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Covid-19: L’OMS répond aux critiques

Par Dr Mohamed BENABID | Edition N°:5774 Le 03/06/2020 | Partager
«La décision d’adopter un protocole thérapeutique revient aux autorités nationales »
Arrêt des essais cliniques avec l’hydroxychloroquine: «Ce n’est pas l’OMS qui a pris cette décision»
Entretien avec Dr Maryam Bigdeli, représentante de l’organisation au Maroc
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«Pharmacienne et titulaire d’un doctorat en sciences de la santé publique de l’Université libre de Bruxelles, Dr Maryam Bigdeli a commencé sa carrière avec Médecins Sans Frontières en Guinée en 1993. Avant d’être nommée représentante de l’OMS au Maroc, elle a travaillé au siège de l’organisation à Genève dans le département de la gouvernance et du financement des systèmes de santé. Auparavant, elle a travaillé pour l’OMS au Laos et au Cambodge. Elle compte également à son actif une expérience en économie de la santé et en pharmacoéconomie pour l’Organisation européenne pour la recherche et le traitement du cancer ainsi qu’au département de l’économie de la santé de l’Ecole de santé publique de l’Université libre de Bruxelles (Ph. OMS)

- L’Economiste: Une fracture se dessine désormais entre les pays africains qui ont fait le choix de maintenir des protocoles thérapeutiques à base de chloroquine et ceux, d’Europe majoritairement, qui ont pris la décision de l’interdire. Pourquoi l’OMS a échoué à faire converger les points de vue?

- Maryam Bigdeli: Pour bon nombre de maladies, les protocoles thérapeutiques sont différents d’un pays à l’autre: ce n’est pas une situation inhabituelle. Le rôle de l’OMS est d’élaborer des guides et directives basés sur l’évidence scientifique disponible, et de mettre ces sources à la disposition de la communauté internationale;  mais en aucun cas d’obliger les pays à les adopter. D’autres instances comme les sociétés savantes font de même. Les pays ont quant à eux des instances scientifiques et  des organes de gouvernance qui prennent la décision d’adopter un protocole thérapeutique donné, de décider des modalités d’application de ce protocole, de son remboursement etc. Lors de la conférence de presse du 20 mai 2020, le Dr Mike Ryan a précisé encore une fois que chaque pays, et en particulier ceux avec une autorité régulatoire bien établie, ont la liberté de conseiller la mise en place de traitements qu’ils jugent nécessaires aux professionnels de la santé et à leurs citoyens. Il faut également savoir que la décision d’hospitaliser ou non un patient atteint de Covid-19 est différente d’un pays à l’autre: dans certains pays les patients ayant des formes bénignes de la maladie sont soignés à la maison. Le Maroc a la chance d’avoir un nombre relativement peu élevé de cas comparé à d’autres pays, et un nombre de lits suffisants et peut donc hospitaliser tous les patients. Mais dans beaucoup de pays où le nombre de cas est élevé, les lits d’hospitalisation sont réservés aux formes les plus graves. C’est bien la preuve que la décision d’adopter un protocole thérapeutique revient aux autorités nationales, qui prennent ces décisions en fonction du contexte spécifique du pays, des ressources dont ils disposent et de la configuration de leur système de santé.

 - En décidant de suspendre temporairement les essais cliniques avec l’hydroxychloroquine, l’OMS se voit reprocher de faire le jeu d’une recherche, le fameux article publié sur The Lancet le 22 mai,  controversée sur le plan  méthodologique. Que répondez-vous à ces critiques?
- Tout d’abord, il convient de préciser que ce ne sont pas tous les essais qui sont suspendus mais l’essai Solidarity. Ensuite, ce n’est pas l’OMS qui a pris cette décision, malgré les titres de certains médias, mais bien le Comité Exécutif de l’essai clinique Solidarity. Ce comité exécutif est composé de chercheurs de plusieurs pays, présidé par Dr John-Arne Røttingen, qui est à la tête du Conseil National de Recherche de Norvège; l’OMS bien sûr fait partie de ce comité. Le comité exécutif a donc pris la décision de suspendre temporairement l’inclusion des patients dans le bras hydroxychloroquine de l’essai Solidarity, de façon à ce qu’un autre organe important de cette étude multi-pays, à savoir le « Data Safety Monitoring Board » puisse examiner les données et prendre une décision. Les données que ce comité d’experts va examiner sont les études publiées sur l’hydroxychloroquine (y compris celle du Lancet mais aussi d’autres études), ainsi que les données des patients déjà recrutés dans l’essai Solidarity, et celles des patients recevant l’hydroxychloroquine dans le cadre des autres essais cliniques. C’est un principe de précaution appliqué dans tous les essais cliniques d’examiner la situation en continu et de suspendre ou reprendre l’essai en fonction des résultats, et heureusement que ces garde-fous existent pour permettre aux essais cliniques de se dérouler avec un maximum de sécurité pour les personnes qui y participent. Le comité d’experts qui se penche sur les données disponibles jugera aussi de la robustesse des études comme celle du Lancet avant de rendre sa décision de reprendre ou non le recrutement des patients dans le bras hydroxychloroquine de l’étude. Les experts qui ont pris cette décision l’ont donc fait justement pour pouvoir prendre le temps d’examiner les données disponibles, non pas sous la pression des médias ou de l’opinion publique, mais à la lumière de la science. Par ailleurs, encore une fois, cette suspension temporaire n’engage que le déroulement de l’étude. Les pays qui appliquent un protocole thérapeutique prennent, en toute souveraineté, la décision de le maintenir ou de le suspendre.

- L’OMS a essuyé de nombreuses critiques lors des premières semaines du Covid-19, notamment sur son incapacité à communiquer rapidement des informations sur l’ampleur de la pandémie. Quels enseignements l’organisation a-t-elle tiré?
- Je ne pense pas que ces critiques soient justifiées. L’OMS a communiqué les informations à sa disposition au quotidien. Lors de la déclaration de l’Urgence de santé publique à portée internationale au mois de janvier, l’OMS avait déjà mis en garde contre le danger de la transmission de l’épidémie et de l’impact qu’elle pouvait avoir sur les systèmes de santé non préparés. Lors de la déclaration de la pandémie, le directeur général de l’OMS a dit clairement qu’il était alarmé à la fois par l’ampleur et la sévérité de l’épidémie mais également par le niveau d’inaction constaté. Entre temps, nos experts ont travaillé d’arrache-pied pour mettre au point et mettre à jour toutes les directives qui servent au dépistage, au traitement, et à tous les aspects de la lutte contre la pandémie. Dr Tedros a appelé les pays à détecter, et traiter; protéger la population; réduire la transmission et innover et apprendre.  Cet appel est encore d’actualité. Il est bien évident que dans une crise d’une telle ampleur, avec des nouvelles informations qui émergent chaque jour, et avec un tel impact sociétal, nous avons tous des leçons à tirer de nos actions. En ce qui nous concerne, nous avons affirmé que nous évaluerons notre action lors de cette pandémie le plus rapidement possible après la sortie de crise pour en tirer des leçons. Cette évaluation post-crise est d’ailleurs une procédure standard lors des urgences sanitaires  et elle est applicable à tous les acteurs impliqués.

- A l’issue de deux mois d’épidémie, quelle évaluation faites-vous de la situation au Maroc?
- Avant tout, je présente mes sincères condoléances aux familles des personnes décédées. Derrière les chiffres et les courbes que l’on surveille chaque jour, il y a des hommes et des femmes qui souffrent directement et indirectement de cette épidémie. Mais le Maroc a écouté l’appel urgent à se préparer et les effets se font voir sur la maîtrise de l’épidémie: la courbe a été aplatie, la surcharge des hôpitaux a été évitée, la plupart des cas sont bénins ou modérés et la cadence des guérisons s’accélère. Le Maroc est l’un des premiers pays de la région de la Méditerranée orientale qui semble avoir maîtrisé l’épidémie.  Cependant, il ne faut pas baisser la garde: si la société et l’économie ont besoin d’un retour progressif à la normale, il est impératif de continuer à détecter les cas, les traiter et tracer les contacts pour continuer à limiter la transmission et éviter un nouveau pic. La pression sur le système de surveillance va être encore plus forte après le déconfinement car les mouvements de la population vont reprendre. La surveillance épidémiologique est critique maintenant plus que jamais, ainsi que la capacité à réaliser les tests de dépistage. Les hôpitaux doivent aussi rester en alerte. Il faut aussi noter que derrière l’épidémie de Covid-19, il y a une épidémie cachée: beaucoup de personnes n’ont pas eu accès aux services de santé pendant la période de confinement à cause de la limitation des déplacements. Le confinement a, partout dans le monde, exacerbé les violences domestiques. Les personnes vivant avec un handicap ont souffert. La santé mentale de tous a été durement touchée, mais les personnes plus fragiles ont été plus exposées. Le système de santé devra aussi répondre à ces besoins dans les prochaines semaines, sans quoi le bilan indirect du Covid-19 sera encore plus lourd que le bilan actuel. C’est un grand défi qui nous attend.

Paré pour le dépistage

Alors que l’envoyé spécial de l’OMS en Afrique, Samba Sow, s’est dit préoccupé il y a quelques jours par le manque de test de dépistage sur le continent, la représentante de l’OMS considère que le Maroc a la capacité de réaliser les tests PCR, qui sont le standard des tests diagnostic pour la Covid-19. Cette capacité a été augmentée durant la période de confinement. «Ainsi plus de 10.000 tests sont réalisés  actuellement chaque jour.  De 3 laboratoires situés à Rabat et Casablanca en début de crise, le Maroc est maintenant passé à la couverture de tout le territoire national.  Le pays a également innové dans l’approche du dépistage avec la mise en place d’une unité mobile.  Il faut continuer dans cette voie» précise Dr Bigdeli.

Propos recueillis par M.B

 

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