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Economie

Covid-19: La suite, une aggravation du chômage des jeunes!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5777 Le 08/06/2020 | Partager
Plus de 1 sur 6 a perdu son emploi depuis le début de la pandémie
Les défaillances d’entreprises et réductions du temps de travail impacteront les salaires
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Jesko Hentschel, directeur du Département Maghreb à la Banque mondiale: «Cette pandémie, bien que pesant lourdement sur l’économie, offre des opportunités au Maroc. Outre la possibilité de renforcer son positionnement dans les nouvelles chaînes de valeur, le pays pourrait renverser la vapeur et mettre en place des politiques plus innovantes et audacieuses pour la création d’emplois» (Ph. WB)

Les prochains mois seront durs. Pour la majorité des entreprises, pas question d’embaucher. Elles comptent surtout repositionner leurs ressources pour sauver leurs emplois actuels.

A fin mars 2020, le taux de chômage est déjà monté de 9,1% à 10,5%. La situation pourrait sensiblement se détériorer durant les prochains trimestres. Les jeunes, déjà écartés (seule la moitié des 25-35 ans a un emploi, et un sur trois des 15-24 ans est un NEET, ni à l’école, ni en entreprise) et mal menés sur le marché du travail, seront sans doute les principaux perdants de cette conjoncture (aux côtés des femmes).

Toutefois, pour Jesko Hentschel, directeur du Département Maghreb à la Banque mondiale, cette pandémie offre au Maroc une opportunité, «celle d’ouvrir une nouvelle page».    

- L’Economiste: La majorité des employeurs ne prévoit pas de recruter dans les prochains mois. Les jeunes seront-ils les principales victimes de la crise pandémique?
- Jesko Hentschel:
La crise actuelle est une crise planétaire. Pas une économie n’est épargnée par les effets directs ou indirects de la pandémie Covid-19. La récession qui s’annonce de par le monde aura un impact sur un ensemble de vecteurs de création de richesse et de productivité, dont les chaînes de valeur, les industries liées au tourisme, ou encore les industries manufacturières. A l’aune de cette crise, plusieurs grands groupes industriels qu’on considérait autrefois comme intouchables annoncent des plans d’austérité. Ces effets de la crise sur de larges segments de l’économie productive aura, et a déjà dans certains cas, un impact direct sur l’emploi et sur la capacité de l’économie à en créer dans l’avenir proche. Cet impact est en effet d’autant plus accru lorsqu’il touche les jeunes. Selon un rapport de l’OIT (Organisation internationale du travail) sur l’impact de la pandémie sur la main-d’œuvre mondiale, plus d’un jeune sur six, âgé de 18 à 29 ans, a cessé de travailler depuis le début de la pandémie.

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Seuls 21% des employeurs prévoient de recruter dans les prochains mois, selon une récente enquête du jobboard ReKrute.com auprès des dirigeants. Ils seront en priorité à la recherche de profils expérimentés (41%) et seniors (21%), afin de les accompagner dans la sortie de crise. Seuls 38% visent des jeunes diplômés

- Les prochains mois seront donc plus durs pour cette catégorie?
- Il faut  noter que la problématique de l’employabilité des jeunes du Maroc ne date pas d’aujourd’hui. Avant la survenue de cette pandémie, seuls 50% des jeunes Marocains âgés entre 25 et 35 ans avaient un emploi, souvent précaire. Ce taux était encore plus faible pour les femmes dans cette même catégorie d’âge et pour les jeunes urbains aussi. Rappelons qu’il s’agissait des taux de participation des femmes et des jeunes au marché du travail parmi les plus bas du monde. Seulement, aujourd’hui avec la crise de la pandémie, le défi de l’emploi des jeunes se pose de façon plus prononcée et impérieuse. Les récessions économiques à travers le monde nous le montrent: les jeunes, en particulier les moins qualifiés, sont les plus susceptibles de perdre leur emploi et donc leur source de revenu. Cet impact leur est particulièrement préjudiciable, car de nombreuses études indiquent que de longues périodes de chômage ou d’inactivité en tout début de carrière peuvent constituer un véritable obstacle pour que ces jeunes puissent rebondir professionnellement. Et c’est pour cette problématique-là que Sa Majesté le Roi a appelé à une réponse nationale et concertée pour la mise en place d’un nouveau modèle de développement dans lequel l’emploi et la création d’emplois tiendront une place centrale.

- Est-ce possible de régler la question de l’emploi dans ce contexte de récession?
- Cette pandémie, bien que pesant lourdement sur l’économie et pénalisant de nombreux secteurs, offre une opportunité au Maroc à plusieurs égards. Outre la possibilité pour le pays de renforcer son positionnement dans les nouvelles chaînes de valeur, le Maroc pourrait renverser la vapeur et mettre en place des politiques plus innovantes et audacieuses pour la création d’emplois, par exemple à travers un fort soutien à l’entrepreneuriat des jeunes, dans le secteur des services en particulier, ou la formation des jeunes à des métiers qui ont le vent en poupe, dans les nouvelles technologies, l’électronique ou le service à la personne.  

- Cette conjoncture engendrerait-elle une pression sur le niveau des salaires?
- Les effets de la crise pèsent lourdement sur les employeurs et les employés, et particulièrement ceux des secteurs les plus touchés, tels que le tourisme. Les mesures de confinement et les effets indirects de la pandémie sur les chaînes de valeur mondiales ont mené à de nombreuses défaillances d’entreprises, et donc à une réduction du temps de travail. Cela a donc inévitablement un impact sur les salaires. Selon la dernière enquête du HCP du mois d’avril, 34% des ménages affirment n’avoir aucune source de revenus en raison de l’arrêt de leurs activités pendant le confinement. Ce taux s’élève à 44% parmi les ménages les plus pauvres.
Les mesures de compensation mises en place dans le cadre du Comité de veille économique ont permis de soulager, ne serait-ce que momentanément, les entreprises et les travailleurs (aussi bien du secteur formel qu’informel), ce qui a constitué une soupape de sûreté pour de nombreux ménages. L’annonce de nouvelles dispositions pro-relance au sein de la prochaine loi de finances rectificative pour promouvoir l’industrie nationale et soutenir davantage les entreprises, permettront de lancer, nous le souhaitons, une nouvelle dynamique productive et entrepreneuriale, avec à la clé, des créations d’emplois.

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Les jeunes âgés de 15 à 24 ans enregistrent le plus fort taux de chômage à l’échelle nationale, avec une part de 26,8%, en hausse de 4 points entre les premiers trimestres de 2019 et 2020. Au niveau de ceux qui possèdent un emploi, seul 1 sur 10 dispose d’un contrat de travail. Parmi les 15-29 ans, environ 4 sur 10 occupent un poste non rémunéré

- Comment les pouvoirs publics peuvent-ils procéder face à ce défi?
- Comme indiqué précédemment, il est important pour les économies touchées par cette crise de l’appréhender non pas comme une malédiction mais comme une opportunité: celle d’ouvrir une nouvelle page. Le Maroc a la chance d’être bien lancé dans cette réflexion autour de son modèle de développement. Les enseignements de la crise actuelle permettront d’enrichir davantage cette réflexion et de dégager des pistes porteuses pour la relance et la création d’emplois, notamment pour les jeunes. Quelques réflexions à cet égard. La première concerne le nécessaire développement du capital humain pour les enfants d’aujourd’hui et de demain, à travers une éducation de qualité axée sur l’apprentissage et le développement des compétences. Ce fondement est la base permettant un accès à des emplois stables et de meilleure qualité. Rappelons à ce sujet que l’indice du capital humain du Maroc est de 0,5, ce qui signifie qu’un enfant né aujourd’hui ne pourra atteindre que 50% de son capital humain potentiel à l’âge de 18 ans. D’autre part, des opportunités d’emploi dans le secteur privé doivent être créées. Les entreprises, qu’elles soient formelles ou informelles, doivent pouvoir se faire une place dans le marché et croître, ce qui implique un accès facile au financement, un environnement institutionnel stable et des aptitudes dans le domaine entrepreneurial. Les entreprises qui dominent et protègent les marchés devront faire place à une concurrence loyale et aux jeunes entreprises. Après la crise du Covid, de nouvelles possibilités s’ouvriront dans le domaine numérique, dans la production de biens pour le marché européen (tandis que certains investissements seront délocalisés) et dans l’agriculture. Le tourisme restera un employeur important au Maroc, y compris pour les jeunes, mais il devra probablement aussi adopter une «nouvelle normalité» après la fin de la pandémie.

- Et un appui étatique direct aussi…
- En effet, les politiques publiques offrant un appui direct aux jeunes pour les aider à s’insérer sur le marché du travail ont démontré leur pertinence. Des pays comme le Maroc choisissent de mettre un effort particulier dans la conception de programmes qui offrent aux jeunes une opportunité ou un «coup de pouce», comme le programme pilote d’aide à l’insertion des jeunes à Marrakech, mis en œuvre par le ministère de l’Emploi et de l’Insertion professionnelle et soutenu par la Banque mondiale. Ce programme, spécialement conçu pour cibler les jeunes les plus vulnérables, offre un éventail de services, dont des apprentissages, des programmes de formation sur mesure pour faciliter l’insertion, la mise en place de centres d’emploi pour les jeunes et l’appui aux projets d’entrepreneuriat.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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