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Economie

Au-delà du Covid, préserver l’emploi et l’inclusion sociale

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5825 Le 18/08/2020 | Partager
Une analyse du HCP, de l’ONU et de la Banque mondiale
Creusement des fragilités et inégalités sociales

Quelle stratégie pour redresser la barre au-delà de la pandémie? Surtout que la récession mondiale touche en premier lieu les personnes les plus vulnérables. Le HCP, le Système des Nations unies au Maroc et la Banque mondiale ont développé une approche stratégique commune. L’objectif est d’analyser les retombées et de formuler des recommandations.

Le document présente la situation pandémique au Maroc depuis son apparition  et expose l’analyse de l’évolution de la situation économique et sociale du pays, en se basant sur les résultats des enquêtes réalisées par le HCP ainsi que des rapports de la Banque mondiale et met en relief les recommandations des agences du système de l’ONU. Et constate que la crise recèle aussi des opportunités à saisir pour une reprise alignée sur les Objectifs de développement durable. Des recommandations sont déclinées et mettent en relief la nécessité de protéger l’emploi et l’inclusion sociale.

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Au cours des vingt dernières années, le Maroc a réussi une réduction significative de la pauvreté monétaire, passée de 15,3% en 2001 à 4,8% en 2014 selon le HCP. Cependant, les nouvelles estimations de la Banque mondiale, basées sur le revenu par habitant, indiquent que l’incidence de la pauvreté pourrait atteindre 6,6% en 2020. Par ailleurs, en raison de la crise économique et sociale déclenchée par le Covid19, la proportion de personnes «vulnérables à la pauvreté» et/ou «pauvres» pourrait passer de 17,1% de la population en 2019 à environ 19,87% en 2020, soit 1,058 million de personnes additionnelles

■ Elaborer un nouveau modèle d’équilibre économique et de développement durable. Alors que le Maroc est en phase d’élaboration d’un nouveau modèle de développement, le Système de l’ONU et ses partenaires proposent d’apporter un soutien et un accompagnement à cette réflexion. Le tout,  autour d’un modèle d’équilibre économique et de développement durable, aligné avec la réalisation des ODD, en tirant les leçons de la crise actuelle et en ne laissant personne pour compte.
Cette recommandation s’inscrit dans les axes 3 et 4 du Cadre de réponse socioéconomique promu par le Secrétaire général des Nations unies. Elle implique, dans le contexte marocain, de soutenir, dans un premier temps, l’analyse d’impact de la crise sur les différents secteurs, l’appui à la planification de la réponse économique et sociale, ainsi que la gestion des ressources. L’appui du Secrétariat général de l’ONU  intégrera la prise en compte de l’atteinte des ODD à l’horizon 2030, sur la base des indicateurs existants, lesquels prennent en considération  les populations les plus vulnérables.

■ Innover dans la collecte et l’analyse des données. Le Système des Nations unies propose d’accélérer la mise en place de méthodes innovantes pour collecter, analyser et tirer des informations utiles des données socioéconomiques marocaines. L’objectif est d’accompagner au mieux la prise de décision de manière éthique, scientifique. La digitalisation, l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies en général sont déjà au centre de la compréhension de la crise à travers le monde et généreront aussi des enseignements selon l’expérience qui en est faite par l’administration, les entreprises et la société civile marocaines.
Dans un contexte de pression accrue sur les ressources publiques, il est important de construire une compréhension commune et tangible, permettant de mesurer l’impact de la crise et des politiques visant à la juguler. La note stratégique propose à la réflexion un point sur l’importance de la gestion des données en temps de crise pour éclairer la prise de décision.
Cette recommandation est transversale et s’applique à la totalité des axes promus par le Secrétaire général des Nations unies dans son Cadre de réponse socioéconomique à la crise du Covid-19. Sa mise en œuvre permettrait de renforcer le capital social, c’est-à-dire la confiance. En effet, il est important de considérer la confiance et les comportements, en soulignant que les Marocains déploient un effort de solidarité et de respect des règles considérables, et que les entreprises quelle qu’en soit la taille rivalisent d’inventivité.

■ La crise, opportunité de renforcer la régionalisation avancée. Parmi les 12 recommandations des 1res  Assises nationales de la régionalisation avancée (Décembre 2019), le renforcement des mécanismes de planification territoriale en cohésion avec la politique générale de l’État, ainsi que la convergence et l’adéquation des programmes de développement régional avec les plans sectoriels ont été fortement soulignés.
Cette recommandation, en cohérence avec l’axe 5 du cadre de réponse socioéconomique du Secrétaire général des Nations unies, s’applique d’autant plus en temps de crise où les stratégies nationales de réponse sectorielle ne peuvent être mises en place sans une planification et une budgétisation régionale renforcée.
Les collectivités territoriales ont d’ores et déjà mené des actions louables pour réduire l’impact de la pandémie. Les exemples d’efforts et de solidarité locale ne manquent pas, et la société civile est souvent en première ligne, notamment pour collecter les informations sur le terrain auprès des populations vulnérables et participer à une réponse nationale coordonnée. Les agences onusiennes soulignent ainsi l’importance de l’inclusion des collectivités territoriales et de la société civile dans la réponse du pays et la mise en œuvre des politiques nationales au niveau local.

■ Organiser la veille de la pauvreté. Il est par ailleurs recommandé d’accorder une attention particulière à la pauvreté multidimensionnelle, même s’il faudra attendre une collecte de données plus précises afin de formuler une analyse approfondie à ce sujet. L’estimation de la Banque mondiale concernant le recul du PIB (-4%) implique une hausse de la pauvreté dont la proportion exacte reste à estimer, mais qui sera de toute évidence sensible. Cette recommandation s’inscrit dans l’axe 3 du Cadre de réponse socioéconomique du Secrétaire général des Nations unies. Il s’agit notamment de planifier une réponse adaptée aux segments de la population les plus durement touchés par la crise, et donc les plus vulnérables à basculer dans la pauvreté. En particulier,  des salariés des PME, des travailleurs indépendants, des ouvriers agricoles et des journaliers. Il est important de ne pas considérer uniquement le volet monétaire de la pauvreté.
L’accent est mis sur la pauvreté multidimensionnelle car les conséquences sur la santé et l’éducation ne sont pas toujours captées par les indicateurs monétaires. Ainsi, une réponse inclusive, basée des indicateurs éprouvés et des données probantes, est donc recommandée pour garantir l’efficacité du ciblage des populations et l’effet des politiques de soutien économique et social.

                                                                                 

Les services publics, unique filet social

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Les services publics essentiels constituent l’unique filet social pour certaines populations, les plus vulnérables. Certains indicateurs montrent déjà un impact de la crise sur l’accès aux services de base. Sur le plan sanitaire, 30% des ménages éligibles aux services de consultations prénatales et postnatales (33% en milieu rural) ont dû renoncer à ces services selon l’enquête réalisée par le HCP en avril 2020 sur les effets de la crise sur les ménages. 36% des ménages ayant des enfants à vacciner ont dû également renoncer aux services de vaccination (43% en milieu rural contre 31% en milieu urbain).
Cette interruption des services publics essentiels, souvent liée à la peur du virus, à l’incertitude quant à la durée de la situation, à la réduction de la mobilité ou au manque de connectivité, peut créer des vulnérabilités latentes ou amplifier celles déjà existantes. Il est donc recommandé de capitaliser sur les efforts déployés en temps de crise pour investir davantage dans la résilience des services publics. Le but est qu’ils puissent assurer une continuité de l’offre, quelle que soit la situation sanitaire ou économique.

                                                                                 

Creusement annoncé des déficits jumeaux

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L’économie du Maroc est d’ores et déjà affectée par l’effondrement économique global, qui touche notamment l’Europe, son principal partenaire commercial. Selon le HCP, la croissance économique n’a pas dépassé 0,1% au premier trimestre. Ce faible niveau  est imputable à la forte baisse  de la valeur ajoutée agricole (-5%) et au ralentissement de l’industrie et des services marchands.
Au deuxième trimestre 2020, l’économie marocaine, sous confinement strict de la population pendant près de 10 semaines sur 13, a été confrontée à une baisse de la demande intérieure.
Sur l’ensemble de l’année 2020, l’économie marocaine devrait connaître une récession, la première depuis plus de deux décennies, sous l’effet conjugué de la sécheresse et de la pandémie. En effet, selon les prévisions annuelles du HCP, le PIB connaîtrait une contraction de 5,8% qui serait accompagnée par un creusement du déficit budgétaire à 7,4% du PIB. Le déficit courant devrait également s’aggraver, pour atteindre 6,9% du PIB.
Les différentes prévisions des organismes financiers internationaux, notamment la Banque mondiale et le Fonds monétaire international rejoignent globalement les projections du HCP. L’économie subirait le double impact des chocs économiques intérieurs et extérieurs.
Selon la Banque mondiale, le PIB réel diminuerait de 4% en 2020. Les déficits jumeaux du Maroc devraient se creuser, mais rester gérables. En dépit de la baisse des importations, le déficit du compte courant s’accentuerait pour atteindre, selon les estimations de la Banque mondiale, 8,4% en 2020, en raison du fort déclin des exportations, des recettes touristiques et des transferts de fonds.
En conséquence, le déficit budgétaire global se creuserait atteignant 7,5% du PIB en 2020, un niveau  similaire à celui projeté par le HCP et supérieur de près de 4 points aux prévisions antérieures à l’épidémie. Les dettes publique et extérieure augmenteraient également, mais demeureraient soutenables. Le retour de la croissance s’opérerait progressivement à partir de 2021, avec une hausse prévue du PIB de 4,4% par rapport à 2020. Les activités non agricoles se redresseraient, affichant une progression de 3,6%, en ligne avec la reprise de la demande intérieure et extérieure, alors que le retour des conditions climatiques de saison favoriserait une hausse de la valeur ajoutée agricole.
A.G.

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