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Opinions & Débats

Penser l’après

Par Me Salah-Eddine CHENGUITI | Edition N°:5777 Le 08/06/2020 | Partager

Longtemps, les pandémies ont été des catastrophes exogènes que l’humanité a dû subir, mais l’originalité de celle-ci nous offre une occasion unique afin que citoyens et élus franchissent ensemble un nouveau pas dans l’invention de nouvelles médiations.

Le Covid-19 a ébranlé nos convictions passées, nos croyances sociales et écono­miques. Pour favoriser une crois­sance inclusive, stabiliser notre économie et gérer de manière coo­pérative les risques dans leur glo­balité, l’humanité ne pourra traiter cette nouvelle crise par des solu­tions rétrospectives. Explications.

Un changement s’est opéré grâce aux pouvoirs publics qui ont su prendre des décisions fon­damentales pour la survie écono­mique du pays; déploiement des aides aux entreprises, apparition de nouvelles mesures de chô­mage partiel, directives répétées aux banques, aide portée aux plus démunis, etc. Depuis quelques semaines, nous assistons à un changement de paradigme; si par le passé, les mentalités ont subi une idéologie de haine de l’Etat qui remonte au début des années 80, cet endoctrinement semble prendre fin avec l’arrivée de l’Etat protecteur. Partout dans le monde, la pandémie a exposé les fragili­tés économiques, les difficultés sociales et autres failles sanitaires. D’où le devoir de tout acteur poli­tique de faire le bon choix dans la construction de son action pu­blique et sa prise de décision poli­tique.

En Italie, en France, en Es­pagne et en Belgique, la demande d’aide de la population vulné­rable a augmenté de 20 à 25%. En Grande-Bretagne, les faits sont plus graves, portant le taux de chômage à la hausse. Quant au Maroc, il ne fera pas exception. La cartographie de la pauvreté(*) s’élargira jusqu’à atteindre sa classe moyenne. Plus question de laisser passer des réformes qui af­faiblissent les autorités publiques! Plus question de fermer les yeux sur la réduction des coûts et inves­tissements dans les domaines de la santé ou de l’éducation nationale!

En revanche, soutenir les plus vulnérables fait partie de la haute urgence pour cette tranche de la population qui compte désormais des personnes ayant perdu leurs emplois (et celles qui risquent de se retrouver au chômage dans les jours et mois à venir). Si les citoyens ont saisi l’importance des restrictions de leurs libertés en acceptant les inconvénients du confinement, il est fondamental de pour suivre notre engagement de manière transparente, en leur indiquant la direction stratégique à adopter pour un développe­ment soutenable.

Cependant, il ne faudra pas que les mentalités s’imaginent que l’intervention des pouvoirs publics était une affaire conjoncturelle pour pallier les difficultés de trésorerie des entre­prises ou encore, pour faire face à la chute des revenus. Il semble évident qu’il faille créer de nou­velles conditions de reprise pour les investissements publics et pri­vés afin d’éviter toute dépendance ou vulnérabilité face aux futures ondes de choc planétaires. Les en­treprises devront tirer les leçons de cette crise qui aura cruellement affaibli leurs chaînes d’approvi­sionnement et de production.

Là où de nombreux pays euro­péens ont déploré des millions de chômeurs, les pouvoirs publics marocains ont mis en relief la protection des emplois et l’aide apportée aux entreprises durant la crise sanitaire.

Pour repartir d’une feuille blanche, l’enjeu est de taille; nos pouvoirs publics doivent mener une réflexion pointue sur la reloca­lisation des entreprises étrangères, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, des équipements, etc.

En dévelop­pant davantage l’offre de Nearsho­ring pour les Européens en quête de proximité géographique, le Maroc doit s’inscrire dans la re­lance de son attractivité. D’autre part, la maîtrise de l’anglais n’est plus une option, mais un outil fon­damental pour se rapprocher des unités de production étrangères. Dans cette compétition internatio­nale, notre gestion de la crise éco­nomique peut être un atout dans l’implantation de nouveaux sites de productions sur notre territoire.

Il convient donc, pour inciter ces investisseurs étrangers à orienter leur choix d’implantation, que le Maroc les «rassure» sur son pou­voir de résilience et bien détail­ler les conditions de sa sortie de crise. D’autant que, rappelons-le, le Maroc a réussi à se démarquer dès lors qu’il a réquisitionné les filières textiles pour produire des masques et les exporter alors que bien des gouvernements se sont laissés dépasser par les déficiences provoquées par la crise sanitaire.

Il apparaît donc que l’Etat doit jouer son rôle d’actionnaire dans les entreprises où il est présent et ce, en activant le levier de la com­mande publique nationale et des collectivités territoriales. Enfin, pour regagner en souveraineté économique, il apparaît que les autorités publiques doivent orien­ter les choix majeurs de dévelop­pement pour progresser vers cet Etat entrepreneur qui affiche un volontarisme incontestable. En ef­fet, la puissance publique doit an­ticiper l’avenir, d’ailleurs «L’his­toire nous a montré que des crises financières ou sociales peuvent transformer le rôle de l’Etat et sa conception», souligne l’écono­miste Thomas Piketty.

La crise sociale et économique prend le relais sur la crise sanitaire

L’arrêt brutal des activités ajouté aux répercussions vio­lentes provoquées par le confinement ont fait basculer des mil­liers de personnes dans un dénuement total. Les rangs des plus démunis a grandi et la reprise progressive des activités ne fera que reporter la catastrophe inhérente, annoncée dans les secteurs du tourisme, de la restauration ou encore de l’agriculture. Les aides à domicile, les femmes de ménages et les employés de restauration dont les petites économies ont fondu, basculent dans l’indigence totale. En revanche, il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de la crise sur les revenus des ménages possédant encore un travail mais dont les droits sociaux sont encore insuffisants. Si le phéno­mène ne date pas de l’actuelle crise sanitaire, ceci nous pousse à nous demander «combien de pauvres (en plus) comptabilisera-t-on dans un futur proche?» et par conséquent, de personnes en situa­tion de pauvreté absolue.

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* Avant le Covid-19, le pourcentage de la population marocaine vivant dans des conditions de haute précarité multidimen­sionnelle avait atteint 6,5%.

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