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Economie

E-learning: Désapprendre pour réapprendre à enseigner

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5743 Le 17/04/2020 | Partager
Une pédagogie à part, impliquant la scénarisation des cours, plus lourde à gérer
«Les digital natives ne sont pas autonomes!»
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«Le défi à relever après le confinement est d’assurer des formations des formateurs élargies, et d’œuvrer pour une démocratisation du matériel informatique. Car, à notre ère, on ne peut prétendre à une démocratisation du savoir sans une démocratisation de l’outil numérique», explique Awatif Beggar, enseignante-chercheure en technologies éducatives à la faculté des sciences de Meknès  (Ph. AB)

- L’Economiste: La pédagogie de l’enseignement en ligne est-elle différente de celle en présentiel?
- Awatif Beggar:
La distance est un paramètre important à prendre en considération quand on prépare son cours en ligne. Si en classe le professeur explique, pose des questions et réagit sur le tas quand il remarque que ses élèves n’ont pas bien compris, en ligne ces opérations ne sont pas possibles, car l’enseignant ne peut pas tâter le pouls pour réajuster ou réorienter. Tout devrait être minutieusement préparé et presque «calculé» pour permettre à l’élève d’acquérir les objectifs escomptés, et c’est dans ce sens qu’on parle de scénarisation ou de montage des cours en ligne. La pédagogie de l’enseignement en ligne est donc différente, dans la mesure où elle prend en charge les aléas du distanciel, comme la question de l’autonomie de l’apprenant ou sa motivation, et où l’outil technologique est le médiateur principal.

- Les cours à distance peuvent-ils être aussi efficaces que les leçons en présentiel?
- Bien évidemment, à condition qu’ils soient bien scénarisés, et que les enseignants et les élèves disposent d’une plateforme d’enseignement, de matériel numérique et d’une connexion fiable. Je voudrais attirer votre attention sur un point important: Est-ce que tous les cours en présentiel sont efficaces? Ne vous est-il pas déjà arrivé de vous ennuyer dans un cours à cause de méthodes trop transmissives, ou du temps que vous passiez à écrire? Ne vous est-il pas déjà arrivé tout simplement de ne pas comprendre et de ne pas oser le dire? Les cours en ligne nous permettent de reconsidérer nos méthodes. Si la technologie peut être un médiateur facilitateur au service de l’apprentissage, si elle nous permet de ne pas perdre du temps en classe, pourquoi ne pas l’utiliser! Le sociologue et futurologue américain, Alvin Tofler, disait: Les analphabètes du XXI siècle ne sont pas ceux qui ne savent ni lire, ni écrire, mais ceux qui ne savent pas apprendre, désapprendre et réapprendre.
A mon avis, les cours en ligne ne détrôneront pas les cours en présentiel. Ils seraient une alternative efficace pour un enseignement de qualité, si le professeur accepte d’apprendre, de désapprendre et de réapprendre, pour faire apprendre! L’avenir est pour l’enseignement hybride où les innovations pédagogiques permettront de gagner en qualité et en rendement.

- Les enseignants peuvent-ils s’y adonner sans formation préalable?
- L’enseignement en ligne nécessite une formation pour initier les professeurs à l’utilisation de l’outil technologique et aux questions pédagogiques qui y sont liées. La formation est importante pour éviter les dérives de l’instrumentalisation de l’enseignement, les effets de la fascination, ou encore les mésusages du numérique.

- Ces cours demandent-ils plus ou moins d’efforts, et surtout, procurent-ils plus de liberté en matière d’innovation pédagogique?
- Certes, un cours en ligne demande beaucoup plus de temps et d’effort à préparer qu’un cours en présentiel. Si un cours en classe nécessite une journée de préparation, un cours en ligne peut vous prendre trois jours, sinon plus. C’est pourquoi certains professeurs renoncent après leurs premières expériences, trouvant qu’il s’agit d’une activité chronophage, surtout qu’on n’est pas indemnisé pour ces efforts supplémentaires. Néanmoins, si nous considérons les processus d’apprentissage, l’individualisation des parcours, l’autonomisation des apprenants, les évolutions qu’ils peuvent réaliser, je crois que le jeu en vaut la chandelle.
Pour la deuxième partie de votre question, je pense que l’on ne peut parler de l’innovation pédagogique, que ce soit en présentiel ou en ligne, sans liberté du professeur. Les innovations technologiques procurent une grande liberté en matière d’innovation. Le plaisir d’enseigner en ligne est de jouir de cette liberté, et de pouvoir joindre l’utile à l’agréable avec ses élèves ou ses étudiants.

- Que pensez-vous de la manière dont ce mode d’enseignement a été déployé dans les écoles, depuis le confinement?
- Le confinement est éprouvant sur le plan psychologique. Néanmoins, les professeurs n’ont ménagé aucun effort pour aider leurs élèves. Un engagement louable qui traduit une conscience professionnelle singulière. Malheureusement, rares sont les professeurs qui étaient initiés à l’enseignement en ligne au préalable. Il en a résulté une prise en main difficile des plateformes d’enseignement. Les professeurs ont donc eu essentiellement recours aux cours format Visio et au partage de contenus sous format PDF. WhatsApp était l’outil principal utilisé par la majorité des professeurs, alors qu’il n’est pas destiné à l’enseignement. Force est de constater que la continuité pédagogique est difficile à assurer dans ces conditions et avec ces moyens du bord.
La question de l’autonomie est aussi très présente. Les parents comme les professeurs ont pu déduire que les élèves qualifiés de «natifs numériques» et surfeurs actifs sur le web et sur les réseaux sociaux ne sont pas pour autant autonomes dans leur apprentissage.

- Peut-on aujourd’hui organiser des évaluations ou des examens à distance?
- Oui, ceci est possible. Toute plateforme d’enseignement dispose de cette fonctionnalité. Vous pouvez même décider de l’heure où le devoir sera fait, et fermer la fonctionnalité une fois le temps dépassé.

Des parents au bord de la dépression!

SI au collège et au lycée les jeunes peuvent interagir directement avec leurs enseignants, il n’en est pas toujours de même pour les élèves du primaire. Pour les parents, c’est souvent un véritable casse-tête. Non seulement ils doivent partager leurs smartphones et ordinateurs avec leurs enfants pour leur permettre de continuer leur scolarité à distance, mais ils doivent aussi jouer aux profs. Au-delà des devoirs, les parents sont contraints de combler les lacunes d’un e-learning souvent improvisé. «Les parents peuvent participer à l’enseignement à distance de leurs enfants, mais ils ne sont pas obligés de le faire. Un cours bien fait en ligne développe en principe l’autonomie de l’enfant. Celui-ci devrait être guidé du début jusqu’à la fin», souligne Awatif Beggar. «On ne prépare jamais un cours, ni en présentiel, ni en ligne, pour que l’élève soit aidé par ses parents!» poursuit-elle. Les enseignants doivent, cependant, être correctement formés pour prendre en charge leurs élèves à distance correctement.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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