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«L’intrication de Malabar» Episode 14 : Science-fiction et ambitions militaires

Par L'Economiste | Edition N°:5762 Le 15/05/2020 | Partager

Dans l’épisode précédent

Ismaïl alla au-devant des premières voitures. Son enthousiasme lui valu d’aller d’échec en échec sous l’œil hilare de Ghni. Il repartit sur sa sixième tentative de mendiant débutant, il tendit le bras en restant droit, sans sourire, il baissa les yeux pour les relever en simulant un accès de courage, celui que l’on peut avoir lorsqu’on accepte de regarder la réalité en face. Une touche de résilience, et le premier billet de 20 dirhams sortit comme par miracle de la fenêtre d’une grosse berline.

Chapitre 10
La porte du laboratoire P5 situé au 6e sous-sol du centre de recherche militaire en périphérie parisienne, était bardée de capteurs.
Sylvain Prabo était penché sur l’accélérateur de particules à protons, en train de calibrer les quartz placés sur le devant de la machine qui donnait l’impression de ronronner. Il s’arrêta, recula d’un pas et se pencha vers son collègue qui contrôlait le pavé numérique de la machinerie:
- Des nouvelles de Malabar? «Malabar» c’est le surnom qu’on avait donné dans le labo, à ce chercheur élevé au rang de demi-dieu depuis qu’il avait révolutionné la recherche quantique et réactivé une course effrénée aux découvertes dans tous les laboratoires du monde.
À cause de lui aussi, tous les scientifiques du labo vivaient avec les militaires sur le dos, dont le seul mot d’ordre était, nous devons être les premiers. C’est une question de survie. La sécurité du laboratoire avait été drastiquement renforcée. Trois pays avaient vu leurs travaux être anéantis dans des incendies suspects, sans pouvoir y comprendre quelque chose.
Les Chinois avaient même accusé les Américains de sabotage, avant de se rétracter quand CNN avait montré les images du laboratoire américain en flamme. Sylvain savait qu’eux étaient loin d’avoir trouvé le Saint-Graal. Entre les grèves et la lenteur

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de l’administration pour débloquer les fonds réclamés, les meilleurs scientifiques français s’étaient de toute façon expatriés aux US. Pourtant… depuis Malabar, il y avait un nouvel engouement pour les scientifiques qui durant des décades entières avaient été mis de côté, laissant ainsi place au culte de la médiocrité et à l’adulation des golden boy de la Bourse et de tous ceux qui, en un claquement de doigt et deux, trois magouilles, se créaient des images de «winner». À cette époque, même les influenceurs des sites sociaux étaient mieux reçus à l’Élysée que n’importe quel scientifique de renom.
Malabar avait vraiment changé la donne. Cela avait pris du temps pour que les scientifiques soient reconsidérés. Sylvain avait assisté à l’une des conférences de Malabar. Au début il y était allé comme tout le monde pour rigoler. Dans celle à laquelle il avait assisté, Malabar parlait de manière décousue de l’atome, puis des découvertes qu’il ne voulait pas qu’on utilise pour autre chose que de sauver les peuples. Il voulait déplacer de l’eau là où il n’y en avait pas, créer des hôpitaux qui se déplaceraient selon l’urgence partout sur Terre, aider la migration immédiate des populations en cas de catastrophes naturelles, combattre la pauvreté, éliminer les barrières et frontières, créer un monde meilleur, puis se lancer à la conquête de l’univers, car, selon lui, plus rien ne s’y opposait.
Tout le monde se moquait gentiment de cet hurluberlu, jusqu’à ce que certaines rumeurs émanant de laboratoires de premier plan ne viennent confirmer des bribes de ce qu’il avançait. Durant toute l’année qui suivit, les gros titres ne parlaient que de Malabar et se posaient la question: Qui est-il? Pour qui travaille-t-il? Et surtout où est-il?
Personne n’arrivait à mettre la main sur lui. Un véritable expert du camouflage, qui arrivait à se fondre dans la nature.
Quand les militaires réalisèrent la part de vérité dans ses discours, tout changea. Un vrai mélodrame mélangeant instinct de survie et science-fiction. Ils parlaient d’avancées majeures. Selon eux, on pouvait rêver à déplacer des troupes en l’espace d’une nanoseconde sur toutes les zones de conflit. De pouvoir attaquer un ennemi sur son front, puis ses flancs ou son dos avec la même équipe, en les repositionnant en quelques secondes.
Envoyer des liquidateurs dans les chambres des ennemis pendant qu’ils dorment, permettant de créer une domination par la peur. Plus personne sur terre ne prendrait le risque de s’opposer à ceux en possession d’une telle arme.
Les militaires avec leurs gros sabots se sont empressés d’exiger que Malabar travaille pour eux. On ne l’a plus retrouvé. Jusqu’à l’attaque d’Istanbul. Il s’y rendait à l’invitation de l’ONU qui organisait un mémorandum planétaire pour éviter qu’on utilise la science pour en faire une fois de plus une arme. Sylvain sourit dans sa barbe blanche. Il rabaissa ses lunettes de protection.
- Il croyait vraiment, ce couillon, que les puissances joueraient le jeu? Chaque pays veut devenir le seul à avoir autant de puissance. La technologie deviendrait d’abord militaire puis économique. Ceux qui mettraient la main dessus asserviraient juste un peu plus le monde. Un cauchemar.
- Un cauchemar que l’on essaye de trouver? répondit son collègue.
- Honnêtement, tu sais aussi bien que moi qu’on fait plus semblant d’y arriver qu’autre chose. On est plutôt bien payé pour ça, mais bon, quelle chance y a-t-il pour qu’un des labos qui poursuit ses recherches y arrive? Aucun si tu veux savoir.
Il a bien fait de disparaître, l’humanité n’est certainement pas prête pour une telle avancée.
- Dire qu’il a fait un passage à ce labo, celui-ci où l’on travaille! dit Sylvain, avec un relent de fierté.
- Oui, je sais! Même si cela fait vingt ans et qu’il n’a passé somme toute que deux ou trois mois, moi je le dis à toutes les nanas que je drague. Je t’assure que ça fait son effet. Elles me regardent différemment après. Tu devrais essayer!
- Pourquoi parles-tu de lui, là aujourd’hui?
- Parce qu’un gars, dit Sylvain en chuchotant, m’a contacté pour m’offrir cinquante mille euros si je pouvais faire certaines recherches sur un axe spécifique. Sur Malabar. On voudrait savoir s’il a un point de chute dans une ville au Maroc.
- Au Maroc?
- Qu’est-ce que Malabar foutrait au Maroc? Le gars n’a connu dans toute sa vie que la frénésie des laboratoires de recherche. Il y a consacré sa vie! Il est mort sans qu’on ne le retrouve. Volatilisé!
C’est un mythe dans tous les sens du terme, un fantôme.
- Oui Ok… Tu sais que l’on a encore des archives Y2K?
- Ah les copies systèmes pour le bug de l’an 2000?
- Oui! Malabar était ici en quoi? 1999, 2000? Ce serait marrant de retrouver sa trace dans les bandes de sauvegarde de l’époque. Ils sont dans le centre de documentation en zone 4.
- On y va?
- 50.000 euros mon gars? Avec ça on peut même sortir faire grève avec les autres quelques mois s’il le faut. Moi tu me donnes 25.000 euros, je récupère mon gilet jaune et en avant la musique.
Mais bon, tu as trop vu de James Bond… Tu vois l’immense sculpture? Celle faite de métal pressé?
- Oui, celle de l’entrée?
- Elle est composée des centaines d’ordi et de serveurs de cette période. Plutôt que de réformer le matériel, la sécurité militaire a décidé de compresser le matériel. Et c’est là qu’ils ont décidé d’en faire une œuvre d’art!
- Bon… Adios les 50.000 euros.
- Attends, il y a encore un moyen, Serge.
- Le Nobel?
- Il est né au Maroc. C’était lui qui dirigeait les travaux en 2000 sur la physique atomique et l’optique quantique dans ce même labo.
L’histoire raconte qu’eux deux ont travaillé dans la même équipe. Il pourra certainement nous dire si Malabar avait échangé avec lui sur le Maroc.
- Et tu fais quoi? Tu l’appelles et tu lui dit «allo Serge, t’as discuté avec Malabar du Maroc?» non mais même 50.000 euros n’effaceraient pas la honte que j’aurais envers cette sommité!
- Alors parle-lui de nos recherches et demande lui son avis! De fil en aiguille…

Un avant-goût...

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«Dans la campagne profonde d’Azrou, un brillant jeune homme quitte sa modeste maison familiale pour aller à l’aventure porté par des rêves de lendemains meilleurs.
Le sort et cette foutue chance lui jouent des tours et le conduisent à la rencontre de deux clochards miséreux, hauts en couleurs.
Contre toute attente, leur galère se transforme en une synergie lumineuse, qui pourrait bien changer le cours de l’histoire.
Mais ce serait sans compter sur d’obscurs services étrangers…»

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