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Economie

«L’économie au service de l’Homme, pas l’inverse!»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5763 Le 18/05/2020 | Partager
Pour l’après-crise, une politique budgétaire volontariste, promotrice de la croissance
Réindustrialiser le tissu économique et revoir nos ALE
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Riad Mekouar, professeur d’économie monétaire et financière à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock de Casablanca: «Nous avons besoin d’une gestion différente de l’insertion dans cette mondialisation qui, suite à la crise actuelle, verrait s’accentuer les mouvements de relocalisation. Elle nécessiterait alors un regain d’intérêt pour le marché national et la demande interne» (Ph. RM)

Encore plus d’Etat! Pour sortir de la récession qui s’annonce, l’économie aura besoin du soutien d’un Etat providence investi dans une politique budgétaire volontariste. Un Etat qui devra appréhender la mondialisation autrement, dans un contexte de replis protectionnistes et de relocalisations.

Mais surtout un Etat qui met l’humain au centre de ses décisions, pour un meilleur équilibre social. Riad Mekouar, économiste, professeur d’économie financière et monétaire à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock de Casablanca en est convaincu. Il partage sa vision pour l’après-crise.

- L’Economiste: La crise actuelle finira-t-elle par remettre en question la doctrine libérale et l’interdépendance à outrance des économies?
- Riad Mekouar:
Si le libéralisme est significatif d’une régulation économique par le libre jeu du marché, axé sur le laisser-faire laisser-passer, cette remise en cause est parfaitement justifiée. Le libre jeu du marché a démontré son incapacité à assurer une régulation durable de l’économie, et à déboucher en particulier sur un relatif équilibre social. Cela s’explique par le fait que le capitalisme se base sur les principes de la compétitivité, de l’efficience, de la recherche de la rentabilité tous azimuts, indépendamment des principes de justice et de solidarité sociales.
Le principe de base étant l’Homme au service de l’économie, et non l’économie au service de l’Homme. En fait, si remise en cause il y a, elle concerne les méfaits sociaux du libéralisme pur et dur, de la déshumanisation de l’économie. Vers quel modèle se tourner? Le socialisme? Certainement pas! D’ailleurs, actuellement même les pays qualifiés de communistes adoptent des politiques économiques libérales (cas de la Chine à titre d’exemple).

- Quelle alternative alors?
- Encore plus d’Etat, tant d’un point de vue quantitatif que qualitatif. Un Etat providence qui adopte une politique budgétaire expansionniste, grâce notamment à un accroissement de la dépense publique, garantissant la sécurité et la protection des citoyens. Un Etat souverain qui, tout en maintenant l’ouverture sur le reste du monde, gère autrement le processus de la mondialisation. Cela s’imposera d’autant plus que l’ensemble des pays ont tendance, du moins au niveau du discours, à remettre en cause les principes du libre échange. Principes qui ont permis à la Chine de devenir une superpuissance économique, d’être l’usine du monde, au point d’assurer 33% de la croissance mondiale et 35% du commerce mondial.
Nous avons donc besoin d’une gestion différente de l’insertion dans cette mondialisation qui, suite à la crise actuelle, verrait s’accentuer les mouvements de relocalisation. Elle nécessiterait alors un regain d’intérêt pour le marché national et la demande interne. Un retour vers le protectionnisme, bien que fortement défendu par Trump, ne serait pas la solution. C’est une mondialisation plus harmonieuse, plus équilibrée qui permettrait de reprendre avec succès les sentiers de la croissance.

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Après une relative accalmie ces deux dernières années, le taux de mortalité des entreprises risque de s’aggraver suite à la crise. Les prévisions 2020 pour le Maroc annonçaient une hausse de 5% des défaillances, avec un chiffre au-delà de la barre des 9.000 unités disparues. Ce nombre sera certainement revu à la hausse. Les petites et moyennes structures auront plus que jamais besoin du soutien de l’Etat

- Dans ce contexte, comment le Maroc pourrait-il donc tirer son épingle du jeu?
- La situation est critique. Ce sera dur, très dur, mais nous pouvons nous en sortir. Paradoxalement, grâce à la crise et aux décisions royales prises, nous assistons à un regain de confiance, d’espoir. L’espoir de pouvoir aller de l’avant malgré la faiblesse relative de nos moyens, de plus de solidarité agissante, d’une révision de nos politiques économiques, d’une meilleure gouvernance… L’espoir que l’humain, l’immatériel, reprenne ses droits, ses lettres de noblesse… L’espoir d’une politique économique plus humanisante. Nous avons besoin d’un système éducatif performant, demandant un véritable courage politique pour investir dans l’économie du savoir, afin de mieux s’insérer dans la nouvelle cartographie de la mondialisation harmonieuse qui se profile à l’horizon. Il est également essentiel de disposer d’une politique de la santé «généreuse» et efficiente, ainsi que d’une politique budgétaire volontariste, promotrice de la croissance. Seule la réalisation d’une croissance inclusive de 6 à 7% permettrait le remboursement de la dette publique. La demande interne devrait en être l’un des moteurs.

- Dans cette tendance à la mondialisation «dosée», faudrait-il une ré-industrialisation de l’économie?
- En effet, une ré-industrialisation sur la base d’un soutien massif des PME et des TPE, source de croissance de la richesse nationale et de la création d’emplois. Le nombre de décès des entreprises ne cesse d’augmenter depuis des années. Nous devons aussi réviser certains accords de libre échange, principalement celui signé avec la Turquie, pour mieux protéger nos entreprises nationales. D’autres réformes et mesures sont également nécessaires: une refonte du code du travail, le développement du tourisme national et des nouveaux métiers mondiaux du Maroc, une meilleure gestion des ressources hydriques, un processus de remembrement des terres grâce à des procédures adaptées à nos valeurs sociétales, la dynamisation de l’UMA, en particulier des relations avec l’Algérie, et enfin, le renforcement de la stratégie africaine.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

                                                                         

5DH/jour pour un million d’auto-entrepreneurs

• Un crowdfunding national permettant de lever 20 milliards de DH

• Basé sur la solidarité de près de 11 millions d’actifs occupés

Des personnes pauvres ou économiquement vulnérables, le Maroc en compte près de 9 millions selon les estimations de la Banque mondiale, soit 25% de la population. Une catégorie peu instruite et sans espoir d’ascension sociale. «Chômage et faible création d’emplois contribuent à cette situation. Ce sinistre tableau est complété par un secteur informel contribuant pour 37,3% à l’emploi. La situation va certainement s’aggraver avec la crise actuelle», s’inquiète Riad Mekouar.

Que faire? L’économiste rêve grand: Une opération de solidarité «productive» à l’échelle nationale, permettant de récolter 20 milliards de DH par an à l’intention d’un million d’auto-entrepreneurs, soit 20.000 DH chacun. «Ce serait un financement sans création de monnaie, n’impactant donc aucunement la masse monétaire. Un financement ayant pour base le sacro-saint principe de la solidarité, la confiance et l’espoir d’un mieux-être pour notre pays», précise-t-il. Concrètement, il s’agirait de demander aux quelque 11 millions d’actifs occupés que compte le Maroc un apport quotidien de 5 DH. Le montant total récolté servirait à investir pour réduire la pauvreté.

«L’idée est de donner aux pauvres des moyens matériels, mobiles ou sédentaires, pour produire, s’autonomiser et acquérir une reconnaissance sociale. Les études techniques de ces moyens existent», explique Riad Mekouar. L’opération permettrait de transformer la pauvreté en levier de croissance en ouvrant la voie à des informels d’exercer, dans la transparence, diverses activités ne nécessitant pas de hautes qualifications (agriculture, artisanat, confection, commerce…). «Ce principe de financement est déjà ancré dans notre culture, grâce à la tontine (daret) qui constitue un substitut au financement bancaire, reposant sur deux principes de base: solidarité et confiance.

Il appartiendrait à l’Etat de mettre en place les structures adéquates pour gérer le projet, en s’appuyant sur une communication intense, et un discours crédible et fédérateur émis par des femmes et des hommes crédibles», estime le professeur d’économie financière et monétaire.

Les effets positifs seraient nombreux. Si chaque auto-entrepreneur engage un employé, l’on pourrait créer au moins 2 millions de postes. «De plus, ces personnes seraient amenées à être bancarisées, ce qui réduirait quelque peu l’utilisation de la Black Money», relève Mekouar. L’informel, faisant essuyer à l’Etat un manque à gagner de 40 milliards de DH par an, reculerait.

Une utopie? Peut-être… Riad Mekouar y croit. Le mouvement de solidarité pour le fonds spécial pour la gestion de la pandémie du Covid-19 est la preuve que ça peut marcher. D’ailleurs, des transferts monétaires visant à assurer un revenu minimum aux personnes âgées ou handicapés en situation précaire pourraient être gardés, au-delà de la crise du coronavirus.

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