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Economie

L’après-crise: Ces dogmes à faire tomber!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5757 Le 08/05/2020 | Partager
Inflation, déficit..., une orthodoxie monétaire et financière à revoir
Plaidoyer pour une économie de marché «sociale et solidaire»
La commande publique en moteur de la croissance
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Au terme du deuxième trimestre 2020, la croissance économique nationale devrait être diminuée de 8,9 points. Cela représenterait une perte globale de 29,7 milliards de DH à la première moitié de l’année, selon les estimations du HCP. La situation pourrait s’aggraver dans les prochaines semaines

Un malheur n’arrive jamais seul. Au-delà de la crise sanitaire, une deuxième s’annonce: une récession économique qui promet d’être très dure, et dont les répercussions pourraient s’étaler sur plusieurs années. Baisse de la demande, de la production, des exportations, des transferts des MRE, des IDE…

A quoi pourrait bien ressembler «le jour d’après»? Chacun pourrait y aller de son analyse, en fonction de son domaine d’expertise. Une chose est sûre, des remises en question seront nécessaires pour s’en sortir. «Je ne pense pas qu’il y aurait un changement de paradigme total par rapport à l’ultra libéralisme financier.

Cette crise est grave, mais ce n’est pas la première. Il s’agit, néanmoins, d’un moment de réflexion qui se doit d’être collective, avec la participation des responsables politiques, du comité de veille économique et de la société civile», relève l’économiste Driss Khrouz. Il intervenait lors de la e-conférence organisée par HEM Business School, autour de l’après Covid-19, avec un panel d’experts de différents horizons.

A ses côtés, Nouzha Guessous, chercheuse en droits humains et bioéthique, Ali Bouabid, délégué général de la fondation Abderrahim Bouabid et Driss Jaydane, écrivain, chroniqueur et professeur de philosophie. Comme à son accoutumée, l’école alimente le débat public autour de  problématiques d’actualité.

«Au Maroc, seul l’Etat peut jouer le rôle de levier de développement, sans pour autant revenir à une économie administrée. Dire que le marché seul est capable d’organiser l’activité économique est un leurre. Il faudrait un retour de l’Etat pour organiser la société, pour que chacun y trouve son rôle», pense Khrouz. Pour l’après-crise, l’économiste plaide pour un «Etat providence, protecteur et social».

Un Etat promoteur de deux secteurs clés que l’on ne peut transformer en «marchandises»: la santé et l’éducation, un Etat pleinement investi dans le développement des services publics de base. En substance, Driss Khrouz prône une «économie de marché sociale et solidaire, valorisant le citoyen en premier», un peu à l’image du modèle allemand ou suédois, tout en pointant du doigt cette «orthodoxie monétaire et financière dépassée».

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Pour l’économiste Driss Khrouz, l’investissement public et la commande de l’Etat doivent être le moteur de l’économie, à condition de dépasser «l’orthodoxie» de l’inflation et du déficit public. «Ce n’est pas une religion!», argue-t-il. L’économiste prône aussi une révision du statut de Bank Al Maghrib, «qui ne peut rester hors champ politique», puisque la monnaie est un outil de gestion économique (Ph. L’Economiste)

«L’instrument monétaire doit jouer son rôle à côté du budget», insiste l’économiste. «L’investissement public et la commande de l’Etat doivent être le moteur de l’économie, à condition que l’on dépasse l’orthodoxie de l’inflation et du déficit public. Ce n’est pas une religion! L’inflation et le déficit peuvent aller à 5 ou 6%. Nous pouvons jouer avec cela, tout en faisant du budget de l’Etat un levier de croissance. Cela suppose aussi de soutenir la demande intérieure grâce à l’augmentation du revenu des Marocains, dans une économie qui crée de l’emploi et lutte contre la précarité», poursuit-il. S’impose donc une révision du statut de Bank Al Maghrib, «qui ne peut rester hors champ politique», selon Khrouz, puisque la monnaie est un outil de gestion de l’économie.

En parallèle, d’autres mesures sont nécessaires, notamment la lutte contre l’économie de rente et les inégalités qui ne cessent de se creuser, la promotion d’un secteur privé compétitif et une réforme fiscale. Le Maroc devrait aussi, selon Khrouz, se mettre d’accord avec son principal partenaire économique, l’UE, sur la protection d’industries marocaines de base. Ceci aurait le mérite de renforcer la confiance des opérateurs privés, qui seraient plus encouragés à investir.

En définitive, il s’agira de mettre en place un capitalisme «régulé», encadré par un Etat social au service de la majorité, et non des 2% les plus riches, «qu’il faudrait, toutefois, continuer à encourager pour qu’ils créent plus d’emplois».

                                                                           

Etat d’urgence, confinement et dérives

Sommes-nous tous égaux devant la pandémie, l’accès aux soins, le confinement, l’enseignement à distance…? Certainement pas. La crise est venue mettre à nu l’ampleur des inégalités de notre société, qui risquent de se creuser suite à la récession annoncée. En attendant, la situation actuelle appelle à la vigilance. «Il faut être vigilant quant au risque de dérives, à ce que l’urgence ne soit pas un prétexte pour l’autoritarisme», prévient Nouzha Guessous, qui s’étonne du nombre d’interpellations pour violation de l’état d’urgence sanitaire.

La chercheuse en droits humains et bioéthique s’inquiète, également, du risque de dérive envers les femmes, généralement les premières à subir les revers de la décélération de l’économie, et dont le confinement pourrait se prolonger bien au-delà de la crise. Un confinement «qui va dans le sens d’une culture». Autre dérive potentielle, le tracking de la population en raison de la pandémie, et qui pourrait empiéter sur les libertés individuelles.

Pour Nouzha Guessous, il est impératif d’appréhender la crise pandémique de manière holistique, avec une stratégie globale née d’une concertation interdisciplinaire (acteurs politiques, différents ministères, scientifiques…). Le tout, «en gardant à l’esprit la notion de proportionnalité des sacrifices demandés à la population, et en respectant le principe d’équité».

L’après-crise pourrait-il, par ailleurs, bouleverser notre mode de vie, de travail, nos liens sociaux…? Tout le monde n’y croit pas. «Il n’y a jamais eu de jour d’après. L’humanité change, évolue, mais elle continue. Cette rhétorique n’a aucun fondement», pense Driss Jaydane. Le professeur de philosophie réfute également le tout digital.

«Nous sommes des animaux politiques et sociaux, nous avons besoin de l’espace public, de nous y croiser. Si nous sommes dans la cité, c’est pour y être avec notre corps, notre esprit et nos émotions», estime-t-il. Là encore, gare aux dérives. «Le digital est un outil utile à l’Homme. Ce n’est pas à l’Homme d’y être utile!», souligne Jaydane, qui n’admet pas non plus l’idée d’une école à distance.

Ahlam NAZIH  

 

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