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Economie

Industrie automobile: Les défis pour rester dans les radars

Par Amin RBOUB | Edition N°:5769 Le 27/05/2020 | Partager
Comment négocier l’après-Covid-19
Une série de mesures pour stimuler l’investissement
La feuille de route de la Fédération de l’automobile

L’industrie automobile mondiale négocie déjà un virage à 360°. Une trajectoire dictée par le contexte post-Covid. Un nouvel ordre mondial, ou plutôt désordre mondial,  avec des effets systémiques lourds de conséquences. Désormais, la tendance sera à la relocalisation des usines en Europe, à la préférence nationale, le protectionnisme, voire une nouvelle génération de normes et exigences techniques, environnementales, des barrières non tarifaires...

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L’industrie automobile made in Maroc dispose d’une capacité installée de 700.000 véhicules. Tout le défi aujourd’hui est de préserver les acquis mais aussi s’assurer les conditions de capter une nouvelle génération d’IDE, et surtout se positionner sur la mobilité de demain. Tout le défi est là

En résumé, l’après-Covid devra redessiner les chaînes de valeur mondiale et raccourcir davantage les chaînes logistiques. Certaines chaînes devront se raccourcir, d’autres vont se développer.  Ce qui annonce plein de ruptures et de nombreux défis chez les industriels où qu’ils soient. La nouvelle architecture industrielle mondiale plaide pour les regroupements, les fusions, les consolidations... Mais aussi des défaillances d’entreprises, des faillites en série...  Fini donc les chasses gardées.                   

Dans ce cas de figure, quid du Maroc? Comment rester compétitif dans la course mondiale? Comment capter de nouvelles IDE dans un contexte de plus en plus difficile? Ou encore comment devra évoluer la chaîne de production pour limiter les dégâts, voire saisir de nouvelles opportunités?

De manière générale, crise Covid ou pas,  l’industrie automobile marocaine était appelée à monter en gamme et en valeur ajoutée avec une plus forte mobilisation de la R&D, développer la taille critique, renforcer l’intégration locale en profondeur en allant jusqu’à la matière première et sa transformation, favoriser les capitaux marocains, les PME, assurer un ancrage régional plus étendu, multiplier les succes stories, capter une nouvelle génération d’opportunités, attirer encore plus les IDE et surtout développer la mobilité durable, investir la voiture électrique, les véhicules hybrides, autonomes... Il faut dire que les défis sont multiples et surtout fortement capitalistiques.

■ Cités des métiers

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Contacté par L’Economiste, le président de la Fédération de l’automobile, Hakim Abdelmoumen, l’un des chefs de file des métiers mondiaux, se dit conscient des défis multiples et des enjeux de l’industrie marocaine en général et de l’automobile en particulier. «Aujourd’hui, il est important de prendre les devants», confirme Monsieur Automobile à la CGEM. Selon cet industriel, «désormais, il va falloir se positionner sur la nouvelle mobilité, notamment à travers la mise en place des Cités des métiers. Nous avons besoin de développer rapidement ce concept pour développer des métiers liés aux véhicules électriques, hybrides, des voitures autonomes... En résumé se positionner sur la mobilité de demain». C’est le moment ou jamais de lancer la Cité des métiers, insiste Abdelmoumen. «Ce sera une possibilité de former et développer de nouvelles compétences et de l’ingénierie marocaine dans des périmètres et domaines restés jusque-là inexploités», poursuit le président de la Fédération de l’automobile. Le dispositif des Cités des métiers devra également, selon Hakim Abdelmoumen, permettre au «Made in Maroc de rester en phase avec les tendances de l’industrie mondiale. Cela nous permettra d’être au diapason avec les orientations technologiques et les évolutions majeures à l’avenir». La logique veut que la Cité des métiers soit mise en place en partenariat avec des centres d’ingénierie des constructeurs déjà présents au Maroc (Renault et PSA) ainsi que les équipementiers de référence mondiale. «Cela permettra un transfert de compétences et de l’expertise dans des délais assez courts. In fine, c’est ce qui pourra tirer vers le haut la valeur ajoutée tant recherchée», fait valoir le président de la Fédération de l’automobile.

■ Made in Morocco

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La Fédération de l’automobile a soumis une série de mesures de relance à la CGEM, via les plans sectoriels soumis par le patronat au Comité de veille économique (CVE). Parmi ces mesures, figure la promotion du «made in Maroc». Le principe, selon Abdelmoumen, consiste à promouvoir le produit national, renforcer le capital sympathie et développer «la sympathie envers tout ce qui est fabriqué au Maroc. C’est finalement un acte citoyen, en ce sens où la consommation d’un produit local permet de créer de l’emploi et développer l’investissement». Mais attention, ce principe ne peut être viable que si le made in Maroc apporte un bon rapport qualité/prix. Il n’est surtout pas question de lésiner sur la qualité. «Cette réorientation en faveur du made in Maroc n’est pas du protectionnisme», tient à préciser Abdelmoumen.

«L’industrie est un projet de tout un pays. C’est un état d’esprit de manière à créer de l’équilibre entre l’offre importée et ce qui est produit localement. c’est aussi une manière de soutenir les industriels qui prennent des paris et relèvent des défis. Il va sans dire, à qualité égale, je privilégierai le produit marocain», soutient le président de la Fédération. En fait les industriels partent du principe que la dépense des marchés publics mobilise un budget de 170 milliards de DH. «Il va falloir structurer cette demande sur une nouvelle offre made in Maroc». Ces dépenses publiques peuvent privilégier les pièces de rechange fabriquées localement pour le parc de l’Etat.

Les compagnies d’assurances sont aussi appelées à privilégier les pièces produites localement lors des remplacements en cas de sinistres. Les industriels poussent un peu plus loin la préférence nationale, de manière à lier la commande publique au taux d’intégration locale. Ou encore arrêter, voire limiter les importations de véhicules d’occasion en favorisant les voitures produites localement. Par ailleurs, la préférence nationale mérite d’être renforcée sur les produits de consommation, dont la majorité est produite au Maroc. Il s’agit là d’un marché estimé à 130 milliards de DH. Mais pour relever ce challenge, le consommateur doit changer de mindset.

Culturellement le consommateur marocain n’a pas confiance en tout ce qui est produit localement. Du coup, il préfère tout ce qui est importé. C’est aux industriels donc de prouver le contraire en mettant en place des normes, améliorer la compétitivité, la qualité... Sur ce registre,  «il y a des mécanismes à mettre en place, notamment le déploiement de chaînes de distribution et de commerce qui relayent le produit national. Une sorte de levier de positionnement de nos marques», insiste le président de la Fédération de l’automobile. En clair,  monter des partenariats entre industriels et réseaux de commerce pour déployer la préférence nationale.

■ Capitaux marocains: L’approche transversale!
Comment renforcer la présence de capitaux marocains dans le tissu industriel automobile? Ce n’est un secret pour personne, la PME marocaine reste le parent pauvre des métiers mondiaux. Jusque-là, l’industrie automobile nationale passe par de grands donneurs d’ordre avec une participation insignifiante de capitaux marocains. La Fédération de l’automobile se dit consciente de ce problème sur lequel elle planche depuis un moment. «Auparavant, il était difficile de convaincre les PME marocaines à investir dans les métiers mondiaux. Tellement c’était de l’abstrait. Aujourd’hui, c’est une réalité, avec des chiffres à l’appui», admet Abdelmoumen qui insiste: «Il n’y a aucune distinction entre capitaux marocains et ceux étrangers». En revanche, il faut admettre, précise-t-il, que les capitaux marocains n’opèrent généralement pas dans l’automobile. Ils sont souvent dans le textile, l’immobilier, les BTP, l’agroalimentaire... Pour accélérer le déploiement de capitaux marocains, la Fédération de l’automobile parie sur la «transversalité». C’est-à-dire, arrêter d’opérer en rangs dispersés et faire jouer des synergies entre différentes activités. «Nous devrions commencer à travailler de manière transversale. Nous avons déjà testé quelques expériences en opérant des reconversions d’entreprises dans le textile, la mousse, la fonderie, la métallurgie, l’électronique, la plasturgie... Les résultats sont très probants», fait valoir Monsieur Automobile à la CGEM.

Régionalisation par spécialité

Pour améliorer l’ancrage territorial des investissements, il va falloir impliquer les régions. Aujourd’hui, le constat fait qu’il y a une réelle déconnexion des régions par rapport aux opportunités d’investissement dans l’industrie. A l’avenir, les fédérations sectorielles sont appelées  à renforcer les liens avec les territoires pour une meilleure répartition de l’investissement et de l’emploi. «L’industrie devra se déployer à travers l’ensemble des régions du Maroc en fonction des spécificités de chaque territoire. Cela permettra à terme  de créer des spécialités locales avec un leadership régional... Il faudra donc préparer l’architecture territoriale en fonction des spécificités et des atouts (logistique, connectivité, infrastructures...) Cette vision devra être élaborée en concertation avec les industriels et la CGEM», préconise la Fédération de l’automobile.  L’enjeu est de développer des pôles où les industriels viennent en support.

Le poids d’un secteur

La Fédération de l’automobile fait partie des instances sectorielles les plus dynamiques de la Confédération des entreprises (CGEM). Elle regroupe quelque 335 entreprises membres, générant un chiffre d’affaires de 142 milliards de DH et plus de 250.000 emplois. A elle seule, l’industrie automobile emploie plus de 180.000 salariés et réalise un taux d’intégration locale de 60%. Pour rappel, Renault Maroc a produit près de 400.000 véhicules en 2019, dont 90% ont été livrés à l’export. Pour sa part, PSA a démarré en 2019 avec une capacité de 100.000 unités dès la 1re année. Dès cet été, l’usine PSA Kénitra aura une capacité installée de 200.000 véhicules (Peugeot 208 et Citroën AMI).

                                                                                   

Financement, le nerf de la guerre...

Autre levier stratégique pour multiplier les investissements dans l’industrie automobile, la mise en place de mécanismes et dispositifs financiers dédiés à ce type de montages et d’activités fortement capitalistiques. «Dans l’automobile, l’investisseur doit s’inscrire sur le long terme. Les dividendes et le retour sur investissement sont différés. A lieu de raisonner dividendes, il faut plutôt se concentrer sur la valorisation, l’expertise, la formation, la qualité, les recrutements, la production... Il n’y a pas de secret, l’on parle d’un payback sur 9 à 10 ans. Les 3 à 4 premières années, il faut investir lourdement», tient à rappeler le président de la Fédération.

D’où la nécessité de mettre en place des mécanismes de financement plus adaptés. «Il faudra mettre en place des fonds d’investissement sectoriels avec des critères souples et allégés. Les fonds déjà existants ne permettent pas ce type de montage, car ils exigent une forte maturité des entreprises. Ce qui n’est souvent pas le cas. A l’avenir, les dispositifs de financement peuvent aussi concerner les IDE au Maroc, les donneurs d’ordre, les équipementiers de rang 1 et 2... Ce type de montage est mieux que la subvention avec des fonds à perte, car il permet de l’accompagnement en permanence. Cela passera notamment via des prises de participation dans le capital des entreprises, des partenariats forts, des joint-ventures. Il faudra aller vite dans le montage de mécanismes novateurs et souples. L’Etat peut aussi entrer dans le capital des IDE en apportant des garanties avec une vision sur 9-10 ans. Cela permettra de renforcer l’ancrage local des investissements avec des rendements plus intéressants et une valorisation sur le long terme», explique Abdelmoumen.

Amin RBOUB

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