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Economie

Marocains: De la lassitude, et une crise de confiance

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5788 Le 23/06/2020 | Partager
Partis, syndicats et parlement: ceux qui inspirent le plus de méfiance!
A peine 13% estiment que les élus et dirigeants politiques sont honnêtes
Les Marocains veulent plus d’Etat!

Une crise de confiance profonde. C’est le constat effarant du rapport réalisé par le think tank Al Mountada, rassemblant cadres et dirigeants du public et du privé, dans le cadre d’une contribution à la conception du nouveau modèle de développement.

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Les avis des sondés de toutes les régions sont alignés sur les mêmes priorités, à leur tête: L’éducation et la santé. La majorité s’oppose à la privatisation de ces deux secteurs

Réalisé par des cercles de travail de 310 personnes répartis sur 16 provinces, le rapport comprend une partie diagnostic relevant les attentes et l’état d’esprit des Marocains. Un sondage a ainsi été réalisé en 2019 auprès de 1.001 participants, en partenariat avec OpinionWay.

83% des sondés ne font pas confiance aux partis politiques qui détiennent la palme d’or des institutions inspirant le plus de méfiance aux Marocains. Ils sont suivis des syndicats (72%) et du Parlement (65%). Les Marocains n’accordent donc pas de crédit aux entités censées les représenter et les encadrer. Même le gouvernement ne trouve pas grâce à leurs yeux. Les deux tiers n’y croient plus. Le coronavirus et la mobilisation nationale qui s’en est suivie a peut-être poussé certaines personnes

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83% des sondés ne s’intéressent pas à la politique. Les jeunes de 18 à 24 ans et les catégories les moins aisées sont les plus nombreux à s’en éloigner

à changer d’opinion. Mais il ne s’agit que d’une conjoncture passagère, dont on ne peut tirer de conclusions définitives. «Cette défiance envers la plupart des responsables politiques est nourrie par le sentiment qu’ils ne sont pas irréprochables», explique le rapport. A peine 13% estiment que les élus et dirigeants politiques sont plutôt honnêtes, et le tiers les taxent de «corrompus», tandis que 55% ne se prononcent pas.  

La politique n’intéresse toujours pas. 83% préfèrent s’en éloigner, et 87% considèrent que les responsables politiques ne se préoccupent pas des besoins des citoyens. Sans surprise, les jeunes de 18 à 24 ans sont les plus nombreux à rejeter la politique, au même titre que les catégories les moins aisées. Pour rentrer dans les bonnes grâces des Marocains, les personnalités politiques doivent d’abord faire preuve de «droiture» et d’honnêteté (57%), et tenir leurs promesses (56%). Ces critères arrivent loin devant la proximité avec les citoyens, l’efficacité, ou encore, la connaissance des dossiers.

Comment garantir l’adhésion de tous à un nouveau projet de développement dans un tel climat? Il est clair qu’aucune avancée ne serait possible sans la restauration de la confiance. «Il s’agit d’une condition sine qua non pour la réussite de tout modèle de développement, et de la vie collective en général. De ce fait, une moralisation de la vie publique est nécessaire pour rétablir la confiance dans les institutions, en commençant par la reddition des comptes», estime le think tank.
Dans l’autre extrême, les Marocains font plus confiance à la police (81%), aux autorités locales (68%) et à la justice (63%).  

Côté ressenti global, les avis sont plutôt partagés. Néanmoins, trois sentiments se dégagent: La lassitude, exprimée par 43% des sondés (un peu plus par les femmes et les jeunes), la confiance, avancée par 40% et l’enthousiasme (39%). Pour 37% d’entre eux, le bonheur est ailleurs, pour être heureux, il faut vivre à l’étranger. Les 18-24 ans sont les plus nombreux à le penser. Toutefois, la majorité des ainés croit que ses enfants ont plus de chances qu’eux de réussir dans la société marocaine future.
Plus de la moitié (57%) pense que la situation au Maroc s’est détériorée ou au mieux a stagné sur les trois dernières années. Cela dit, concernant l’avenir, plus des trois quarts restent optimistes.

Au niveau des services publics, ceux de sécurité sont plébiscités par 79% des enquêtés, suivie des infrastructures et grands projets, le fonctionnement de la justice et la situation économique générale. Environ six sur dix sont satisfaits des services de transport et de l’accès à l’eau et à l’électricité. L’éducation et la santé restent les principales sources d’insatisfaction (respectivement 72% et 69% expriment leur mécontentement). Ces deux services sont d’ailleurs placés en tête des enjeux les plus importants pour le Maroc (voir illustration). 

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Les Marocains font plus confiance à la police (81%), aux autorités locales (68%) et à la justice (63%), contrairement aux partis politiques, aux syndicats et au Parlement qui leur inspirent de la méfiance  

En termes de valeurs, la tolérance, la solidarité et la liberté font le consensus des sondés (jusqu’à 97%). Le patriotisme, l’Etat, l’ordre et l’autorité sont également valorisés. 70% perçoivent le féminisme d’une façon positive. Ils sont, en outre, majoritairement (les deux tiers) pour l’ouverture du pays, que ce soit sur le plan économique ou culturel. Cependant, le libéralisme est plutôt mal perçu. Neuf sur dix souhaitent que l’Etat réglemente et contrôle plus étroitement l’activité des entreprises. Près de six sur dix s’opposent à la privatisation de l’éducation et de la santé.

                                                                                

Mettre le citoyen au centre de toute action

Pour construire un nouveau modèle de développement, certains préalables doivent être assurés, selon le think tank Al Mountada. A leur tête, mettre le citoyen au cœur de toute action, car ce n’est qu’ainsi «qu’il est possible de lui demander des efforts et une mobilisation».

Cela passe aussi par plusieurs conditions, dont la restauration de la confiance, une répartition juste et équitable des richesses, une vie décente à l’ensemble des citoyens et la lutte contre les inégalités sous toutes leurs formes. Le think tank appelle également à «une mise à jour de notre logiciel politique», avec un Etat de droit et de justice sociale, au service des citoyens

. Mais aussi un Etat promoteur d’un secteur privé «patriote», tout en assurant une meilleure réglementation et un contrôle plus poussé des entreprises. Ceci a, d’ailleurs, fait partie des attentes relevées par le sondage.

L’accent est, en outre, mis sur le rôle des élites, souvent déconnectées de la réalité et percevant le monde sous le prisme de ses intérêts. «La panne de l’ascenseur social est à l’origine de l’approfondissement de la fracture entre les élites et les autres catégories de la population», relève Al Mountada, estimant que la priorité devrait être octroyée à celles et ceux qui détiennent plus de connaissances et de savoir-faire à tous les niveaux. 

Reddition effective des comptes, répartition plus juste des richesses, lutte contre l’économie de rente… De nombreux prérequis sont nécessaires.

Ahlam NAZIH

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