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Reportage

Artisanat: Quand le luxe fabrique ses chaussures à Essaouira

Par Ghizlaine BADRI | Edition N°:5824 Le 17/08/2020 | Partager
La coopérative féminine Rafia Craft exporte dans 10 pays
Parmi ses clients, les italiens Dolce&Gabbana et Salvatore Ferragamo
Des femmes souiries formées par un marocain juif originaire de la ville

Les chaussures en Raphia «Made in Essaouira», défilant sur les plus beaux podiums de mode dans le monde, confectionnées par des petites mains souiries, qui l’eut cru? Pourtant, ces chaussures en «raphia», terme qui définit à la fois le palmier et la fibre qui en est extraite, mot d'origine malgache, sont bien tissées dans les locaux de l’une des coopératives féminines de la ville située dans la médina d’Essaouira.

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Sanaa Ettayfi est chargée de vérifier une dernière fois l'état des chaussures afin de les mettre dans les cartons pour leur envoi aux clients un peu partout dans le monde (Ph. GB)

«Il existe une dizaine de coopératives de raphia à Essaouira, qui fabriquent non seulement des chaussures mais également des articles de décoration, des sacs et tout autre produit usuel pour la maison. Notre association s’est focalisée essentiellement sur les chaussures, que nous exportons sur les 4 continents, en France, en Italie, Au Royaume-Uni, en Australie, aux Etats-Unis et même au Japon», affirme Sanaa Ettayfi, présidente de l’Association «Rafia Craft».

(Le nom de l'association est Rafia Craft, la matière est le Raphia). Cette plante à l’origine malgache importée  par  le ministère de l’Agriculture au Maroc pour protéger les tomates pendant leurs cultures ainsi que pour le transport de certains fruits et légumes, a été détournée de son usage initial. Il existe actuellement des coopératives au Maroc dans plusieurs villes qui fabriquent des objets à base de Raphia, mais elles sont pour la plupart dirigées par des hommes.

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Les femmes passent en moyenne de 6 à 8 heures sur une chaussure, mais certaines peuvent nécessiter plusieurs jours avant leur finalisation (Ph. GB)

Rafia Craft est l’une des rares associations au Maroc, à être composée essentiellement de femmes. «Nous avons hérité du savoir-faire de feu Miyer Abehsera, un marocain juif qui nous a appris le métier en 1996. Celui-ci est décédé, mais, grâce à lui, des femmes ont pu former d’autres femmes et perpétuer ce savoir-faire unique, qui nous a été transmis il y a plus de 26 ans», poursuit Sanaa Ettayfi.

Si le prix d’achat de la raphia était en moyenne de 30 DH le kilo il y a quelques années, celui-ci a doublé à 65 DH il y a deux ans, à cause notamment de la concurrence chinoise. Les Chinois ont acheté en 2018 à Madagascar la quasi-totalité des stocks, ce qui a irrémédiablement conduit à une explosion des tarifs de la plante malgache.

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Les chaussures sont tissées sur des moules dédiés assurant les pointures commandées par les clients de la coopérative (Ph. GB)

«Concernant le prix de vente de nos chaussures, il oscille entre 400 et 700 DH la paire. Un prix qui varie en fonction de la difficulté et la durée de réalisation ainsi que des matériaux que nous incorporons dans la chaussure», précise Sanaa Ettayfi.

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La Raphia arrive en bobine, la première étape est de lisser les feuilles afin de pouvoir débuter l'étape de tissage (Ph. GB)

L’association Rafia Craft travaille aujourd’hui avec de prestigieux clients tels que Salvatore Ferragamo, Dolce&Gabbana, ou encore La Botega en leur expédiant les produits à travers Fedex. Des colis comprenant de 1.000 à 3.000 paires de chaussures sont acheminés dans tous les pays du monde à un prix de 200 à 400 euros le colis en moyenne pris en charge par le client.

Les chaussures en raphia sont tissées selon le modèle fourni par le client, les  semelles en cuir dont le coût est de 100 à 150 DH en moyenne la paire, sont quant à elles conçues par un artisan à Casablanca. Elles sont incorporées à la chaussure, qui ensuite est contrôlée par le chargé de production de la coopérative.

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Parmi les clients prestigieux de la coopérative, les Italiens Dolce&Gabbana qui vendent ces mules en raphia à 895 euros… (Ph. GB)

Celui-ci a pour mission de vérifier la conformité de la chaussure avec le cahier des charges afin de valider l’envoi par colis au client final. Si le produit n’est pas compatible, il est détruit.

«A cause de la crise sanitaire liée au Covid-19, certaines coopératives ont divisé leurs prix de vente par deux, ce qui nous a énormément affecté car nous avons dû également baisser nos tarifs pour rester compétitives. De plus, nous avons arrêté de travailler pendant près de 4 mois ce qui a également porté préjudice à notre activité. Nous espérons fortement retrouver nos clients et continuer ainsi de faire travailler les femmes de notre coopérative, qui grâce à cette activité peuvent faire vivre leurs enfants et leur famille et subvenir ainsi à leurs besoins», conclut Sanaa Ettayfi.

                                                                                

A l’origine, un palmier de Madagascar

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Dans son milieu naturel, il pousse le long des cours d'eau ou sur les terrains marécageux. Ce palmier n'est pas très haut (10 m de hauteur) mais produit des palmes pouvant atteindre jusqu'à 20 mètres de longueur, un record chez les palmiers! Les longues feuilles du palmier sont séchées puis découpées en fines lanières qui seront ensuite enroulées pour former le raphia en bobines.

La production annuelle de raphia à Madagascar est de l'ordre de 10.000 tonnes par an. Ces feuilles lorsqu'elles sont jeunes contiennent de la cire qui est employée pour cirer les meubles ou les chaussures, elles sont également utilisées en couvertures de toitures assurant une meilleure isolation et étanchéité.

Au milieu du siècle dernier, la technique artisanale fut importée au Maroc par des prisonniers espagnols qui tressaient du raphia sur une base de semelles en caoutchouc pour se procurer des chaussures aérées.

Le tressage a d’abord été pratiqué dans le nord du Maroc, puis dans le sud. La technique a ensuite été introduite à Essaouira où divers ateliers se sont ouverts, d’abord avec des hommes artisans, puis ensuite le métier a été étendu aux femmes. Celles-ci ont excellé dans cet art qui s’exporte à présent au-delà des frontières faisant du Maroc, une terre d’inspiration, d’artisanat et de culture.

Ghizlaine BADRI

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