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Economie

L’OMS réfléchit à la manière de gérer l’avenir

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5764 Le 19/05/2020 | Partager
L’Assemblée mondiale de la santé se tient les 18 et 19 mai en ligne
L'origine du virus, accès aux vaccins, envoi d'experts en Chine, réforme... plusieurs sujets à l’ordre du jour
De nouvelles statistiques sanitaires

En raison de l’actuelle pandémie de Covid-19, la 73e Assemblée mondiale de la santé (l’organe décisionnel de l'Organisation mondiale de la santé) se tient les 18 et 19 mai en ligne. Réforme OMS, accès aux vaccins, envoi d'experts en Chine... les sujets qui fâchent ne manquent pas, mais la question de l'origine du virus reste le point central de la guerre des mots sino-américaine. Les Etats-Unis réclament une enquête sur le sujet, tout comme l'Australie, et «soupçonnent Pékin d'avoir caché un accident de laboratoire qui aurait été à l'origine de la pandémie».

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Plusieurs pays dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni ont également exhorté ces dernières semaines Pékin à faire preuve de transparence sur ce sujet. La contre-attaque ne s’est pas fait attendre. Les douanes chinoises ont annoncé la suspension des importations  de viande de quatre fournisseurs australiens à compter de mardi 12 mai. La Chine, qui dément les accusations et d'avoir caché des informations, s'est pour l'instant contentée de soutenir la création d'une commission sous l'égide de l'OMS. Le but est d'évaluer la réponse mondiale au Covid-19 et uniquement après la fin de la pandémie.

La polémique ne s’arrête pas là. Washington accuse Pékin de «tenter de pirater la recherche américaine, en pleine rivalités américano-européennes sur un futur vaccin». D’autre part, le gouvernement américain estime que «l’OMS a négligé une alerte précoce venue de Taïwan sur la gravité du coronavirus, ce que l'agence onusienne dément».

Un projet de résolution portée par l’UE demandant notamment à l'Organisation de lancer un processus d'évaluation pour examiner la riposte sanitaire internationale et les mesures prises sera à l’ordre du jour de l’Assemblée. Partout dans le monde, les autorités partagées entre crainte d'une deuxième vague de la pandémie et une catastrophe économique, poursuivent le déconfinement.

Chaque année au mois de mai, des centaines de délégués se réunissent à Genève, en Suisse, pour prendre des décisions sur les enjeux mondiaux de santé. Ils auront l’occasion probablement de discuter des Statistiques sanitaires mondiales qui viennent d’être publiées par l’OMS. Celles-ci tiennent à rappeler que «la pandémie de Covid-19 coûte la vie à de nombreuses personnes, affecte les moyens de subsistance et menace les progrès récents et ceux réalisés vers la concrétisation des objectifs de développement que le monde s’est fixés».

«La bonne nouvelle, c’est que, partout dans le monde, les gens vivent mieux et en meilleure santé. La mauvaise, c’est que les progrès sont trop lents pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) et qu’ils vont encore ralentir du fait de la Covid-19…», souligne le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, DG de l’OMS.

Quelques indicateurs

L’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé ont augmenté, mais de façon inégale. Ainsi, ce sont les pays à faible revenu qui affichent les améliorations les plus marquées. L’espérance de vie y ayant progressé de 21%, soit 11 années, entre 2000 et 2016 (à titre de comparaison, cette progression est de 4%, soit 3 années, dans les pays à haut revenu).

Ces améliorations dans les pays à faible revenu ont été rendues possibles entre autres par un meilleur accès aux services de prévention et de traitement du VIH, du paludisme et de la tuberculose, ainsi que de plusieurs autres maladies tropicales négligées comme la dracunculose. L’amélioration des soins de santé destinés aux mères et aux enfants est un autre facteur de progrès qui a permis de réduire de moitié la mortalité de l’enfant entre 2000 et 2018.

Cependant, les progrès sont au point mort dans plusieurs domaines. A titre d’exemple, la couverture vaccinale n’a pratiquement pas augmenté ces dernières années et l’on craint un retour en arrière en ce qui concerne le paludisme. De même, il a été constaté une pénurie généralisée de services au sein même des systèmes de santé ou en dehors de ceux-ci pour prévenir et traiter les maladies non transmissibles comme le cancer, le diabète, les maladies cardiaques et pulmonaires et les accidents vasculaires. Or, en 2016, ces maladies non transmissibles étaient responsables de 71% de l’ensemble des décès à l’échelle mondiale, la majorité des 15 millions de décès prématurés (85%) concernant les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Cette disparité en ce qui concerne les progrès accomplis est globalement à mettre en parallèle avec les inégalités d’accès à des services de santé de qualité. Seul un tiers de la population mondiale, une moitié au mieux, a pu obtenir des services de santé essentiels en 2017. La couverture des services dans les pays à revenu faible ou intermédiaire reste largement en deçà de celle que l’on trouve dans les pays plus nantis et il en va de même pour la densité du personnel de santé. Dans plus de 40% des pays, il y a moins de 10 médecins pour 10.000 habitants, et dans plus de 55% des pays, le personnel infirmier et obstétrical compte moins de 40 personnes pour 10.000 habitants.

n Pour beaucoup, l’incapacité à payer les soins de santé représente une autre difficulté de taille. Si les tendances actuelles se poursuivent, l’OMS estime que cette année (2020), près d’un milliard de personnes (soit environ 13% de la population mondiale) dépenseront au moins 10% du budget de leur ménage pour des soins de santé. La plupart d’entre elles vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire.

Selon les estimations, en 2017, plus de la moitié (55%) de la population mondiale n’avait pas accès à des services d’assainissement gérés en toute sécurité et plus d’un quart (29%) n’avait pas accès à de l’eau potable sûre. De plus, la même année, deux ménages sur cinq à l’échelle mondiale (40%) ne disposaient pas du nécessaire de base pour se laver les mains avec du savon et de l’eau à la maison.

Les migrations de professionnels de santé

Dans son édition du 15 mai 2020, le journal Le Monde a publié une enquête intitulée «Les médecins, des migrants dont les pays riches veulent bien». Il en ressort que «plus du quart des praticiens de l’OCDE ne sont pas nés dans le pays où ils exercent. Ils pallient les pénuries d’effectifs, au risque de compliquer l’accès aux soins dans leur pays d’origine». Pour faire face à ces pénuries, les pays de l’OCDE recourent de plus en plus aux médecins étrangers: «en 2000, ces derniers représentaient 21% du personnel médical, puis près de 24% dix ans plus tard, et pas loin de 27% en 2016». Selon toujours le journal français: «Moins coûteux et plus facile à mettre en œuvre qu’une réforme de la formation – qui ne peut produire d’effets qu’au bout d’environ dix ans, compte tenu de la longue durée des études de médecine – le recours à la main-d’œuvre étrangère a donc permis, en partie, de combler des besoins au sein de l’OCDE, avec des écarts de situation importants entre Etats, en fonction de leur histoire et de leur politique migratoire». «Héritage du passé colonial français, ce sont les Algériens et les Marocains qui figurent aux premiers rangs des médecins étrangers exerçant dans l’Hexagone…», est-il noté.

                                                                    

Données et systèmes d’information

LEs Statistiques sanitaires mondiales mettent également en évidence la nécessité de données et de systèmes d’information sanitaire plus solides. Les disparités dans les capacités à recueillir et à utiliser des statistiques précises, à jour et comparables font que les pays à faible revenu peuvent difficilement comprendre les tendances sanitaires de leur population, élaborer des politiques adaptées, allouer des ressources et établir un ordre de priorité parmi les interventions. Près d’un pays sur cinq ne peut s’appuyer sur aucune donnée primaire ou directe récente pour plus de la moitié des indicateurs fondamentaux. Ce qui constitue un autre enjeu considérable pour permettre aux pays de se préparer à des situations d’urgence sanitaire comme la pandémie de Covid-19 en cours, de les prévenir et d’y riposter. «Alors que le monde est aux prises avec la pandémie la plus grave depuis 100 ans et à 10 ans à peine de la date butoir fixée pour les ODD, nous devons agir ensemble pour renforcer les soins de santé primaires et nous concentrer sur les plus vulnérables d’entre nous pour venir à bout des inégalités flagrantes qui déterminent qui peut vivre longtemps et en bonne santé et qui ne le peut pas», indique la Dr Samira Asma, sous-directrice générale à l’OMS. «Nous n’y parviendrons qu’en aidant les pays à améliorer leurs données et leurs systèmes d’information sanitaire», dit-elle.

                                                                    

«Un membre du personnel infirmier sur huit travaille
dans un pays différent de celui où il est né ou a été formé»

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• Le vieillissement menace également les effectifs mondiaux de la profession
Les Cette crise sanitaire a montré la nécessité de renforcer les personnels de santé à l’échelle mondiale. Un nouveau rapport intitulé «La situation du personnel infirmier dans le monde (2020)» examine le corps de métier qui constitue plus de 50% des personnels de santé dans le monde et fournit des services vitaux pour l’ensemble du système de santé. Le rapport, publié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en collaboration avec le Conseil international des infirmières et Nursing Now, révèle que l’on compte aujourd’hui moins de 28 millions d’infirmiers et d’infirmières dans le monde.

Entre 2013 et 2018, 4,7 millions de personnes sont, certes, venues rejoindre leurs rangs, mais il en manque toujours 5,9 millions dans le monde. Les principales pénuries touchant certains pays d’Afrique, d’Asie du Sud-Est et de la Région OMS de la Méditerranée orientale, ou encore dans certaines parties d’Amérique latine. Il est révélateur de constater que plus de 80% des effectifs mondiaux du personnel infirmier exercent dans des pays regroupant la moitié de la population mondiale. De même, un membre du personnel infirmier sur huit travaille dans un pays différent de celui où il est né ou a été formé. Le vieillissement menace également les effectifs mondiaux de la profession.

Un membre du personnel infirmier sur six devrait partir à la retraite au cours des dix prochaines années. En vue de prévenir une pénurie planétaire, les experts estiment que les pays qui y sont déjà confrontés doivent augmenter le nombre total de diplômés en soins infirmiers de 8% par an en moyenne, mais également les rendre plus à même de trouver un emploi et de le conserver au sein du système de santé. Cela représenterait un investissement d’environ 10 dollars des Etats-Unis par habitant et par an.

Les femmes représentent environ 90% du personnel infirmier. Pour autant, peu d’infirmières se trouvent à des postes à responsabilités dans le secteur de la santé, l’essentiel étant occupé par des hommes. Or, lorsque les pays donnent la possibilité au personnel infirmier d’assumer un rôle de direction, par exemple en créant un poste de directeur général des soins infirmiers (ou un poste équivalent) au niveau de l’administration centrale ou en disposant de programmes de renforcement des capacités de direction du personnel infirmier, les conditions de la profession s’améliorent.

Les gouvernements doivent investir de façon à accélérer massivement la formation, la création d’emploi et les capacités de direction de la profession infirmière. Car, «sans le personnel infirmier, sans les sages-femmes, et sans les autres personnels de santé, les pays ne peuvent ni remporter le combat contre les flambées, ni instaurer la couverture sanitaire universelle, ni atteindre les Objectifs de développement durable», résume le rapport.

Fatim-Zahra TOHRY

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