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Economie

Le passage du contrôle à la liberté: La lente installation dans la concurrence

Par Nadia SALAH | Edition N°:5818 Le 06/08/2020 | Partager
L’opinion publique se méfie toujours de la liberté des prix
Nombre d’erreurs d’interprétation sur la concurrence
La libéralisation permet de faire face à l’explosion de la demande
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Dans les années 1960-70, il n’y avait qu’une seule marque de thé, subventionnée par l’Etat et un monopole d’emballage et distribution, l’Office du thé et du sucre. Quand le système a été dé-subventionné puis libéralisé, les variétés ont explosé. Une bonne douzaine rien que pour le thé vert. Il n’y a plus de risque de pénurie, alors que la population a doublé. Le phénomène a concerné tous les produits de consommation, entraînant une amélioration des qualités avec une baisse des prix en valeur relative (Ph. Labelvie/linéaire.com)

La période des prix encadrés, de l’Indépendance au début des années 1980, fut aussi la période de la mauvaise qualité: on trouvait parfois des charançons dans les pâtes, l’eau de javel javellisant plus ou moins bien, une ou deux sortes d’huile, extraite d’arachide forcément importée et détruisant les cultures locales d’oléagineux. A commencer par les olives qui n’ont commencé à se redresser que dans les années 2000. Rappelons quand même que le bon côté des prix encadrés était de pouvoir livrer partout, à des prix souvent bas, les marchandises dont les familles les plus modestes avaient besoin.
Paradoxalement, dès la publication de la loi d’habilitation de 1971 sur la fixation administrative des prix, la haute administration a commencé à s’interroger sur les bons et mauvais côtés du système d’encadrement(1).
Toujours est-il que la situation des prix encadrés a duré, d’autant plus que l’époque était mondialement aux folles inflations, à deux ou trois chiffres! Par comparaison, le pire que le Maroc ait atteint, était un 15% en 1983. 
A la fin des années 1970, il y avait trois espèces de prix: des prix libres, des prix subventionnés et des prix encadrés. Leur gestion devenait de plus en plus malcommode, et ce d’autant plus que le ministère de l’Intérieur commençait à être regardé de travers.
Le nombre de biens sur les marchés avait explosé et la population avait augmenté de moitié. Comme les Soviétiques qui avaient calculé que leur planification finirait par employer la moitié des travailleurs, l’immobilisation des ressources marocaines sur l’encadrement des prix devenait contreproductive.  
Mais l’opinion publique redoutait la liberté des prix (et aussi que les sanctions, des fermetures, tombent sur le voisin). Impossible de désarmer la pyramide de gestion des prix du jour au lendemain, alors qu’il fallait penser à construire un Conseil de la concurrence. Ledit Conseil de la concurrence, dont les futurs gènes étaient déjà les otages d’une opinion publique et politique réclamant les contrôles. Un cercle infernal.
Signalons une surprise: une part influente de la CGEM de ces époques n’était pas favorable, ni à l’ouverture commerciale sur l’extérieur, ni à la liberté des prix. 
C’est Azzedine Guessous, ministre du Commerce, qui a fait son affaire d’assouplir l’opposition patronale, laquelle voyait là une remise en cause des positions installées. Elle avait raison de se méfier: aujourd’hui, il ne reste pas grand-monde des stars industrielles de l’époque. Même les influents ateliers d’allumettes, produit stratégique des années de contrôle, ne sont plus au firmament. Le souvenir des grandes familles du textile s’efface inexorablement, alors que les centres d’appels et le montage automobile occupent le devant de la scène des emplois.
Certaines usines auraient mérité le secours d’une loi contre la concurrence déloyale, texte qu’il fallut trente ans d’écriture et de réécriture pour arriver à une position… brinquebalante. Ainsi, les dispositifs n’ont pas pu empêcher la ruine des allumettes ou des boîtes à œufs made in Morocco, face aux concurrents turcs, aux dents longues et à la monnaie faible.

Zone démilitarisée

En adhérant au GATT (futur Organisation mondiale du commerce) en 1987, sous la houlette d’un Hassan Abouyoub, en manifestant sa détermination à rester en phase avec l’Union européenne, Rabat se hâte lentement pour créer les instruments de la libéralisation.
Rien à voir avec la rapidité de la réforme fiscale, rien à voir avec ce train de poste pour tout changer dans les marchés financiers.  
Le département du Commerce n’avait-il plus sa puissance du temps du contrôle? Une puissance qu’il avait largement contribué à détruire. Il faudra plus d’une décennie pour écrire la phrase «les prix sont libres» dans un texte législatif. En réalité, sauf exceptions, ils avaient déjà libérés bien avant.
Selon les produits, la zone «démilitarisée», sans contrôle et sans liberté écrite a duré de 1 à 20 ans.
La Direction chargée des prix a joué les équilibristes, inventant une sorte de fonctionnement automatique de la révision des prix, suite aux observations faites sur le marché. Donc le contrôle a disparu tout seul.
Naturellement, la libéralisation ne concerne pas les situations de monopole, les produits et services subventionnés, les médicaments, les actes adoulaires (dont personne ne respecte le montant), etc.

Qui se souvient de Moulay Mehdi Alaoui?

Qui se souvient de Moulay Mehdi Alaoui, le puissant patron de la direction des prix du ministère de l’Intérieur. Puissant, il l’était: il refusa que ses collaborateurs et lui participent à la folle campagne «d’assainissement» montée par son ministre, Basri. Cette campagne était une agression forte contre le monde des affaires (sauf les finances), où la justice avait été domestiquée… C’était aussi le célèbre éditorial laissé en blanc par L’Economiste pour se dresser contre cette opération et ses abus.
Une réplique et une action de Moulay Mehdi Alaoui.
La réplique: «Non! Pas question de laisser ce pays nous faire de la concurrence déloyale parce que le Maroc a une politique d’amitié avec lui».
L’action: appeler caméras et journalistes pour montrer à tout le monde des camions déchargeant leur farine à Rabat, et ainsi lutter contre la spéculation par fake news (déjà).
Il avait posé deux principes, l’intangibilité de la loi et la nécessité absolue de l’information des gens.

 

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(1) Il faut espérer que leurs successeurs finiront par déposer à la Bibliothèque nationale les documents de cette époque, comme la loi les y oblige, depuis plus de vingt ans.

 


Concurrence ou monopole?

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Dahir de création monopolistique de la Régie des tabacs et du kif. Le monopole public n’a pas réussi à discipliner le kif (entre 1932 et 1967). Ce même monopole public, après des années de mauvaise gestion jamais sanctionnées, était au bord de la faillite avant sa privatisation en 2003 (Ph. BNF)

Le gouvernement doit-il doubler les lignes de transport de l’électricité pour créer une concurrence dans la distribution? Idée folle qui coûterait fort cher aux contribuables. Même si une compétition apparaissait juste pour le transport, il est douteux que le gain du consommateur soit significatif: trop de capital immobilisé, qui aurait un meilleur usage ailleurs.
Plusieurs pays l’ont fait en Europe. Trente ans plus tard, nul ne peut dire ce qui est le plus efficace: la concurrence ou le monopole? Cela dépend de la répartition, non pas des tâches ou du contexte, mais des pouvoirs. C’est ainsi que les coûts du chemin de fer en France, par exemple, ne se fabriquent pas en roulant mais dans les négociations syndicales.
Au Maroc, c’est pire. Voici des décennies que les gouvernements font payer leur politique de consommation électrique à l’ONE. Qui aurait peut-être pu devenir un navire amiral pour l’électrification du continent, qui en a bien besoin.
La réalité est donc loin des raisonnements théoriques. Et ce d’autant plus qu’il y eut une période du tout-Etat, du monopole public dans les années 1960-70, puis un renversement de tendance du zéro-Etat et de la libérale concurrence. Dans les années 1990-2000.
Juste au milieu, c’était les grandes années de l’ajustement structurel, où le mot «libéralisme» prononcé par le ministre des Finances a cessé d’être une sorte d’insulte.
Mais rares restent ceux qui parviennent à aborder sereinement des analyses sur la concurrence.
N.S.

 

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