×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Le Cercle des Experts

Les biens communs, ça sert à quoi?

Par L'Economiste | Edition N°:5805 Le 16/07/2020 | Partager
spark-news-05.jpg

Sparknews est une coopérative mondiale de médias, dont L’Economiste fait partie. Le propos de cette association est le «journalisme de solutions»: trouver dans l’échange d’informations sur toute la planète, des idées pour rendre le développement durable et équitable. La personne de contact de Sparknews au Maroc est Meriem Oudghriri, Secrétaire générale de L’Economiste. L’ensemble des rédactions du groupe est impliqué dans la recherche des solutions locales. Grâce à ce réseau, plusieurs inventions marocaines ont reçu des déclinaisons dans d’autres pays.

Quel est le point commun entre le programme d’aide aux médias marocains, Wikipédia et les gestes de précaution anti-Covid-19?
Attention, la réponse est dans la question: ce sont des communs, des biens communs.

Troisième voie entre la loi du marché et la nationalisation, les biens communs, ou tout simplement communs, sont des ressources gérées collectivement par une communauté. La ressource est préservée et pérennisée par une gestion comportant des règles et une gouvernance. Un commun c’est donc non seulement une ressource mais aussi des interactions sociales, au sein de la communauté prenant soin de cette ressource, que ces interactions soient économiques, culturelles et politiques.

othman-el-ferdaous-05.jpg

La quarantaine à peine, Othman El Ferdaous (UC), fils d’un homme de presse, a été nommé ministre de l’Information, entre autres responsabilités (à gauche les mains croisées). Il est le premier ministre à considérer l’information comme un «bien commun», nécessaire au développement d’une nation. C’est sur cette base qu’il a proposé un plan d’aides et de rénovation, avec la nouvelle association regroupant tous les médias sous la houlette du Pr. Abdelmounaïm Dilami, ancien PDG du groupe de L’Economiste, ayant aussi une approche selon le concept de bien commun de développement (Ph. MAP)

Le terme de «tragédie des communs» a néanmoins de quoi en refroidir plus d’un. Son forgeur, le biologiste Garrett Hardin, défend l’idée que l’épuisement des ressources communes serait un effet pervers de leur exploitation collective. Il serait en effet rationnel pour chaque personne profitant de la ressource, de l’utiliser au maximum, même si cela entraîne son tarissement.

L’être humain, avide de toujours plus, viendrait ainsi à bout de toute ressource naturelle laissée en commun. «La logique inhérente aux biens communs fait sans remords le lit de la tragédie», déclarait ainsi le biologiste. L’article, écrit en pleine guerre froide et nourrit de convictions néo-malthusiennes, est toujours l’un des textes les plus cités des sciences sociales et a prévalu durant des décennies dans tous les modèles de développement, comme par exemple les plans de privatisation de l’eau.

L’économiste américaine Elinor Ostrom a développé depuis une analyse à rebours: les êtres humains sont en effet tout à fait capables de s’auto-organiser pour protéger et exploiter les ressources desquelles ils dépendent pour leur survie. Des paysans de l’Angleterre médiévale aux communautés autochtones d’Amérique latine, en passant par les magasins de céréales berbères, le monde regorge d’exemples de communs qui n’ont pas été épuisés. Les ressources sont partagées au sein de communautés qui organisent collectivement leur exploitation.

meriem-oudghiri-05.jpg

Vice-présidente de l’Union internationale de la presse francophone (UPF), élue au Conseil national de la presse marocaine, présidente de l’UPF-Maroc, Meriem Oudghiri est la correspondante du réseau mondial Sparknews, «pour un journalisme de solutions». Elle est aussi Secrétaire générale de L’Economiste (Ph. L’Economiste)

Des logiciels libres, les bains, des lieux artistiques comme les abattoirs de Casablanca, autogérés ou pas, en passant par les sciences ouvertes ou les coopératives, vous bénéficiez peut-être déjà de communs et de leur conception collective.

Les crises liées au coronavirus ont accéléré ces réflexions: certaines ressources ne devraient-elles pas être sorties du marché? En mai, le groupe Sanofi faisait polémique en annonçant un accès prioritaire du marché américain au possible vaccin contre le Covid-19. Le gouvernement français s’indignait alors en appelant à la notion de bien commun mondial. La gestion des biens communs par l’État est également mise à mal alors que des membres du gouvernement sont attaqués en justice pour leur gestion de la crise. Cette crise, et celles qui la précèdent nous ont pourtant prouvé que nous vivions en réseau, que nous sommes interdépendants. Le respect des gestes barrières a également fait de chacun et chacune d’entre nous des gestionnaires du bien commun qu’est la santé publique.

trois-spheres-interactives-05.jpg

Graphique simplifié des intervenants, producteurs de biens, services et règlements, dans l’activité économique et sociale. Ce graphique introduit les ressources de connaissance/d’information. Mais il néglige les biens et services tutélaires, dont les règles, prix, définition… sont fixés par la «tutelle», c’est-à-dire l’Etat ou les organes de régulation. Au Maroc, l’eau et l’électricité sont des biens tutélaires, tout comme les radios, mais pas les médias écrits

Au-delà des exemples d’associations et de collectifs cités ici, qui ont été au cœur des mobilisations et continueront à l’être, la notion de commun nous invite à faire un pas de côté.
Souhaitons-nous participer à la gestion de tous les biens qui nous permettent de vivre? Dans quelles situations voulons-nous déléguer cette responsabilité à l’État ou au marché? Quelles nouvelles formes d’organisation nous permettrons d’allier liberté et collectif?

Si vieux et si jeunes, les biens communs

De ce côté-ci de la planète, Afrique, Europe et Amérique, l’idée de «bien commun» (dont la notion « égalitaire » est absente) vient de la théologie.  Pendant plus de 15 siècles, elle a des déclinaisons opérationnelles: la communauté de l’eau dans les oasis, le stockage et la protection des céréales, l’accès  aux pâtures pour les éleveurs sans terre, les fours et les bains...   Mécanismes très peu connu, le mot marocain «Makhzen» donnera en Europe latine le mot «magasin». Le Makhzen d’origine devait veiller à la sécurité alimentaire en constituant et protégeant les stocks. Le «gène» de cette obligation politique et sociale est ressorti, prêt à servir au début de la pandémie.
Le concept est revenu sur le devant de la scène tout récemment, à la faveur des nouveaux mouvements sociaux et des craintes quant à la survie de la planète. Il a inspiré le Sommet de la Terre, en 1992, à Rio: la planète est notre bien commun, dont le mauvais usage menace l’ensemble de l ’Humanité. Il a valu un prix Nobel d’économie en 2014, au Pr. Jean Tirole.
Il existe trois grandes branches d’analyses pour les biens communs.
D’où les différences entre les conceptions de:
- Jean Tirole: nécessité de réguler l’action des grosses entreprises, capables de dévoyer les marchés;
- Sommet de la Terre à Rio: organiser et réduire l’usage d’un bien qui s’épuise;
- Groupement Sparknews dans le sillage d’Elinor Ostrom: gestion publique obligatoire des biens non-renouvelables ou capables de créer de fortes injustices sociales.
De nombreux autres chercheurs et idéologues s’inscrivent aujourd’hui dans cette réflexion, avec des approches nuancées.

Par le groupement international de médias, Sparknews

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc