×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

OCE: Grandeur et décadence

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5830 Le 27/08/2020 | Partager
L’office n’est plus viable financièrement
Le gouvernement planche sur sa dissolution
oce-030.jpg

Ce qu'il reste de l'OCE...son immeuble légendaire sur l'avenue des FAR à Casablanca (le bâtiment figure sur la liste des biens éligibles au patrimoine national) (Ph. F.Alnasser)

C’est fini pour l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE). Sa liquidation, définitive, devrait être formalisée ce  jeudi par le Conseil du gouvernement. A cet effet, un projet de loi portant sur la dissolution de l’organisme sera examiné par le Conseil.        

En sursis depuis plusieurs années, l’Office a traversé plusieurs phases difficiles qui ont fini par faire oublier ses années de gloire. Toutes les tentatives de restructurations, lancées depuis 2005, se sont soldées par des échecs cuisants. A tel point que le verdict de deux missions de la Cour des comptes et d’une enquête parlementaire était sans appel: «L’organisme n’est pas viable».

Comment en est-on arrivé là? L’OCE a été lancé en 1965. Le Roi Hassan II avait à l’époque déclaré «qu’un bureau et un télex seraient plus efficaces pour la promotion des produits agricoles et alimentaires marocains que des opérateurs isolés». De fait, ce commerce profitait beaucoup plus aux négociants en fruits et légumes plutôt qu’aux producteurs.

A l’époque, l’idée consistait à mutualiser les moyens pour promouvoir les produits marocains. Et bien entendu, c’est un organisme public qui a été invité à le faire. Quelques années plus tard, l’Office a pris une dimension gigantesque, grâce à une approche d’intégration portant sur tous les domaines liés à sa mission d’exportateurs de produits agricoles frais et transformés.

Emballage, conditionnement, froid, transport maritime, industrie de concentré et jus de fruits…Toutes ces activités étaient menées par des filiales, propres à l’OCE ou en association avec les producteurs. La recherche/ développement n’était pas en reste. Les producteurs et l’Office assuraient le financement de la Sasma (Société de services agricoles du Maroc). Cette structure s’occupait de l’encadrement technique de la production et en particulier des petits producteurs qui ont été hissés au rang des exportateurs.

Au niveau des marchés extérieurs, l’OCE disposait d’antennes sur les principales plateformes de distribution ainsi que d’une station de conditionnement ciblant la consommation directe. Cette organisation s’est traduite par une hausse soutenue des exportations de fruits et légumes frais et transformés. A tel point que le volume expédié, rien qu’en agrumes avait atteint 750.000 tonnes durant la campagne 1984-1985. Un niveau qui représentait à l’époque 75% de la production agrumicole globale contre moins de 30% actuellement. Le tout était aussi destiné à des marchés rémunérateurs.   

Vint alors la libéralisation. En 1986 l’OCE a perdu son monopole et s’est trouvé mis en compétition avec des opérateurs privés qui se sont organisés en  groupements pour exporter. Avec à la clé la mutualisation de la logistique: conditionnement et transport maritime.
Cette libération des exportations avait mécaniquement accordé un avantage aux gros opérateurs privés. Alors que l’OCE devait s’occuper des petits et moyens  producteurs. 

Mais le monopole crée une culture particulière et l’OCE n’a pas pu s’adapter à la nouvelle situation, malgré une forte montée de la concurrence, aussi bien à l’étranger qu’au Maroc. Il a suffi de quelques exercices pour se rendre compte que l’Office n’était ni efficace ni rentable.
L’OCE, qui devint par la suite Maroc Taswiq (Maroc Commercialisation), a été invité à devenir un agrégateur au profit des petits et moyens exploitants.
Une stratégie de repositionnement a été élaborée. La Cour des comptes a fait le point et elle a publié un rapport dont la conclusion tient en une phrase, lourde de conséquences: «Dans sa configuration actuelle, l’organisme n’est pas viable».

L’audit mené par la Cour des comptes a porté surtout sur la période 2005-2009. Période durant laquelle l’Office avait sombré dans une véritable hibernation. A tel point que tous les indicateurs financiers avaient viré au rouge. Et pour cause! Sa contribution dans les exportations de fruits et légumes, cette mission principale s’est fortement dégradée pour représenter moins de 2% de ses recettes en 2007/2008 contre 30% une campagne auparavant.

Parallèlement, les créances en souffrance n’ont cessé de s’accumuler. «Au total, elles avaient culminé à 354,5 millions de DH dont plus de 311 millions douteuses», ont constaté les juges financiers. Ceci, alors que l’entreprise publique avait pratiquement liquidé l’essentiel de son patrimoine. A commencer par les grandes filiales et des immeubles au Maroc et à l’étranger. Mais le rapport de la Cour ne pointe que les dernières liquidations effectuées entre 2006 et 2009.

Dans ses constats, la Cour des comptes relève que la restructuration de l’Office, engagée en 2005, est toujours inachevée, que l’organisme «a raté son repositionnement stratégique, qu’il n’est plus un acteur significatif dans le secteur de l’export des produits agricoles et agroalimentaires et partant, n’accomplit plus sa mission légale».

La conclusion finale est sans appel: «Après une première mission réalisée par la Cour des comptes en 2010, suite à laquelle les pouvoirs publics ont été invités à engager une réflexion quant à l’avenir de l’OCE, les magistrats financiers ont mené un second audit 5 années plus tard. Résultat, une seule recommandation: l’Office n’est pas viable. Urgence de solutions rapides.

Braderies douteuses

La liquidation du patrimoine de l’OCE a aussi profité à des responsables de l’Office…sans l’avis du Conseil d’administration. A titre d’exemple, une villa de 616 m2 sise à Mohammedia, cédée au prix de 400.000 DH. Une autre, à Ahfir, de 819 m2, bradée à 250.000 DH alors qu’une 3e villa à Casablanca a été vendue à 1 million de DH pour une surface de 456 m2. Ramené au mètre carré, c’est de loin moins cher que le logement social. Selon nos informations, la braderie avait également touché les biens à l’étranger, notamment le siège sis place Wagram à Paris. Le siège régional d’Agadir a subi le même sort. Dans ce tableau des exemples du patrimoine bradé.

oce-actifs-030.jpg

                                                                             

Recettes nulles de l’export

L’analyse des recettes provenant des différentes activités et missions exercées par l’OCE montre que l’essentiel provient de plus en plus des missions accessoires. De même, une part importante de ses produits provient de la location d’immeubles non affectés à l’exploitation. En effet, depuis la campagne 2009-2010, la part des recettes provenant de l’export qui est la mission principale de l’OCE ne cesse de chuter. Celle-ci représente 0,08% contre 56,02% pour  les prestations rendues pour l’administration et 43,90% correspondant aux loyers reçus (Cour des comptes). Par ailleurs, l’analyse des indicateurs comptables et financiers de l’OCE a montré que celui-ci ne crée plus de valeur. En d’autres termes, la production de l’office est inférieure à sa consommation intermédiaire. Les charges fiscales et celles du personnel accentuent le déficit pour obtenir une insuffisance brute d’exploitation qui dépasse parfois 80% du total des produits. De même, la rentabilité financière est faible, voire négative, ce qui signifie que les capitaux investis par l’Office ne dégagent plus de profit.

A.G

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc