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Lectures du Ramadan

«L’intrication de Malabar» Dernier épisode: Fausse alerte

Par L'Economiste | Edition N°:5771 Le 29/05/2020 | Partager

Dans l’épisode précédent

J’étais comme ça avant moi aussi. Comme beaucoup de nos concitoyens j’avais peur des brèches que peuvent provoquer l’amour. Je m’étais construit une méga carapace que tous les marocains se forgent, faite d’anti-émotions, d’anti-empathie, d’anti-civisme, anti tout ce qui peut te faire devancer par les autres. Quitte par contre, à être instinctivement en symbiose avec les autres, pour interdire à quelqu’un de réussir mieux que soit, mieux que l’ensemble. Et pour arriver à cette symbiose négative, chacun doit lever sa garde de boxeur, et la conserver bien levée à tout moment dans sa vie, d’abord pour éviter de s’exposer aux regards des autres loups, car ils te dévoreraient immédiatement sur place, à la moindre lueur de faiblesse, mais aussi au moindre soupçon de réussite.

Chapitre 19
Bernard et Harper surveillaient la scène de loin. Ils étaient arrivés une vingtaine de minutes plus tôt à une centaine de mètres d’une grange, avant de voir débouler un van noir provenant de la route opposée.
Vu le surnombre d’hommes, ils avaient appelé leur contact de la gendarmerie royale marocaine qui était sur le chemin, «sur le point d’arriver» leur avait-il dit. Tout s’enchaîna rapidement, le commando avait pénétré dans la grange. Au même moment, au loin le son strident de sirènes et la lumière de gyrophares créaient la confusion dans une campagne habituellement calme.
L’équipe commando qui avait pénétré la grange en ressortit rapidement pour grimper dans le van qui démarra en trombe et qui disparut dans la pénombre de la route.
Bernard arriva en haletant dans la grange. Il y découvrit un homme bedonnant en pull rouge et un adolescent.
Il se rapprocha d’eux. Ils étaient vivants.
- Ça va? dit Bernard, ils ont l’air stone, dit-il à Harper.
Harper sortit une photo:
- Vous l’avez vu? Je représente un groupe de scientifiques qui veut le protéger. L’équipe qui est entrée avant nous voulait le kidnapper. Bref, nous nous voulons le mettre à l’abri. Nous sommes les gentils.
Ismaïl et Ghni se regardèrent les yeux globuleux, en éclatant de rire.
Ghni leva le bras pour leur montrer le joint qui était pratiquement fini.
- Hchich? leur dit-il en arabe.
- Très bon, dit Ismaïl avec un accent de blédard à couper au couteau.
Bernard fit le tour de la grange. Rien.
Le son des pneus crissants des véhicules de la gendarmerie le fit ressortir. Il alla à la rencontre du colonel pendant que des hommes en treillis entraient dans la grange.
- Fausse alerte. C’est pas lui. Mais il y a un van de mercenaires qui a pris la route de ce côté.
Les gendarmes ressortirent avec Ghni et Ismaïl menottés.
Le capitaine les regarda et dit: on les embarque pour vérification.

Chapitre 20
Vingt jours qu’Ismaïl avait été récupéré par ses parents à la gendarmerie d’Azrou. Ils l’avaient relâché après une garde de 48 heures.
Ses parents étaient heureux de le revoir vivant. Ils le cherchaient depuis plus d’un mois, en se faisant un sang d’encre. Ismaïl était resté allongé sur son lit, ces vingt jours, à ressasser chacune des paroles de l’éminence, pensant par moments avoir inventé tout cela.
Il se plongeait entre deux réflexions dans son livre de chevet du moment, Platon, «Le Banquet».
«Eros, Philia et Agapé» se dit-il, ils nous sauveront donc?
- De l’amour, se disait-il… en souriant.
Si Platon savait…

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- Ismaïl!
La voix de sa mère retentit dans le petit appartement.
- Ismaïl? Une lettre des États-Unis… de l’Amérique, mon fils!
Ismaïl se leva pour serrer sa mère dans ses bras pour la troisième fois de la journée. Elle le regarda avec tendresse. Tout avait changé à la maison depuis qu’il était revenu. Ses élans de tendresse envers ses parents avaient comme réenclenché leur joie de vivre. Il distribuait de l’amour dès qu’il le pouvait. Il pris la lettre et retourna sur son lit.
La fenêtre de sa chambre qui donnait sur la rue était grande ouverte.
Aujourd’hui c’était jour de marché à Azrou. Des centaines de vendeurs étalaient leurs trésors sur des présentoirs de fortune, faits de tables de bois estropiées ou de nattes. Ismaïl ouvrit la lettre en tremblant: Massachusset Technology Institut.
Nous avons reçu votre lettre nous proposant de voir d’une autre façon la formule de Schrödinger. Nous avons été très surpris par votre façon d’aborder cette problématique. Notre corps professoral a été convié pour en discuter et après délibération et sur leur recommandation, nous avons l’honneur de vous inviter à vous présenter devant notre Dean pour intégrer notre école, avec une prise en charge totale pour l’ensemble de vos études. La lettre d’accompagnement est à l’adresse du consulat des États-Unis d’Amérique dans votre pays.
Vous trouverez aussi un voucher pour votre billet d’avion Casablanca-New York.
Ismaïl baissa la lettre, les yeux gorgés de larmes. En bas, les vendeurs déambulaient dans un désordre quasi quantique. Il scruta la foule, songeur, son sourire semblait s’être greffé sur son visage. À force, ses mandibules lui faisaient presque mal en s’étant comme figés dans un sourire nerveux.
Ses yeux s’attardèrent sur une ombre. Il crut voir des bras se lever pour mimer la posture d’un chef d’orchestre.
«J’apprends les bases durant cinq ou six ans, ensuite je rentre développer notre pays avec l’équipe et on les noie tous d’amour».
Se dit-il tout bas avec l’émotion de ceux qui s’apprêtent à déplacer des montagnes, mus par une foi ardente, de celles que l’on place en l’humanité, en son pays. Sous ses yeux, dehors, des centaines de mains s’échinaient à vendre leurs objets, vêtements et breloques, avec cet espoir de chercheurs d’or, qui mettent leur vie entre les mains de la providence.

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