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Politique monétaire : «BAM doit ouvrir le robinet!»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5755 Le 06/05/2020 | Partager
Le «rigorisme exagéré» de la Banque centrale ne fait pas l’unanimité
Une inflation strictement maîtrisée, mais à quel prix?
De l’autre côté de la balance, la croissance et l’emploi
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Riad Mekouar, professeur d’économie monétaire et financière à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock de Casablanca: «Que vaut une inflation à moins de 2% s’il n’y a pas assez de demande? Si cela s’accompagne du décès de milliers de TPE/PME?» (Ph. RM)

Dans cette conjoncture morose où la récession arrive à grands pas Bank Al-Maghrib (BAM) va-t-elle revoir sa politique monétaire? Une politique s’évertuant depuis des années à juguler l’inflation, la limitant entre 1 et 2%, au détriment des liquidités en circulation dans l’économie. L’approche, qui a des avantages, mais aussi des inconvénients, fait l’objet de débats concernant les objectifs à prioriser: l’inflation ou la croissance.

Certes, depuis le déclenchement de la crise pandémique, la Banque centrale a révisé son taux directeur pour le ramener de 2,25 à 2%. Mais irait-elle plus loin sur le loyer de l’argent? Ceci à l’heure où d’autres pays, notamment en Europe, s’aventurent même à envisager des taux nuls pour offrir des refinancements pratiquement gratuits, et font preuve de plus de flexibilité dans la gestion de leur stratégie monétaire.  

«BAM a adopté les principes de base du monétarisme faisant de la lutte contre l’inflation l’objectif majeur de sa politique monétaire. En tant que bon élève, elle a opté pour des taux d’intérêt (directeur et du marché monétaire) élevés. Elle a aussi procédé à un contrôle strict de la masse monétaire, et plus particulièrement de la monnaie scripturale, donc des crédits bancaires, et ce par l’application stricte des règles prudentielles de Bâle I, II et III», relève Riad Mekouar, professeur d’économie monétaire et financière à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Aïn Chock de Casablanca).

«Malgré la baisse des taux débiteurs, résultant de leur libéralisation par la loi bancaire de 93, les conditions d’octroi du crédit demeurent rigides et limitatives du financement de l’économie, et plus particulièrement des TPE/PME. L’objectif d’une inflation maîtrisée a été atteint, mais à quel prix? Nous avons sacrifié la croissance et l’emploi. Que vaut une inflation à moins de 2% s’il n’y a pas assez de demande? Si cela s’accompagne du décès de milliers de TPE/PME?» poursuit-il. Pour l’économiste, seule la croissance devrait guider la politique monétaire, et la conjoncture actuelle impose une approche plus «audacieuse», quitte à tolérer une inflation de 4 à 5%.

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L’indice des prix à la consommation progresse chaque année à moins de 2%. Le niveau d’inflation reste ainsi maîtrisé. En 2019, l’IPC n’a augmenté que de 0,2%, soit son plus faible niveau sur les 12 dernières années

Ces 15 dernières années, la pensée économique a évolué. Si auparavant l’excès de liquidités et les déséquilibres entre l’offre et la demande pouvaient accentuer l’inflation, aujourd’hui,  ce n’est plus vraiment le cas. «Il a été statistiquement prouvé que l’inflation n’a plus d’origine monétaire. Sauf dans quelques pays latino-américains, où l’on utilise la planche à billets, et dans certains pays africains», assure le professeur d’économie financière et monétaire.

«Depuis la crise financière de 2008, l’injection de milliards de dollars et d’euros n’a pas entraîné des tensions inflationnistes. C’est ce qui se passe aujourd’hui en Europe, où la BCE rachète des dettes privées et octroie des liquidités à outrance, sans pour autant provoquer de tensions. Ceci est dû à la stagnation de la demande et des investissements, en raison de l’incertitude grandissante», ajoute-t-il.    

Désormais, de par le monde, les prix demeurent stables, car le marché se régule autrement. Deux phénomènes rentrent en jeu: d’une part, une pression maximale sur les prix, exercée par des multinationales tenant à gagner des parts de marché grâce à des offres compétitives, et d’autre part, le digital qui a permis de raccourcir les circuits de distribution et de limiter les marges sur les prix.

Pour faire face à la crise, une profonde remise en question du «rigorisme, monétaire et financier, exagéré et inadapté à notre environnement» s’impose, selon Riad Mekouar. «A quoi cela sert-il de baisser les taux d’intérêt si l’on garde des règles prudentielles ultra verrouillées, avec des conditions d’éligibilité telles que peu d’entreprises peuvent en bénéficier?» s’interroge-t-il. La crise poussera-t-elle BAM à changer de paradigme?

Ahlam NAZIH

 

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