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Economie

E-learning: Au secours, mes étudiants sont aux abonnés absents!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5743 Le 17/04/2020 | Partager
Faible engagement dans les facs
Le digital ne change pas grand-chose à l’enseignement de masse
Témoignage inquiétant d’un enseignant

De la crise du Covid-19, un véritable miracle est né: la digitalisation de l’enseignement supérieur. Toutes les universités ont déployé des efforts monstres pour assurer la disponibilité des cours à distance. Des studios d’enregistrement ont été montés en un temps record, des plateformes électroniques ont été mobilisées, des professeurs innovent, des cours sont diffusés à la télévision et à la radio… Toutes les réticences sont tombées.

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La majorité des enseignants des facultés à accès ouvert, même parmi les plus réticents aux technologies, ont adhéré à l’effort de l’enseignement à distance. Cependant, l’adhésion des étudiants n’est pas toujours garantie (Ph. Bziouat)

Dans la majorité des établissements, presque 100% des supports pédagogiques sont désormais accessibles en ligne. «Nous avons lutté pour l’introduction du e-learning pendant des années, mais la percée de ce mode d’apprentissage est restée très timide. Du jour au lendemain, tout a changé! Je tiens d’ailleurs à remercier tous les enseignants qui se sont entièrement investis», témoigne Omar Saddiqi, doyen de la faculté des sciences Aïn Chock de Casablanca. Même son de cloche du côté  de la faculté de droit Aïn Chock. «Une réelle dynamique a été enclenchée tout d’un coup, alors que cela fait dix ans que nous parlons du e-learning, sans pouvoir y avancer», confirme Abdellatif Komat, doyen.

Cela dit, si du point de vue technique et technologique tous les moyens possibles ont été mobilisés, qu’en est-il de la qualité? Le digital peut-il transformer l’enseignement offert par un simple coup de baguette magique? Si dans les établissements payant ou à accès sélectif les effectifs réduits permettent de garantir des échanges interactifs avec un suivi rapproché, il n’en est pas de même dans les facultés à accès ouvert, comme celles de droit, de sciences ou de lettres.

«Nous sommes dans un enseignement de masse. Difficile donc de prétendre à une qualité parfaite ou à une interactivité avec les étudiants, même en temps normal. Quand vous avez 500 ou 700 étudiants dans un amphi, cela est quasi impossible», relève Komat.

«Dans mon cours, je chapeaute plus de 1.200 étudiants. Je partage avec eux des supports et des vidéos. J’ai fait l’expérience de leur demander un travail à rendre. Moins de 90 ont répondu!» s’inquiète un enseignant de 2e année de licence fondamentale en économie. A peine 7% des étudiants ont donc interagi avec leur professeur. «J’ai bien l’impression que la majorité se considère en vacances», ajoute-t-il.

Dans les facultés publiques, sans sélection à l’entrée, les étudiants sont souvent désorientés, notamment en première année de licence fondamentale. Les effectifs pléthoriques n’arrangent pas les choses. Avec ou sans e-learning, le taux d’engagement est plutôt faible.

D’ailleurs, selon les chiffres officiels, sur une promotion qui rentre en première année de licence, plus de 47% décroche sans obtenir aucun diplôme. «Nous constatons effectivement que pas mal d’étudiants ne cherchent pas forcément à télécharger les cours. Ce n’est pas la faute de la faculté, ni de l’université ou du ministère. Il s’agit d’un manque de responsabilité de certains étudiants», souligne Saddiqi.

«Cette situation ne me surprend pas vraiment, car même en temps normal, surtout en 1re année, nous avons toujours un taux d’absentéisme très élevé. Même l’examen, 20 à 25% ne s’y présentent pas», ajoute-t-il.  L’impossibilité de disposer d’une connexion internet ou d’un ordinateur ne saurait justifier tous les cas d’étudiants aux abonnés absents, selon les doyens. Pour cette catégorie de jeunes défavorisés, des rattrapages sont d’ailleurs prévus à la reprise.

Le e-learning pourrait, pourtant, permettre de faciliter la tâche des étudiants et enseignants dans les filières en sureffectif. Avec des ressources pédagogiques en ligne (PDF, audio, PPT, vidéos…), les étudiants peuvent consulter les supports de cours à volonté, et adresser des questions à leurs professeurs plus facilement. Néanmoins, un investissement personnel est nécessaire. Dans son projet pour le bachelor, le ministère entend encourager «l’effort personnel» de l’étudiant, qui comptera dans sa notation.

Des diplômes à distance?

Obtenir un diplôme à distance n’est pour l’heure pas possible au Maroc, puisque la législation ne le prévoit tout simplement pas. «Même les examens doivent absolument être en présentiel, selon le cahier de normes pédagogiques de 2014», précise le doyen de la faculté de droit Aïn Chock. «Le nouveau cahier des charges en préparation pour le bachelor relève la possibilité d’un examen en partie à distance en année terminale», poursuit-il. Après cette crise, le Maroc franchira-t-il enfin, à l’instar d’autres pays, l’étape du diplôme entièrement réalisé à distance?

                                                                          

Profs: Besoin urgent d’une mise à niveau

Dans les facultés à accès ouvert, il existe généralement trois catégories de professeurs: d’abord, ceux ne maîtrisant pas vraiment les outils technologiques et se contentant de partager des PDF ou documents Word avec leurs étudiants.

Au besoin, ils se prêtent volontiers à des enregistrements vidéo, mis sur le site de l’établissement. Mais au final, ils reproduisent le schéma des cours magistraux classiques. Puis, ceux avec un niveau intermédiaire, concevant des fichiers Power Point commentés par des audios.

Enfin, les initiés, parfaitement à l’aise avec la technologie, qui peuvent aussi organiser des visioconférences, ouvrir une chaîne YouTube, créer des classes virtuelles… Et ils sont loin d’être majoritaires. «Dans notre faculté, un tiers des enseignants est performant dans le domaine. Nous devons capitaliser sur l’engouement actuel en complétant par des formations, mais également par un meilleur équipement en technologies. Après la crise, ce sera pour nous un axe prioritaire. Nous pouvons, par exemple, imaginer un enseignement hybride», s’enthousiasme Abdellatif Komat. Dans la faculté des sciences Aïn Chock aussi, les trois profils de profs coexistent.

«Ce n’est pas évident en sciences de se contenter d’un PDF alors qu’il faudrait des démonstrations, des TD… Toutefois, nous faisons tout pour que 100% des cours arrivent aux étudiants. Chaque semaine nous établissons un bilan que nous envoyons à la présidence de l’université, qui suit de près l’évolution de la situation», confie Omar Saddiqi. Pour mieux accompagner cette mutation, des formations continues en usage des nouvelles technologies dans l’enseignement s’imposent.

Ahlam NAZIH

 

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