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Economie

«On s’achemine vers la fin du Covid-19, mais…»

Par Youness SAAD ALAMI - Radia LAHLOU - - | Edition N°:5778 Le 09/06/2020
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Déconfiner sans risque d’éveiller l’épidémie, les gestes barrières importants dans cette transition
«Surprenant: le virus semble disparaître très rapidement, aussi vite qu’il est apparu», indique Dr Amraoui
L’idée d’une 2e vague, de plus en plus fantaisiste
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«Dans plusieurs pays, l'épidémie est contrôlée depuis quelques semaines déjà. La seule incertitude avec ce virus qui reste, c'est s'il va disparaître comme le sars Cov1, ou devenir un énième virus respiratoire saisonnier. A ce propos, personne ne peut répondre», souligne Dr Allal Amraoui, député PI (Ph YSA)

Le professeur Didier Raoult l’avait dit au monde entier, «ce virus finira par disparaître aussi rapidement qu’il est apparu…comme tous les autres virus et personne ne sait pourquoi, mais c’est comme ça». Une réalité aujourd’hui partagée par le Dr Allal Amraoui et député PI qui insiste sur le fait qu’il ne faut pas crier victoire rapidement, tant qu’il y aura encore des cas de contaminations. Il reconnaît que le modèle du confinement strict choisi par le Maroc a été le plus approprié pour combattre l’épidémie et que le «virus semble en effet disparaître». Pour le combattre encore plus efficacement, il sollicite l’esprit citoyen de tous, en adhérant à l’application wiqaytna, qui permettrait selon lui de juguler tout nouveau foyer plus rapidement.

- L’Economiste: A un jour du «verdict», on ne sait toujours pas s’il y aura un déconfinement ou pas?
- Allal Amraoui:
Le mot déconfinement peut être trompeur. Car, il peut nous ramener à croire qu’on va passer ou chavirer du confinement strict au déconfinement total. On peut aujourd’hui avancer que la lutte contre la pandémie s’inscrit dans la durée, soit on fait le choix d’un confinement extrêmement strict pendant une période plus ou moins limitée, soit c’est un confinement plus léger ou a minima pour une période plus longue. Et si on ne gère pas bien la crise sanitaire on ne gérera pas aussi bien la crise économique. Le modèle donc du confinement strict a été le plus approprié. Le virus semble en effet disparaître. On est même surpris de la rapidité de sa disparition, attendue mais peut-être pas aussi vite, au même titre qu’on a été surpris de la rapidité de son arrivée et de son niveau de contagion et propagation. Visiblement, le virus va plus vite que ce qu’on attendait, imprévisible, inexplicable, et même irrationnel, rendant fou tous les systèmes de santé. Il faut rappeler qu’on ne savait rien de cette maladie. Il y a 6 mois, elle n'existait pas.
 
- Pourtant, les analyses n’ont pas manqué. Les scénarios catastrophe ont rapidement été oubliés avec un retour à la vie «normale» notamment en Europe…
- Pléthore de travaux avec un emballement de modélisation mathématique essayant de prédire l'évolution du virus et de la pandémie au Maroc ou ailleurs, se sont avérés très différents de ce qu’on a vu. Parce qu’avec le confinement, l'épidémie n'a pas évolué spontanément, avec plein de variables non maîtrisées. Le R0 diminue extrêmement vite. La circulation se fait de façon très faible partout dans les pays voisins du nord, où les gens agissent de plus en plus comme s'il n’y a plus de virus. Cet affaiblissement du virus est le même en Europe, quelles que soient les politiques suivies, intensité ou durée du confinement, et l’imposition ou non du masque. C’est très bien de revenir à la vie normale. Il faudra le faire doucement sans prendre le risque de réveil de l'épidémie. C'est très important de garder des gestes barrières, encore quelques semaines pendant cette période de transition.
 
- Ces mesures nous éviteraient-elles la découverte de nouveaux foyers?
- Le risque de trouver des clusters est encore important. Le virus continue de circuler, mais il le fait à petite vitesse. Des personnes peuvent encore être contaminées. On ne pourra déclarer la fin de l'épidémie que lorsqu’il n’y aura plus aucune contamination. Ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui. Même si la tendance globale est très rassurante, l'expérience des pays voisins du nord a montré qu’il n'y a rien eu d'inquiétant, qu’il n’y a pas eu d'effets négatifs du déconfinement et que l'épidémie est contrôlée partout depuis quelques semaines déjà. La seule incertitude qui reste, c'est de savoir si ce virus va totalement disparaître comme le Sars Cov1, ou bien devenir un énième virus respiratoire saisonnier? A ce propos, personne ne peut répondre. Le climat joue, l'immunité croisée est de plus en plus affirmée, et l’idée d’une deuxième vague devient de plus en plus fantaisiste. On verra si c'est réellement une menace.
 
 

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«Le risque de trouver des clusters est encore important. Le virus continue de circuler, mais il le fait à petite vitesse. Des personnes peuvent encore être contaminées. On ne pourra déclarer la fin de l'épidémie que lorsqu’il n’y aura plus aucune contamination», souligne Dr Allal Amraoui (Ph. L'Economiste)

- Pourtant, nos voisins du nord (France et Espagne) ne sont plus inquiets. Ne croyez-vous pas que le Maroc a instauré des mesures extrêmes?
- À Wuhan (Chine), le premier épicentre de la pandémie, les autorités se sont lancées dans un gigantesque chantier: tester toute la population de la ville en réalisant 10 millions de tests pendant 2 semaines. Il s’est avéré que seulement 300 personnes étaient positives et asymptomatiques. L’Italie, épicentre de l'épidémie en Europe a déjà ouvert ses frontières, on circule à nouveau et l’épidémie semble terminée. Notre voisin européen le plus proche, l’Espagne commence à afficher zéro morts pour la 1re fois depuis 3 mois. En France, la maîtrise de l’épidémie a été annoncée par le patron du comité scientifique. Le virus ne circule plus. Selon des études, le pourcentage des tests positifs sur des personnes qui présentent des symptômes est tombé de 5,6 à 3,6%. Pour rappel, il était au pic de l'épidémie à 20%, et à  40% dans la région parisienne. S’agissant du Maroc, grâce à la clairvoyance de SM le Roi, qui a placé la santé du citoyen au dessus de toute autre considération, se trouvant pratiquement dans l’épicentre de l’épidémie en Europe, avec ses frontières ouvertes, dont l’économie dépend largement des échanges avec ses voisins européens, là où les hôpitaux commençaient à être débordés, les lits de réanimation étaient submergés, il fallait bien confiner. On l'a fait très vite et ça a été le clou de la réussite de la riposte marocaine. On ne pouvait pas faire autrement. On ne répétera jamais assez que le confinement le plus strict a été une excellente décision.
 
- L’économie étant à l’arrêt depuis 3 mois. Les gens sont lassés. L’enquête de L’Economiste et Sunergia a montré une rupture du consensus autour du confinement…
- Il faut rester prudent. On ne peut pas tout lever en même temps, mais on peut se permettre d’aller beaucoup plus vite, garder un dispositif de sécurité jusqu'à la fin de l'année. Ces mesures doivent être aussi réactives que le virus. Baisser notre garde ne veut pas dire qu'on ne devra pas la remonter très vite. On est bien mieux armés pour comprendre ce virus.  Avec les données actuelles, nous pouvons agir différemment. C’est très important de continuer à respecter les gestes barrières et porter des masques, élever encore notre capacité de tester, détecter rapidement les clusters par dépistage actif en allant les chercher, les dépister, les isoler et les contrôler. L'ennemi restera les rassemblements surtout dans des milieux mal aérés. Il est urgent de réactiver au plus vite nos structures de soins, être prudents sur le Coronavirus, mais surtout ne pas négliger les autres pathologies. N’oublions pas que nous avons plus de décès dus à des problèmes cardiaques qu’au Covid-19. Des malades avec un cancer non diagnostiqué sont dans la nature. Il faut par contre ne pas passer à côté de l'essentiel, c’est-à-dire la refonte de notre système de santé, l'investissement public dans la santé et sa revalorisation.

«Wiqaytna nous protègera»

Pour Dr Allal Amraoui, «l’application Wiqaytna est extrêmement importante». Il s’agit, selon lui, d’une responsabilité collective qu’on ne peut que fortement recommander. Cette application reste à usage volontaire mais constitue «un geste hautement citoyen pour contribuer à la lutte contre la propagation du virus, et maîtriser la chaîne de contamination». Ce sera un des piliers de cette phase de levée progressive du confinement, où on se prépare à ouvrir les lieux publics. S'il y a résurgence du Covid-19 l'hiver prochain, il faudra agir vite et efficacement pour casser la transmission. Loin des inquiétudes et des polémiques suscitées ailleurs autour de l'application de traçage volontaire, «Wiqaytna est validée par la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP)», souligne Amraoui. Et d’ajouter: «quand on a un smartphone, et on passe la journée à accepter de partager ses données avec des chaînes de magasins ou des services en ligne, je ne vois pas pourquoi craindre une telle application. Qui peut dire qu'il ne souhaite pas que nos villes disposent des caméras de sécurité par exemple?». «Si je suis malade, la moindre des choses c'est de prévenir mes proches, mes collègues, et ceux que j’ai rencontré les jours précédents. En tout cas, moi je voudrais bien être informé. On n'est pas géolocalisé, c'est complètement anonyme. On m'offre des garanties, je la chargerai 100 fois s'il le faut, je n'ai aucune inquiétude», conclut-il.

Pareil en Amérique du Sud et Brésil qu’en Suède

«En Amérique du Sud, le virus est toujours très actif, et suivra probablement les mêmes courbes épidémiques, à condition bien sûr d’assurer un confinement plus strict», estime Amraoui. Il est aussi très intéressant d’étudier le cas de la Suède, érigé un certain moment en modèle cherchant à atteindre une immunité collective reconnue aujourd’hui comme illusoire. Il s’avère que le risque n'était pas calculé et assumé, le virus disparaît partout en Europe sauf là-bas où l'épidémie est loin d'être terminée, au contraire c'est le seul pays en Europe où le nombre de contaminés augmente. Depuis début juin, le taux de mortalité par habitants est supérieur au reste du monde (le 3e pays au monde), il est 10 fois plus élevé qu’en Norvège, elle est passée devant les Etats-Unis, et le Brésil. Ses voisins sont d’ailleurs furieux. «L'architecte de cette stratégie admet aujourd'hui qu’elle n'était pas la meilleure, et même sur le plan économique qui a pesé sur la décision politique, il s'avère que le pays n'a pas fait de meilleures affaires, étant un pays ouvert et orienté vers l’export. Le passage au mode de confinement strict reste encore d’actualité aujourd’hui», rapporte le parlementaire PI, et président du Centre marocain d'études et de recherches en politiques de santé (CMERPS).

Propos recueillis par Y.S.A. & R.L.
 

 

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