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Le Cercle des Experts

Que disent les messages laissés par le XXe siècle?

Par Pr. Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5824 Le 17/08/2020 | Partager

Pr Mohammed GERMOUNI est économiste et politologue, qui a exercé dans le secteur de la Banque, de la haute administration et enseigné dans plusieurs établissements universitaires au Maroc et à l’étranger. Il a publié quelques ouvrages dont notamment «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard» éditions L’Harmattan, Paris, 2015, et récemment, «Economies et Sociétés du XXIe siècle, en forme de chroniques», édition Maroc Livres, Casablanca, 2019 (Ph. Privée)

La Commission du nouveau modèle de développement, dite Commission Benmoussa, a officiellement été installée par le Souverain. Elle travaille sur un nouveau genre de développement.
 Elle doit éclairer le cadre général des politiques publiques et des interventions importantes de l’État. Autant dire, une légère impression de similitude avec la Charte (voir encadré). L’impression est accentuée par la présence de personnalités ayant déjà pris part aux travaux du siècle dernier. Simple concours de circonstances. La ressemblance s’arrête là, tant le contexte historique de l’une et de l’autre diffère.    

La Commission d’avant

 Constituée au lendemain d’importants bouleversements (mur de Berlin, début de la révolution technologique) cette commission du siècle antérieur aura été un utile moment de réflexion et un exercice de proposition prenant la forme d’une ardente obligation de résultats.
Il s’agissait de confectionner un projet d’allure collective en suggérant quelques priorités pour le pays. Ceci un moment donné de son évolution économique et politique, et avec toutes ses pesanteurs et contraintes. La tâche a été aisée grâce aux synthèses des vues et positions des principales forces politiques de l’échiquier national de l’époque. Dont celles de la «Koutla». Sans omettre quelques suggestions de la société civile.
Un tel document devait en principe constituer une sorte de programme commun implicite de gouvernement pour les diverses factions politiques. En somme une sorte de référentiel résumant un choix d’une série de lignes de conduite devant inspirer les actions des équipes gouvernementales qui allaient se succéder dont celle de l’alternance négociée, au vu de certaines propositions et mesures audacieuses à caractère socio-économique prises en compte dans le texte agréé.
Autant dire que les deux exercices menés en équipe rappellent la méthode de l’ancienne planification marocaine: simplement indicative pour signaler la direction vers laquelle orienter une économie durant une certaine période de temps. On pourrait rapprocher le mécanisme des révisions constitutionnelles régulières.

Le différentiel

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L’industrie marocaine s’est davantage sophistiquée que les pays voisins, sauf l’Egypte, mais le Royaume s’inscrit à la baisse et se trouve en dessous de la moyenne MENA

En effet le système marocain de planification d’un passé, pas si lointain que ça, a été un peu hâtivement évacué. Il avait permis de mettre en œuvre depuis l’Indépendance des politiques économiques concertées dans leurs grandes lignes. Celles-ci ont fluctué ainsi entre quelques brèves poussées de volontarisme suivies systématiquement de longues périodes de stabilisation et d’ajustement des structures.
Ainsi, en 1964, soit moins d’une décennie après l’Indépendance, le PIB marocain par habitant était de 950 DH par an et par tête, soit environ 201 US dollars de l’époque (actuellement près de $3.300). Celui de la Corée du Sud était de l’ordre de 123 US dollars, et de 86 US dollars par habitant en Chine. On sait ce qu’il est advenu par la suite. Ne rabâchons pas les différentiels entre ces trois pays…
Cela rappelle simplement l’ampleur de l’effort à fournir avec régularité et application par les prochaines équipes qui réorienteront la nouvelle marche souhaitable du développement pour le pays.

Le bric-à-brac des services

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Comme dans les années 1980-85 et 1995-96, puis en 2016, la dépendance au climat reste puissante: ici 5.000 palmiers de M’hamid El Ghizlane morts de soif. L’oasis est ensablée. La barrière contre le sable au centre de la photo n’a servi à rien. La dépendance du PIB est cyclique. Or, l’agriculture donne entre le cinquième et le sixième du PIB.  Les seules céréales couvrent les 2/3 des terres cultivées. Selon quelques travaux comparatifs internationaux, le produit agricole marocain moyen par personne active dans l’agriculture, en 2000, représentait à peine 1/25e du rendement d’un fermier français et 1/12e de celui d’un Espagnol. (Ph. L’Economiste)

Au XXe siècle la croissance a été insuffisante, tant du point de vue des besoins des populations que de la comparaison avec d’autres régions du monde. L’industrie fournit pour près d’un sixième à la création de la richesse nationale, un niveau presque inchangé sur plusieurs décennies, confiné principalement aux produits de première transformation (jusqu’à l’introduction récente de nouvelles chaînes de montage de véhicules). La participation des activités minières (3 % à 4%) et celles du bâtiment (entre 5 % et 7 %), ont varié certes selon la conjoncture, mais à l’intérieur des mêmes fourchettes.
La seule donnée nouvelle est l’hypertrophie du tertiaire et des services. Ils couvrent des activités trop diverses (tourisme, banque, transports, conseil, fonction publique...). De plus, qu’en est-il par exemple du commerce, des communications ou des autres services nouveaux qui ont pris de l’importance? Ce grand secteur hétéroclite contribue à la moitié de la richesse annuelle moyenne du pays. Il mérite d’être qualifié avec plus de rigueur, en repérant les services de cette encore embryonnaire «économie du savoir». Une autre raison importante et simple est une transition rapide et insuffisamment négociée d’une économie industrielle encore faible à une économie dite tertiaire. Et partant, il n’y a pas de solutions au chômage massif des jeunes, suite à une expérience industrielle nationale limitée dans l’ensemble.
La fin des processus d’industrialisation à travers le monde signifie plus «la fin du mythe d’une certaine industrie». Mais elle préfigure l’ère post industrielle, sachant que l’expérience industrielle marocaine aura été somme toute courte et surtout moins dense que les autres. Elle doit être repensée, en comparaison à certains intéressants exemples de la Corée du Sud, de Taiwan, du Brésil, de l’Espagne ou de la Chine.

                                                                        

Protection sans progrès

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L’incendie de l’usine Rosamor (2008) a fait 55 victimes, le plus grand drame industriel du Maroc: les diverses «facilités», souvent «border line» (sécurité, assurance, fiscalité…), n’ont pas donné un tissu industriel puissant et sûr (Ph L’Economiste)

De la protection d’une économie marocaine en démarrage et d’un marché local qui auront constitué presque la norme au niveau des politiques de l’Etat sur une longue période, mais surtout sans aucune obligation de résultats. Ultérieurement des pouvoirs publics ont souhaité amarrer les développements des principaux secteurs aux conditions d’évolution du marché mondial. Avec le recul les deux approches ont été des paris sans fondements suffisamment établis.
Il y a eu un acquis cependant, c’est l’édification d’un secteur privé à partir de rien ou presque. Il a bénéficié du soutien effectif et constant des banques contribuant ainsi au financement des besoins d’expansion du capitalisme de type marocain. Sans oublier le soutien permanent des pouvoirs publics, et de façon paradoxale, le développement du capitalisme privé local est et demeurera encore un obligé du soutien de l’État et des commandes du secteur public.

                                                                        

Gouvernance consensuelle

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Ici, sur fond vert (un message?), la Commission dite Benmoussa, du nom de son président. Les années 1990 ont connu la Commission de la Charte de développement (Ph MAP)

Si les résultats industriels sont décevants, le Maroc a développé l’approche consensuelle comme forme de gouvernance privilégiée par les pouvoirs publics. Il en a été ainsi des divers Conseils érigés en institutions en charge de trouver du suivi de problèmes souvent sensibles et complexes. La création de commissions et de missions d’étude exploratoire d’un domaine jugé important et intéressant la société dans son ensemble en a constitué une alternative comme dans le cas de la lancinante question de l’enseignement, ou de la problématique de la régionalisation ou celle encore plus globale relative au genre de développement futur du pays, comme l’illustre la création d’une Commission en charge du modèle de développement.

 

 

 

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