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Tribune

Des facteurs de production plus efficaces

Par Mohamed Aït Marti | Edition N°:5753 Le 04/05/2020 | Partager
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L’usine de Renault Tanger. Il nous faut agir dans l’urgence macro-économique en soutenant l’entreprise. Et aussi nous devons agir de façon plus structurante pour assurer le développement de la nation en «inventant» un écosystème où les facteurs de production (au sens large) et leur efficacité permettront la compétitivité internationale, l’investissement, la création d’emplois et surtout une meilleure répartition sociale de la richesse (Ph. L'Economiste)

SM Mohammed VI nous a demandé de réfléchir à un nouveau modèle de développement. Les crises de type cyclique que nous vivons aujourd’hui marquent la fin d’une époque, d’un mode de fonctionnement, d’une organisation sociale.
C’est exactement ce qui nous arrive aujourd’hui. Il nous faut tout repenser dans un cadre global où la finalité humaine sera réaffirmée.
Avec le coronavirus, nous serons touchés sur le PIB, sur la balance commerciale, sur la balance des paiements, sur nos réserves en devises qui devront être reconstituées par des emprunts extérieurs.

Les plans

Partout des plans sont annoncés. Le plan européen est essentiellement financier, par de la création monétaire. L’innovation, c’est qu’il ne va pas seulement soutenir la demande, mais qu’il va soutenir l’offre à travers les entreprises productives. Ce sont des mécanismes de grande ampleur, faciles à mettre en œuvre, qui sont offerts sur initiative de l’Etat, par les banques commerciales aux PME. Elles ont pour mission de faire parvenir les aides (prêts) aux entreprises.
Le tableau ci-contre compare quelques points particuliers des mécanismes de soutiens disponibles en Europe, à ceux proposés au Maroc.
A souligner tout particulièrement que l’entreprise française peut recevoir un prêt jusqu’à 25% de son chiffre d’affaire annuel alors que l’entreprise marocaine ne reçoit qu’une aide pour payer «ses charges». Ceci ouvre le débat et les interprétations sur ce que recouvre ce terme de «charges». Faut-il inclure les fournisseurs? Les fournisseurs étrangers? Ou seulement les charges directes d’exploitation. Les réponses sont variables selon les banques, ce qui accroît la confusion.
En ce qui concerne le taux d’intérêts, il faut quand même remarquer que la banque du Maroc prête à 2% et que les prêts sont garantis à 95% par la CCG.
La justification de l’intérêt est la rémunération du risque. Dans le cas présent, il n’y a pas de risque puisque le crédit est garanti par l’Etat. Il aurait été plus raisonnable que les banques ne comptent que des frais de dossiers.
Dans notre pays, la vraie mesure de l’importance de la crise sur un tissu économique déjà fragilisé, n’a pas été bien évaluée. L’Etat, les banques et les entreprises sont les acteurs communs de l’Economie nationale qui doit créer la richesse de la nation.

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Notre crise est cyclique

Aujourd’hui, nous nous trouvons à la fin d’un «cycle économique long» tel que mis en évidence par l’économiste Kondratiev (1892/1938). Il a été révélé par le Covid-19, mais il était sous-jacent. La crise économique doit être interprétée comme une crise cyclique comparable à celle de 1929. Les actions de type micro économique doivent laisser place à une vision macro-économique.
Il s’agit aujourd’hui de réinjecter massivement des fonds comme cela fut fait lors du New Deal (1930) ou par le plan Marshall (1947).
En Europe, avant le virus, le système bancaire était déjà prêt de défaillir. Certaines banques avaient prêté jusqu’à 25 fois leurs fonds propres. Il suffisait donc d’une défaillance de 4% des prêts pour détruire leur capital.
En période normale, ces prêts sont contre garantis mais, en période de crise, aucune garantie n’a plus de valeur car il n’y a plus de marché. Il n’y a plus de liquidités.Ce qui est fait aujourd’hui en Europe, c’est injecter des fonds pour soutenir les ménages mais surtout, les entreprises. Ainsi, les défaillances sont évitées, le système bancaire est sauvé. L’effet-domino n’a pas lieu. Cette crise marque la fin d’une ère, et aussi le moment historique qui nous donne l’opportunité de réaffirmer nos valeurs et réorganiser notre société pour que son ultime finalité soit l’épanouissement de l’humanité.

Du chauffe-eau à la babouche

Dans le passé, le Maroc produisait ses propres chauffe-eaux électriques au travers de trois entreprises. La suppression de toute barrière à l’import a fait qu’il n’y en a plus qu’une seule qui commercialise des articles en partie produits à l’étranger…
Si nous lui assurons une protection normative et douanière, c’est 100.000 chauffe-eaux qui ne seraient plus importés sauvegardant ainsi des devises, mais créant a minima, dans un premier temps, une centaine d’emplois.
Par la suite, forte de son marché intérieur, cette société pourra exporter, générant ainsi plus d’emplois et plus de recettes en devises.
Cet exemple pour les chauffe-eaux est aussi valable pour les portes où la production nationale se heurte à la concurrence turque ou chinoise… ou encore la célèbre importation de babouches asiatiques, venues narguer le savoir-faire séculaire de nos artisans!

Ne craignons pas l’inflation

Une situation exceptionnelle – assimilable à une guerre – appelle une réaction exceptionnelle où les critères de gestion du risque antérieur doivent passer au second plan.
Pour qu’il y ait inflation, il faut un déséquilibre de la célèbre équation keynesienne M x V = P x Q où M: est la masse monétaire que nous allons faire croître; Où V: est la vitesse de circulation qui s’effondre avec la crise; Où Q: représente la production qui sera soutenue par les aides aux entreprises. P: qui symbolise les prix, ne pourra dans un premier temps que rester stable.
Et, si les prix marocains venaient à croître plus vite que l’inflation européenne (notre premier client), nous pourrions toujours recourir à des réajustements face à l’Euro.
Aujourd’hui, cette relance monétaire doit porter sur l’offre. Plus on produira nationalement, plus l’offre s’élargira avant que la demande induite ne vienne à s’exprimer.

                                                                              

Ravages du libre-échange débridé

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La ministre turque du commerce et son homologue marocain: «Nous ne pouvons plus accepter qu’un pays détruise des emplois chez nous» affirme Moulay Hafid Elalamy (Ph. L'Economiste)

L’entreprise marocaine vit une très grave crise plus ancienne que le virus. Elle a débuté avec les accords de libre échange. Nos entreprises font face à la concurrence de géants internationaux bénéficiant d’un diviseur incomparable et peuvent se permettre de vendre au coût marginal. De plus, une entreprise vit dans un écosystème où le coût et l’efficacité des facteurs de production, lui permet, ou pas, d’être rentable.

Un accord de libre-échange doit rechercher l’égalité et l’équilibre à long terme des participants. L’accord doit contenir le concept «d’égalité asymétrique»: des droits de douane compensent la trop grande distorsion des écosystèmes productifs et de la compétitivité des facteurs de production. Il faut développer un «libéralisme encadré» préservant l’emploi, voire le développera.

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* Mohamed Aït Marti, industriel et négociant

 

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