 aurait retrouvé un rythme d’activité normal et un bonne partie sont toujours à l’arrêt malgré la levée du confinement, selon l’enquête du HCP. Les banquiers craignent de se retrouver devant un mur d’impayés dans les prochains mois. A fin juillet, l’encours des créances en souffrance s’est dégradé de 10% depuis le début de l’année et 14% sur un an. Les impayés des entreprises non financières totalisent 43,7 milliards de DH en hausse de 9% depuis janvier et 12,2% par rapport à juillet 2019. La situation n’est guère meilleure au niveau du portefeuille des ménages avec une hausse à deux chiffres des impayés à 32,8 milliards de DH.  Les premières estimations de la Banque centrale, en juin, laissent entrevoir une dégradation du taux de défaut à 9,9% en 2020 puis à 10,8% en 2021. «Le système bancaire connaîtra certainement des perturbations du fait de la montée, inévitable, de la sinistralité mais celle-ci serait minime comparativement à la gravité de cette crise sanitaire», tempère le Centre marocain de conjoncture.

F.Fa

                                                                               

Les banques ont les moyens de dépasser la crise

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Hassan El Basri, président du cabinet de consulting Build & Run et ex-directeur général du groupe Banque Populaire (Ph. HB)

• La garantie de l’Etat va atténuer le coût du risque lié aux crédits Covid-19

• Un report des nouvelles mesures réglementaires est souhaitable

- L’Economiste: Malgré les aides, les impayés bancaires devraient fortement augmenter. Risque-t-on une crise bancaire dans les prochains mois?
- Hassan El Basri:
Le système bancaire marocain a toujours fait preuve de résilience. Il faut rappeler qu’il s’est honorablement extirpé de la crise financière de 2008. Toutefois, le contexte actuel est inédit et les effets de la pandémie sont plus ravageurs, ce qui a amené les autorités à adopter les mesures idoines pour permettre aux banques de financer la relance, que ce soit du côté de Bank Al-Maghrib avec, notamment, la baisse du taux directeur, ou l’Etat à travers Damane Relance qui a été précédé par Damane Oxygène.
La garantie de l’Etat devra donc atténuer le coût du risque lié aux crédits octroyés dans le cadre de ces deux produits qui avoisinent les 40 milliards de DH, encore que les banques doivent faire preuve d’une plus grande vigilance dans la gestion de ces crédits afin d’éviter justement la mise en jeu de la garantie de l’Etat. Par contre, la détérioration de l’activité économique va nécessairement impacter les indicateurs de l’activité bancaire.

- A quoi vous attendez-vous?
- Tout d’abord à une baisse du rythme de la collecte de l’épargne sachant que cette collecte a toujours constitué l’une des principales forces des banques marocaines d’autant plus que cette épargne est constituée, en grande partie, par des ressources non rémunérées qui permettent aux banques d’afficher des taux débiteurs compétitifs tout en sauvegardant la marge d’intérêt. Cette marge va logiquement se réduire compte tenu à la fois du taux assortissant les crédits Damane Relance, soit 3,5%, et du taux de refinancement de la Banque centrale.
Certes, le volume peut compenser l’amenuisement de cette marge, encore faudrait-il que le coût du risque, en particulier celui qui n’est pas lié aux effets de la pandémie, soit maîtrisé et que les actions de recouvrement puissent être renforcées. Par ailleurs, d’autres pans de l’activité bancaire seraient également affectés, en particulier, les activités de marché, voire même les commissions, sachant que ces deux activités représentent près de 30% du PNB des banques.

- Deux gros changements réglementaires vont intervenir d’ici fin 2020. Le calendrier vous paraît-il tenable?
- Si les évolutions réglementaires ont toujours été coûteuses en fonds propres, elles ont permis aux banques marocaines d’afficher cette solidité qui fait leur force aujourd’hui. Néanmoins, la Banque centrale doit gérer cette étape avec finesse, comme elle en a fait preuve à travers les mesures qu’elle a prises pour favoriser le financement de la relance. Il est donc important que l’application des nouvelles mesures réglementaires, en l’occurrence celles liées à la classification et au provisionnement des créances en souffrance, soient repoussées jusqu’à ce que l’économie et l’activité bancaire retrouvent leur rythme normal, surtout s’il y a une baisse du résultat net qui a toujours constitué la principale source d’augmentation des fonds propres des banques.

Propos recueillis par Franck FAGNON

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