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«Les pays occidentaux qui ont sous-estimé les dimensions de la pandémie ont payé le prix fort»

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5748 Le 24/04/2020 | Partager
Les dégâts causés par le retard ne peuvent être qu’assumés
Les tensions géopolitiques seraient exacerbées au vu de la forte politisation de la pandémie
La vigilance a donné aux africains le temps pour réagir
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Abdelhak Bassou: «Il est certain que, s’il capitalise sur la dynamique créée par cette épreuve, le Maroc de l’après Covid-19 sera de loin différent de celui d’avant. La lutte contre la pandémie marque un tournant dans la marche du Maroc moderne…» (Ph. Policy Center for the New South)

Syrie, Yémen, conflit libyen, Sahel, guerre économique sino-américaine, tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, effets du Brexit, question palestinienne… Ces événements constituaient le gros des foyers de tension à surveiller et des dossiers chauds qui s’accaparaient l’attention des médias, des analystes et des politiciens.

Il en a résulté une réaction tardive face à la pandémie du coronavirus, non seulement de la part des pays mais également des instances internationales. Comment évoluera la situation dans les prochains mois? Un changement se produira t-il dans les principales tensions géopolitiques?

Abdelhak Bassou, Senior Fellow au Policy Center for the New South (un think tank marocain) et auteur de l’analyse «L’agenda du conseil de sécurité de l’ONU au premier trimestre 2020: les foyers classiques de tension l’emportent sur le Covid-19», revient dans cet entretien sur l’impact de la crise sanitaire sur la politique internationale.

- L’Economiste: Depuis le début de la crise sanitaire, des voix se sont élevées contre la réaction tardive de certains pays et instances internationales face à la pandémie de Covid-19. N’ont-ils pas rattrapé ce retard après avoir mesuré l'ampleur de la situation?
- Abdelhak Bassou:
Le retard est toujours préjudiciable. La fable nous apprend que «Rien ne sert de courir, il faut partir à point». Ceci est parfaitement vérifiable dans le cas du Covid-19. Les pays et les instances internationales qui ont pris du retard, ne peuvent pas ressusciter les morts. Contre une maladie aussi meurtrière, il n’y a rien à rattraper. Les dégâts causés par le retard ne peuvent être qu’assumés. Tout ce qu’il reste à faire c’est limiter l’ampleur du malheur en empêchant le mal de se propager et provoquer plus de pertes.
Les pays occidentaux qui ont sous-estimé les dimensions de la pandémie ont payé le prix fort. Leurs mesures tardives commencent à améliorer leurs situations, mais ne peuvent en aucun cas rattraper les préjudices déjà enregistrés.
Les pays africains, le Maroc en tête, qui ont pris des mesures précoces et qui ont agi en amont de la prolifération du virus maîtrisent mieux la situation en dépit de la modestie de leurs moyens. La pandémie c’est comme les crues, plus vos digues sont installées à l’amont et plus vous avez le temps de vous organiser à l’aval; plus vous êtes submergés par les flots et moins vous avez de chances de vous en sortir.

- Gouvernements, institutions, médias…  se sont concentrés ces derniers mois davantage sur l’actualité liée à la pandémie du coronavirus que sur d’autres conflits (Moyen-Orient, Syrie, Yémen, Libye, Sahel…). Quel est le réel impact?
- Dans le monde de l’information, cela se comprend. C’est le domaine des News, qui se traduit littéralement par «les Nouvelles». Il n’est donc pas étonnant que la sphère médiatique se tourne vers ce qu’il y a de nouveau, qui dans ce cas est la pandémie. De plus, le phénomène n’est pas banal. Il menace la santé de l’humanité entière. Les instances internationales devaient faire de même.
Au sein même des zones de tensions, le virus est dangereux pour l’ensemble des belligérants, il ne fait aucune distinction entre eux. Il est l’ennemi de tous et il est donc logique et raisonnable de le traiter en priorité. D’où la pertinence de l’appel lancé par le secrétaire général des Nations-Unies pour décréter une trêve dans tous les conflits, le temps de traiter la pandémie. L’attitude la plus étonnante est celle du conseil de sécurité qui durant tout le premier trimestre, a ignoré la question et ne lui a consacré ni débat ni résolution; sachant qu’il s’agit, bel et bien d’une menace à la paix et à la sécurité internationales.

- Faut-il s’attendre à un changement dans les principales tensions géopolitiques (USA, Chine, Europe…) dans les prochains mois?
- Il serait fort étonnant, à mon avis, d’assister à une quelconque détente dans les relations internationales dans la période post-Covid-19. Les tensions géopolitiques seront même exacerbées au vu de la forte politisation de la pandémie. Il s’installe déjà de véritables campagnes de propagande pour classer les Etats en fonction de leur réaction face à la pandémie; en décrétant certains parmi eux meilleurs que les autres ou plus forts que les autres. La rivalité sino-américaine est même nourrie par la pandémie. Même militairement, la Chine tente de mieux s’installer en mer de Chine méridionale et mettre la pression sur Taiwan à la faveur de l’immobilisation de quatre porte-avions américains dont des marins sont atteints par le coronavirus. Les américains de leur côté multiplient les déclarations vantant leur invincibilité; dont celle de Mark Milley, le chef d’Etat-major interarmées américain: «J’espère que personne dans le monde ne croit que les capacités de l’armée américaine soient sérieusement affaiblies. Ce n’est pas le cas». L’Union européenne vit également une crise de confiance entre ses membres. L’Italie a été abandonnée à son sort. L’Allemagne tente de recoller les morceaux mais arrivera-t-elle à souder une Europe qui a manqué de solidarité devant la menace?

- Quelle résilience pour le continent africain?
- L’ensemble des pays africains ont agi en amont; se sachant dépourvus en termes de moyens pour affronter la pandémie dans ses dimensions les plus amples, ils ont travaillé sur la prévention. Très tôt, ils ont verrouillé leurs frontières, fermé leurs écoles et universités et confiné leurs populations. Ces mesures de résilience organisationnelle, tentent de pallier les défaillances en termes de résilience structurelle. En effet si l’Afrique avait attendu que le virus soit disséminé pour agir, elle aurait été aujourd’hui dans une situation de catastrophe. La vigilance a donné aux africains le temps pour réagir. C’est ce qu’ils font avec la proposition de Sa Majesté le Roi de lancer avec ses pairs africains une initiative visant à établir un cadre opérationnel afin d’accompagner les pays africains dans leurs différentes phases de gestion de la pandémie.

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Les pays occidentaux qui ont sous-estimé les dimensions de la pandémie ont payé le prix fort. Leurs mesures tardives commencent à améliorer leurs situations, mais ne peuvent en aucun cas rattraper les préjudices déjà enregistrés. (Ph. AFP)

Biographie

Abdelhak Bassou est Senior Fellow au Policy Center for the New South, spécialisé dans les études des conflits et stratégies de sécurité et la défense. Abdelhak Bassou, préfet de police à la retraite, depuis 2013, a occupé plusieurs postes au sein de la Direction générale de la sécurité nationale marocaine. Il est titulaire d’un Master en études politiques et internationales de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales d’Agdal à Rabat sur un mémoire intitulé «L’Organisation Etat Islamique, naissance et futurs possibles».

Comment s’en sort le Maroc?

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Le Maroc a donné l’exemple de la vigilance en étant parmi les premiers sinon le premier à entamer les actions pour faire face à la pandémie. Le Souverain a fait de la vie des citoyens une priorité. Les soucis politiques, économiques et autres sont passés en seconde position pour laisser place à la préoccupation visant le citoyen dans sa sécurité sanitaire et physique. Fort de cet acquis, le pays est allé de l’avant, d’abord pour affiner ses capacités organisationnelles internes, mobilisation et coordination des services de l’Etat et ensuite dans la quête de l’autonomie dans la gestion de la lutte contre la pandémie, confection de masques et fabrication d’appareils respiratoires. Le troisième temps est celui de la solidarité africaine. Il est certain que, s’il capitalise sur la dynamique créée par cette épreuve, le Maroc de l’après Covid-19 sera de loin différent de celui d’avant. La lutte contre la pandémie marque un tournant dans la marche du Maroc moderne.

                                                                                   

-L’Economiste: Confinement ou déconfinement, une guerre d’opinions opposera les économistes aux politiciens humanistes. Quels sont les arguments des uns et des autres?
- Abdelhak Bassou:
Que l’on porte le souci économique ou celui politique, on converge vers le bien de la société. La manière de s’en préoccuper diffère. Face à la crise, l’économiste est d’abord focalisé sur les conséquences d’un arrêt de la production et de l’activité et sur les handicaps que cela peut générer en termes de croissance et de développement. Cela ne signifie pas qu’il se désintéresse de la santé ou de la vie des citoyens. Il cherchera donc principalement à faire reprendre l’activité, mais de la manière qui impacte le moins la santé des gens. Il aura tendance à accepter un certain seuil de risque si cela permet de limiter les dégâts économiques.
Le militant des droits de l’homme ou l’humaniste en général, laissera de côté tout souci de croissance économique, de calcul mercantile ou de développement, pour chercher principalement à limiter les effets sur les pertes humaines. Il n’est pourtant pas étanche au souci économique. Il cherchera en premier à prolonger le confinement, mais de la manière qui lèse le moins l’activité économique.
Le rôle du politique est de rallier les deux soucis et de trouver la formule difficile mais pas magique qui assure le dosage savant entre les deux. Sans économie résiliente point de moyens d’assurer une bonne santé physique, mais sans cette dernière, point de bras pour créer la richesse.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

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