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Comment la France a colonisé le Maroc par la dette

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5809 Le 22/07/2020 | Partager
Un ouvrage qui décrypte les conditions d’instauration du protectorat sous le prisme économique
Une préface de Thomas Piketty
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Le rôle de la dette dans l’établissement du protectorat français au Maroc n’est plus à démontrer. Guy de Maupassant y fait même allusion, vingt ans plus tôt, dans son roman Bel-Ami (1885), par le bIais de son personnage M. Walter, homme d’affaire véreux qui s’enrichira en faisant des placements boursiers au Maroc à bas prix.

Souvent fantasmé et méconnu, les conditions de l’instauration du protectorat français sur le Maroc sont retracées sous  le prisme économique, à travers l’ouvrage qui vient de paraître aux éditions La Croisée des Chemins.  Adam Barbe, normalien et diplômé de l’École d’économie de Paris en 2016, signe un ouvrage, Dette publique et impérialisme au Maroc (1856-1956), passionnant sur l’Histoire économique en mouvement du début du siècle dernier.

«Peu de grandes batailles ont précédé la signature du traité de Fès en 1912», nous prévient l’auteur. Et pour cause: c’est l’endettement insoutenable qui a précipité l’instauration du protectorat français au Maroc. Le document décrypte les mécanismes économiques et diplomatiques à l’origine de cet étranglement financier. Du milieu du XIXe siècle à 1912, le Maroc affronte en effet des difficultés financières croissantes.

L’engrenage infernal de la dette qui lui fut fatal ne commence toutefois qu’au début du XXe siècle, avec l’emprunt de 1904. Le Maroc souffre d’un déficit commercial devenu structurel depuis la fin des années 1870. L’exportation massive de capitaux qui en découle nourrit une crise monétaire sans fin appelant sans cesse des flux de capitaux entrants. Ce déficit commercial est la conséquence directe de l’ouverture commerciale du Maroc, entamée dès 1856 par le traité commercial signé avec le Royaume-Uni. L’expansion du droit de protection – l’exemption de toute taxe – dont bénéficient les Européens vampirise par ailleurs les ressources fiscales du Maroc tout en minant l’autorité du sultan.

En France, le ministère des Affaires étrangères cherche à assurer progressivement la prépondérance française au Maroc, en évitant de froisser ses concurrents à une époque d’intenses rivalités impériales. Arrive l’Entente cordiale d’avril 1904,  entre la France et le Royaume-Uni, permettant enfin à la France de garder la mainmise sur le Royaume grâce à la dette de juin 1904.

Si les ouvrages concernant les périodes précoloniale et coloniale au Maroc sont nombreux, celui-ci présente l'intérêt d'examiner sur le plan économique le rôle de la dette, comme l'écrit Adam Barbe: «La principale nouveauté de cette enquête tient au dialogue qu’elle permet d’engager entre histoire et économie du Maroc. Elle fait le pari qu’une période mouvementée de l’histoire peut être mieux comprise grâce aux outils et concepts habituellement mobilisés dans les débats économiques contemporains.» 

La politique impériale de la dette, emblématique de l’expansion coloniale européenne au XIXe siècle, met alors en perspective des événements structurants des années 2010, à l’instar des crises de la dette souveraine en Europe et de la politique africaine de la Chine.

Extrait de la préface de Thomas Piketty

«Le livre d’Adam Barbe décortique avec précision et justesse la mécanique des “traités inégaux” qui permit aux puissances coloniales de prendre le contrôle de nombreux pays et actifs étrangers, et montre avec le cas du Maroc le fonctionnement de cette logique. Le scénario typique était le suivant. On commençait par se saisir d’un prétexte plus ou moins convaincant (le refus d’ouvrir suffisamment les frontières, ou bien une émeute contre des ressortissants européens ou le besoin de maintenir l’ordre) pour monter une opération militaire, à la suite de quoi on exigeait des privilèges juridictionnels et un tribut financier, qui pour être repayé conduisait à la prise de contrôle de l’administration des Douanes, puis de l’ensemble du système fiscal, afin d’en améliorer le rendement au bénéfice des créditeurs coloniaux (tout cela avec des impôts lourdement régressifs, ce qui générait de fortes tensions sociales, et parfois de véritables révoltes fiscales contre l’occupant), et finalement à la mainmise du pays dans son ensemble [...]».

A.Bo

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