×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Opinions & Débats

Non à l’Etat «austéritaire», oui à la relance

Par Dr Rachid ACHACHI | Edition N°:5743 Le 17/04/2020 | Partager

Docteur en sciences économiques de l’Université Ibn Tofail de Kénitra, titulaire d’un Master en macroéconomie monétaire et financière à l’Université Mohammed V de Rabat et chercheur en sciences sociales, Rachid Achachi est chroniqueur à Luxe Radio. Il a participé le 16 avril 2020 au débat de l’Université citoyenne. Il est expert-conseiller auprès du think tank, Al Mountada, qui s’est illustré par ses propositions fiscales, lors des Assises (Ph. RA)

Dernièrement, le gouvernement marocain a entrepris, et ce en totale rupture avec les mesures économiques prises au début de la crise du «Covid-19», un certain nombre de mesures. Elles laissent percevoir la mise en place en catimini d’un Etat «austéritaire».

En effet, sous le leadership du ministre de l’Economie, Mohamed Benchaâboun, face à un chef du gouvernement dépassé par les évènements, a été décidé entre autres de geler les dépenses publiques jugées non stratégiques, de procéder à des coupes budgétaires présentées comme inéluctables, de prélever 3 jours sur le salaire des fonctionnaires,…

Ces pratiques n’augurent rien de bon pour la relance de l’économie. Elles s’inscrivent en totale opposition avec les impératifs de notre économie, au moment même où des pays présentés comme les chantres du libéralisme (Etats-Unis et Royaume-Uni), mettent en place des politiques de relance économique de grande envergure.

Ces pratiques néolibérales d’un autre temps entendent soigner un rhume avec une chimiothérapie. Car il s’agit bien entendu de ne surtout pas toucher à la sacro-sainte maîtrise du déficit budgétaire, dans le strict respect de critères de convergence maastrichtiens qui ne sont pas nôtres.

On ne gère pas les finances d’un Etat comme on gère une entreprise, et c’est là tout le malheur de la technocratie que d’ériger la technicité froide et déshumanisante en paradigme, en lieu et place d’une vision politique garante de l’intérêt général.

Car non, les salariés, les entreprises et les citoyens ne sont ni des variables, ni des chiffres abstraits, ni un citron que l’on peut presser jusqu’à la dernière goutte. Ils sont les piliers et les fondements de ce qui pourrait prendre la forme, si on s’en donne les moyens, d’une politique de relance économique de grande ampleur.
Si nous devions déduire une leçon élémentaire du passé récent, c’est qu’une politique d’austérité est de loin le pire moyen de dépasser une crise.

luniversite-citoyenne-043.jpg

L’affiche de la rencontre de l’Université citoyenne, avec des chercheurs marqués à gauche. Ce mouvement re-naît depuis quelques jours à propos de la sortie de crise. Il donne de la puissance à un courant qui s’était très affaibli après la domination du Consensus de Washington, puis de la financiarisation, des années 1990 et 2000. Et des crises qui s’en sont suivies» (Ph. AFP)

En témoigne les mesures prises par le Portugal ayant opté pour une politique de relance, en frontale opposition avec les diktats de Bruxelles et du FMI. Il a réussi à sortir renforcé de la crise des dettes souveraines qu’a connue la zone euro. L’autre perspective est celle de la Grèce, qui en appliquant docilement les mesures d’austérité imposées par la «Troïka», y a laissé non pas «des plumes» mais un quart de son PIB, avec un chômage massif et une baisse de l’espérance de vie, mais avec un solde budgétaire équilibré. Voilà qui leur fait une belle jambe!

Pour revenir au Maroc, est-il utile de rappeler que ce dont ont besoin les salariés et les entreprises marocaines, c’est avant tout d’être rassurés quant aux perspectives futures de l’économie marocaine? Cela commence par un discours politique ferme, ambitieux et volontariste, par un changement de logiciel idéologique et par la mobilisation de tout l’arsenal théorique et pratique en vue non pas de restaurer la croissance flegmatique d’avant la crise, mais d’enclencher une dynamique économique nouvelle. Les dépenses et investissements publics devront donc constituer une ligne rouge pour le gouvernement. Quant aux charges fiscales, elles doivent être l’objet non d’un report mais d’un moratoire, qui pourraient être compensés par un creusement du déficit budgétaire qui sera à terme résorbé par le redémarrage de la machine économique.

Ne nous voilons pas la face. Soit nous sauvons l’économie marocaine, soit nous sauvons les équilibres macroéconomiques. Il en résulte que ramener les agrégats économiques à leur dimension instrumentale au service du bien commun, est une condition sine qua non pour sortir de cette mystique thatchérienne, et se doter des moyens de penser une politique de relance avec tout le sérieux et la rigueur que la situation exige.

Faisons de l’économie politique

Le ministre Benchaâboun annonce: «Nous faisons de la microéconomie et non pas de la macroéconomie». Invitons-le fortement à faire plutôt de «l’économie politique». Cela passe par la prise en compte de la dimension sociale fortement fragilisée par la crise sanitaire et de comprendre que l’économie n’est pas au service des agrégats macroéconomiques, mais l’inverse.
Car l’heure est grave, et nous faisons face à un risque majeur, celui de l’installation sur la durée d’un chômage massif et d’une vague de faillites des entreprises les plus fragiles, avec pour conséquences immédiates, une implosion de la demande solvable, une grave récession économique et un effondrement des recettes fiscales dont on pourrait ne pas se remettre. Le spectre d’un nouvel PAS (Plan d’ajustement structurel) plane à nouveau sur notre pays.
Il en résulte qu’une politique d’austérité dans le contexte actuel revient non seulement à hypothéquer notre avenir, mais à nous inscrire dans un cercle vicieux où nous seront amenés à sacrifier les acquis de notre économie, sur l’autel de la politique macro-prudentielle, de l’orthodoxie monétaire et de la maîtrise des équilibres budgétaires.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc