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Economie

Levée du confinement Ce qu’a proposé le ministère de la Santé, mais…

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5781 Le 12/06/2020 | Partager
El Othmani a rejeté sa proposition
Pourtant, celle-ci aurait soulagé le Maroc et les Marocains

Khalid Aït Taleb a brillé par son absence lors du passage de Saâdeddine El Othmani devant les parlementaires, mercredi dernier. L’absence du ministre de la Santé n’est pas passée inaperçue. Surtout que ce rendez-vous était celui du déconfinement, un dossier qui concerne directement le département d’Aït Taleb. De coutume, quand El Othmani est interpellé sur un secteur donné, le responsable de celui-ci est automatiquement présent à l’hémicycle. Mieux encore, ils s’assoient côte à côte, en guise de soutien. Or, cette fois-ci, Aït Taleb a pris ses distances, au point carrément de ne pas assister au passage constitutionnel d’El Othmani devant la première chambre. S’agirait-il d’une scission entre les deux hommes sur fond d’un plan de levée de confinement non retenu? En tout cas, la recette retenue par El Othmani déçoit les Marocains au plus haut point et «manque cruellement d’un fil conducteur», estiment des médecins. Décryptage.

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Après le rejet de son plan (non officiel) de déconfinement, Khalid Aït Taleb a brillé par son absence lors du passage de Saâdeddine El Othmani au Parlement. Les deux hommes ont des tendances différentes. L’un est politique, l’autre est technocrate (Ph. L’Economiste)

 

■ Ce que propose la Direction de l’épidémiologie
Les mesures de distanciation physique ainsi que celles du confinement, instaurées précocement au Maroc en appui aux stratégies de détection précoce, de riposte rapide et de gestion des contacts, ont permis de ralentir significativement la vitesse de propagation du SARS-CoV-2 au niveau national, de réduire le nombre de décès par Covid-19 et d’éviter la saturation du système national de santé. Le Maroc a, ainsi, réussi à réduire l’ampleur de l’épidémie et à en limiter les conséquences. Sur cette base, la DELM a proposé un déconfinement en 3 phases, se déroulant en deux semaines chacune. Réalisé par des cadres brillants du ministère de la Santé, ce plan préconise une levée du confinement qui doit tenir compte de plusieurs paramètres à la fois chronologiques, géographiques, démographiques et épidémiologiques. L’objectif étant de limiter l’apparition de nouvelles infections et de nouveaux foyers, éviter la diffusion communautaire du virus dans les régions avec des cas sporadiques et/ou de petits foyers, et éviter la réintroduction du virus dans les régions sans cas actif.
 
■ Subir le risque social et économique d’une fermeture inexpliquée
Le plan élaboré par les services du ministère de la Santé n’a rien laissé au hasard et rejoint l’avis unanime des Marocains. En fait, ce plan est une proposition qui se base sur les données épidémiologiques actuelles et l’état actuel des connaissances. Dans ce sens, «les provinces et villes à forte densité́ de population et/ou avec un niveau de circulation virale élevée nécessiteront une attention particulière», suggère l’équipe du ministère. «La résurgence de l’épidémie imposera un renforcement des mesures de contrôle de l’épidémie voire un nouveau confinement territorial total ou partiel», explique-t-on. Même son de cloche auprès de plusieurs médecins, contactés par L’Economiste, pour qui «rien ne justifie le maintien du confinement». Surtout que seuls 600 patients sont en cours de traitement Covid. Ils se portent tous bien, hormis 8 patients en réanimation dont 4 cas présentant des signes de difficulté (intubés et ventilés). «La maîtrise de la situation et les chiffres très rassurants n’expliquent aucunement le maintien du confinement qui manque cruellement d’un fil conducteur», déplorent des médecins. Pour eux, «la France, avec 900 cas en réanimation, a décidé de revenir à une vie normale. La Tunisie rouvre ses frontières le 15 juin, et le Maroc continue de subir les dégâts (risque social et économique) d’une fermeture extrême». «Enfin, nous attendons impatiemment l’avis du comité scientifique de la santé… Ou, n’est-il plus consulté?», concluent nos sources.
 
■ Quid des autres pathologies?
De l’avis des cadres du ministère de la Santé, le maintien du confinement pour une longue durée n’est pas une option réaliste. Celui-ci pèse lourdement sur l’économie et sur la vie sociale de la population. «En plus, la réorientation du système de santé pour faire face au Covid-19 impacte sérieusement les autres morbidités, plus difficilement prises en charge dans le contexte épidémique», disent-ils. Pragmatique, leur plan prend en compte les indicateurs de vitesse de diffusion de l’épidémie (au moment de la décision), le taux de reproduction (Rt) doit être inférieur à 0,8 (idéalement < 0,7) et sa stabilité ou sa baisse continue sur une période suffisante (deux semaines au moins avant la levée du confinement). Enfin, ce plan appelle à la prudence, au contrôle et à la flexibilité. Pour ce qui est des sujets âgés de 65 ans et plus et «jusqu’à sa levée totale», la vigilance est de mise. Car en effet, la létalité liée au Sars Cov-2 demeure élevée chez les personnes âgées.
 
■ Un plan concluant mais pas pris en compte
Selon les termes du plan «concluant et non retenu», la levée de confinement est un processus complexe qui ne pourrait être que progressif, contrôlé et contextualisé.
Les mesures de distanciation physique et les mesures barrières et d’hygiène, individuelles et collectives, seront maintenues pour plusieurs semaines et plus probablement plusieurs mois. Enfin, il est nécessaire de mettre en place un large programme de dépistage, tout en renforçant les capacités de prise en charge des cas et de suivi des contacts, notamment par le recours aux nouvelles technologies. Pour ce dernier volet, sur les 17.000 tests effectués, mardi dernier, seule une soixantaine de cas ont été recensés, soit un taux de 0,41% qui tend de plus en plus vers des «cas asymptomatiques et en bonne santé».

                                                                      

■ El Othmani répond via un Tweet  à minuit

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La semaine qui s’achève a été marquée par la fuite de quelques documents ministériels tous relatifs au confinement et à l’état d’urgence sanitaire. Le dernier en date a été partagé dans la nuit du mercredi à jeudi. Il s’agit en effet d’un «plan de levée de confinement» réalisé par la direction de l’épidémiologie et de lutte contre les maladies (DELM) relevant du ministère de la Santé. Les experts de celui-ci y détaillent (13 pages) le processus du déconfinement, ses critères, la coordination intersectorielle, et les rôles du ministère, entre autres. Bref, un véritable travail scientifique qui devait être pris en considération pour déconfiner nos villes et «libérer les Marocains». Finalement, cette analyse n’a pas été retenue. Saâdeddine El Othmani l’affirme:  «Il s’agit d’un document non officiel et non adopté par le ministère», a tweeté le Chef du gouvernement ce 11 juin, à 00H22min. Contacté par L’Economiste, son ministre de la Santé est… du même avis. «Normal, il ne peut pas contredire la version officielle», commente une source proche du dossier.

                                                                      

■ Processus de levée de confinement

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Selon le document qui a «fuité», le déconfinement peut se faire en 2 phases de deux semaines minimum chacune, avant la levée complète du confinement. Le processus doit tenir compte des prérequis obligatoires et des critères épidémiologiques et de l’offre de soins préétablis. Le passage à la phase II dans 15 jours devrait lever les restrictions de déplacement entre régions. Le passage à la phase III vers le 09/07 permettra l’ouverture des frontières. Cependant, cet assouplissement ne peut se faire que si la situation épidémiologique reste sous contrôle. De la phase de préparation à la levée totale du confinement, les mesures barrières et de distanciation physique seront maintenues, permettant de réduire la circulation du virus. La DELM insiste sur le maintien d’une distance physique d’un mètre au moins, ne pas se serrer la main, ne pas s’embrasser, ne pas se donner d’accolades, outre le port de masque obligatoire dans les lieux publics, lieux de travail, les commerces et les transports en commun. Le lavage fréquent des mains (eau et savon ou gel hydro-alcoolique) n’est pas en reste. Il faut souligner que ces mesures seront probablement maintenues et adaptées après la levée totale du confinement pour une durée à déterminer, en fonction de l’évolution de l’épidémie et des connaissances scientifiques. Ceci étant, El Othmani en a décidé autrement.

Youness SAAD ALAMI

 

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