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Economie

Parcs nationaux: Grave menace sur la biodiversité

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5810 Le 23/07/2020 | Partager
Forte pression de l’agriculture et des élevages
Les surfaces protégées se réduisent de plus en plus
Les conclusions du dernier rapport de la Cour des comptes

Le Maroc est pionnier en ce qui concerne la sauvegarde de la biodiversité. En ce sens que les premières créations d’aires protégées remontent aux années 1940. Néanmoins aucun des parcs nationaux n'est inscrit jusqu’à présent comme patrimoine mondial au niveau de l’Unesco pour qu’il soit valorisé à l’international.

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Le parc d’Ifrane connaôt depuis quelques années une forte invasion des cultures arboricoles et maraîchères. Avec également le développement des élevages ovin et caprin (Ph. Département des Eaux et Forêts)

Le constat est ainsi dressé par le dernier rapport de la Cour des comptes. Tout en soulignant les efforts déployés en matière de préservation de la biodiversité, la Cour a émis un certain nombre de recommandations dans l’objectif de remédier aux insuffisances relevées. Le Maroc fait partie des pays méditerranéens les plus riches en termes de faune et de flore.

A ce niveau, la biodiversité marocaine occupe la seconde place après la région anatolienne (Turquie), avec un taux d’endémisme global de 20%. Pour préserver cette richesse, le pays avait entrepris des initiatives bien avant la ratification de la Convention sur la diversité biologique (CDB) en 1995, par la création, depuis 1942, d’aires protégées dénommées «parcs nationaux».

Au nombre de onze, ces parcs s’étendent actuellement sur 2,84 millions d’hectares. Il s’agit de Toubkal, Ifrane, Souss-Massa, Khénifra, Iriki, Haut Atlas Oriental, Khenifiss,Talassemtane, Al Hoceïma, Tazekka et Dakhla. Leur gestion est assurée  par le département des Eaux et Forêts relevant du ministère de l’Agriculture.

La première alerte a été déjà consignée dans le  rapport de diagnostic de la stratégie nationale de développement durable élaboré en 2014 par le département en charge de l’Environnement. Il en ressort que «la biodiversité au Maroc demeure toujours soumise aux pressions humaines et naturelles. Le nombre d’espèces animales menacées s’élève à 600 et pas moins de  1.700 plantes sur 7.000 identifiées risquent de disparaître.

La mission de la Cour des comptes cible justement la gestion des parcs nationaux et leur contribution à la protection de la biodiversité. Cette évaluation a porté sur l’examen des aspects liés à leur cadre juridique, à la gouvernance ainsi que sur les obstacles qui entravent la réalisation des objectifs. La mission  s'est appuyée sur la collecte et l'analyse d'un ensemble de rapports et de données générales pour les parcs nationaux - ainsi que sur la réalisation d'entretiens et de visites sur le terrain dans trois des parcs nationaux les plus importants: Souss-Massa, Talassemtane et Ifrane.

«En termes de superficies préservées, les surfaces couvertes en tant qu’aires protégées sont loin d’atteindre les objectifs d’Aichi, qui visent à porter, à l’horizon 2020, les superficies des aires protégées terrestres et marines respectivement à 17% et 10% du territoire national», relève la Cour. A noter que  les objectifs d'Aichi constituent le nouveau «Plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020» pour la planète, adopté par les parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) en octobre 2010. Aichi renvoie au nom de la préfecture japonaise.

Sur le plan juridique, les parcs nationaux ont connu un processus législatif lent, incomplet et demeure inachevé. Le premier texte sur les aires protégées remonte à 1934 avec le Dahir relatif aux parcs nationaux. Il n’a été amendé qu’en 2010, par la loi n°22-07 relative aux aires protégées. Mais son décret d’application n’a pas encore vu le jour. D’où l’absence de mise en application effective de cette loi.

La dimension territoriale des aires protégées au niveau réglementaire, quant à elle, reste limitée en l’absence de mécanismes institutionnels de concertation lors de l’accomplissement des actions de création et de gestion des parcs nationaux. Ce qui explique le manque d’une coopération effective entre le département concerné (Eaux et Forêts) et les collectivités territoriales. A signaler que les lois organiques des communes et des régions ont prévu la création d’autres catégories de parcs par ces collectivités.

Sur le plan de gestion des infractions environnementales commises au sein des parcs et des aires protégées d’une manière générale, l’intervention des agents verbalisateurs demeure limitée. En effet, les aires protégées abritent divers espaces terrestres, maritimes, littoraux, eaux continentales et espaces sous terrains (grottes) induisant l’intervention de divers corps d’agents habilités à verbaliser les infractions. Il en résulte ainsi une confusion au niveau de la constatation des infractions surtout que les canaux de communication avec la police judiciaire sont peu efficaces, voire inexistants.

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La Cour note l’absence d’informations relatives aux financements extérieurs. L’analyse de ce volet est faite sur la base des données du rapport d’évaluation partenariale des projets d’appui à la gestion des parcs nationaux au Maroc réalisée en partenariat avec le département des Eaux et Forêts et l’AFD. Ces financements ont débuté à partir des années 2000 et ont concerné plus particulièrement sept parcs sur les 11 existants: Toubkal, Al Hoceïma, Ifrane, Tazekka, Talassemtane, Souss Massa et Haut Atlas Oriental

Par ailleurs, le statut foncier des terrains abritant les parcs constitue également  un frein aux actions de conservation au sein de la majorité des parcs nationaux. Selon la loi n°22-07, les droits de propriété portant sur des terrains contenus dans des parcs nationaux ou des aires protégées doivent être exercés sans que l'état et l'aspect extérieur de ces terrains puissent être modifiés. Toutefois, les entités chargées de la gestion des parcs ne recourent pas à la constatation de ces infractions. En conséquence, les aspects naturels des parcs se dégradent au fil des temps.

A titre d’exemple, le parc d’Ifrane est de plus en plus envahi par l’agriculture moderne avec toutes les techniques que cela suppose: creusage de puits, goutte-à-goutte, arboriculture, etc. De plus les infractions liées au pâturage présentent un autre défi au niveau de ce parc en l’absence de listes arrêtant les ayants droit et à cause du non-respect des troupeaux du cheptel autorisé. Concernant le parc de Talassemtane, l’exploitation des terres par l’intensification de l’agriculture aggrave le phénomène de l’érosion des sols et impacte négativement la biodiversité par une utilisation excessive des pesticides et une forte demande en eau pour l’irrigation.
Dans le cas du parc de Souss-Massa, les habitats de l’Ibis chauve subissent des menaces importantes par la construction de plus de 2.400 grottes le long des falaises côtières du littoral.

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Le Maroc dispose de 11 parcs nationaux, de près de 30 aires protégées et de 3 réserves naturelles de biosphère. La répartition des parcs nationaux au niveau régional montre que chaque région possède au moins un parc national sur son territoire, à l’exception des régions de l’Oriental, Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat et Guelmim. Mais les zones non protégées ne cessent de gagner du terrain  

Au niveau de la gestion opérationnelle des parcs, les plans d’aménagement souffrent de retards dans leur élaboration et leur mise à jour. D’autant plus que ces plans, lorsqu’ils sont élaborés, demeurent sous-exploités, et ne sont pas déclinés en plans d’action annuels accompagnés des indicateurs de mesures des résultats.

Sur un autre registre, la valorisation des parcs nationaux, qui est de nature à améliorer l’attractivité des sites et développer le tourisme écologique, est confrontée à une gestion limitée en matière des accessibilités, à une sous-exploitation des écomusées qui sont peu attractifs et ne valorisant pas les richesses des parcs concernés, ainsi qu’aux limites au niveau de la signalétique.

Les quelques panneaux existants ne répondent pas aux directives de la charte graphique de la signalétique des aires protégées élaborée en 2014. De même, les parcs nationaux ne disposent pas de points de vue panoramiques et de points d’observation équipés malgré leur potentiel paysager et leur richesse en faune et flore. De ce fait, l'attractivité des parcs demeure faible et n'encourage pas l'émergence d'un tourisme écologique et durable.

                                                                     

Principales recommandations

Les recommandations de la Cour des comptes s’adressent aussi au département des Eaux et Forêts qu’à celui en charge de l’Environnement.  
Pour le premier, il est ainsi recommandé de «formuler une vision spécifique et réaliste des objectifs identifiés en termes de conservation et de développement durable». A commencer par la détermination des zones intégralement protégées et la mise à jour périodique des plans d’aménagement en les adaptant aux éventuels changements.  
 De même qu’il faut instaurer un mécanisme de pilotage et de reporting de ces plans permettant le suivi de l’état d’avancement des différentes actions en documentant les changements touchant l’intégrité écologique. Ces plans gagneraient aussi à être déclinés en programmes annuels dotés de moyens humains et financiers et définir les échéanciers pour leur réalisation.
Pour le ministère de l’Environnement, la Cour recommande de «tenir compte,  lors de l’élaboration des stratégies nationales sur la biodiversité de l’évolution des principaux paramètres naturels». Il s’agit de définir des objectifs clairs et précis et des indicateurs quantitatifs et qualitatifs permettant le suivi et l’évaluation de ces stratégies. En veillant à assurer une convergence des stratégies et programmes sectoriels en matière de biodiversité. Avec à la clé la garantie des mécanismes nécessaires pour l’appropriation des stratégies de biodiversité au niveau régional et local afin de renforcer leur déploiement.

                                                                     

Les étapes du cadre stratégique 

■ 1993-1995: Etude nationale sur les aires protégées
L’étude a montré que la forêt marocaine constitue l’élément fondateur de la richesse écologique du pays. Elle abrite les deux tiers des plantes et un tiers des espèces animales. Son rôle reste d’autant plus important que c’est au sein des écosystèmes forestiers que s’élaborent les grands cycles, comme celui de l’eau.
■ 1996: Plan directeur des aires protégées (1996-2006)
Ce plan a arrêté trois catégories de priorités dont la date d’entrée en vigueur du statut d’aire protégée. Le premier niveau fixe à cinq ans le délai de mise en application du statut de protection et concerne 51 sites d’intérêt biologique «SIBE». Les deux autres échéances ont été arrêtées à 8 et 10 ans et concernent respectivement 44 et 59 SIBE.
■ 2013: Cadrage à l’horizon 2020
L’objectif fixé à l’horizon 2020 est de stopper la dégradation et d’engager un processus de gestion active et à lui intégrer des aires protégées établies officiellement, dans un cadre de développement durable. Il a été décidé le renforcement du réseau actuel des aires protégées et le développement d’un système cohérent ainsi que l’amélioration de l’efficacité de gestion.

A.G.

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