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Régions

Les oubliés de Jamâa El Fna

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5741 Le 15/04/2020 | Partager
350 artistes de rue, véritables acteurs de la place, livrés à eux-mêmes
Vulnérables en temps normal, ils le sont davantage pendant le confinement
Communes, professionnels du tourisme, bienfaiteurs… indiffé­rents à leur sort
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Ne vous y fiez pas. Ce n’est pas un homme, mais elle a dû se travestir en homme pour survivre dans un monde rude et peu avenant que celui des artistes de rue. Elle, c’est Mariam Amal, présidente de l’association des artistes de la Halqa et qui vit de et dans Jamâa El Fna depuis 42 ans. Elle a gagné le respect de ses pairs qui reconnaissent sa sagesse et son dévouement. Ce petit bout de femme, usée par des années de dur labeur, se bat comme elle peut pour une reconnaissance des artistes de la place (Ph AM)

Jamâa el Fna n’a jamais été aussi triste et silencieuse. Cette place mythique n’est plus rien sans ses ar­tistes, qui en ont fait un véritable lieu d’attraction, de jour comme de nuit.

Ceux qui avec leurs histoires nous ont fait rire ou rêver, les musiciens qui égrènent des chansons gnawi et po­pulaires, les acrobates agiles, les cra­cheurs de feu, les tatoueuses au henné, les dresseurs de singes, charmeurs de serpents, et diseuses de bonne aven­ture, …. Ces artistes qui ont préservé et continué à transmettre ce patrimoine, sans aucun filet social et aux dépens de leur santé.

Ce sont aussi, eux, les acteurs du tourisme qui ont contribué à la réputation de la cité ocre. Aux portes des souks, la place est une des principales attractions traditionnelles et historiques du tourisme au Maroc. Elle est animée d’une importante vie popu­laire du matin jusqu’à l’aube.

Plus de deux millions de visiteurs y viennent chaque année pour assister aux shows des artistes de Jamâa El Fna. Une place mythique qui figure dans toutes les brochures… N’est-ce pas grâce à ces acteurs que Jamâa El Fna a obtenu son classement à l’Unesco en tant que patrimoine immatériel? Et là encore, sans les efforts inlassables de feu Juan Goytisolo, chantre de la gloire de la Place et de ses artistes, ce classement n’aurait jamais été obtenu.

D’ailleurs à la fin de sa vie, Goytisolo, qui vivait pas très loin de la halqa, était révolté par les profiteurs et les indifférents à ce patrimoine. Quelques rares excep­tions cependant, les amis de Juan Goy­tisolo, et à leur tête le Dr Jamal Eddine Ahmadi, qui continuent d’organiser pour les gens de la halqa une caravane médicale chaque année.

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La place est aujourd’hui déserte pour des raisons sanitaires, mais ses gens sont oubliés par le système (Ph. Mokhtari)

Mais ni l’Unesco, ni les touristes ne savent que ces acteurs vivent dans un dénuement total qui soulève à terme la question du devenir de ce patrimoine. Et cette crise du Covid-19 et le confi­nement qui a suivi dénude encore plus leur précarité.

Meriem, Abdelkader, Jilali….et les 350 autres hlayqias de Jamâa El Fna ont été priés de regagner leurs pénates, ce fameux 18 mars, Covid-19 oblige. Et depuis, personne ne s’est soucié de leur sort. Ni les communes, ni les professionnels du tourisme, ni les bien­faiteurs.

Du jour au lendemain, ils se sont retrouvés sans travail -même si ce dernier était déjà très précaire-, sans argent pour manger, oubliés du monde. Et si ce n’était la crainte d’un contrôle, ils seraient sortis faire la manche, regrette Meriem Amal, présidente de l’Association des artistes de la halqa de la place de Jamâa El-fna. Ce petit bout de femme qui se lève au nom de sa grande famille d’artistes fulmine.

«Comment expliquez vous qu’aucun responsable touristique ou communal n’ait cherché à se rapprocher de nous, à nous demander si nous avions besoin de quelque chose? Pourquoi les cafés, restaurants et hôtels qui profitent de la place n’ont jamais pensé à créer un fonds avec une participation de 1 DH pour chaque touriste qu’ils ramènent à la place. Nous ne serions alors pas dans une telle situation et nous aurions pu nous en sortir en cette période de confi­nement. Nous sommes bien des par­tenaires, non?», s’exclame Amal qui connaît la situation sociale de chaque artiste.

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Jamâa El Fna, l’une des places les plus célèbres au monde, recevait chaque année plus de 2 millions de visiteurs. Les autorités concernées auraient pu, ou dû, créer un fonds pour ces artistes qui contribuent à animer cette légendaire place. Leurs histoires, leurs danses, leur folklore, leurs bonimenteries ou leurs remèdes maison… Ils sont les seuls à aborder la délicate mission de perpétuer le patrimoine immatériel, devra-t-il mourir avec eux? (Ph. maroc.com)

«Moi, je m’en sors avec de l’aide de mes voisins, mais Abdelkader le clown, les gnawis non», regrette-t-elle. Meriem travaille à Jamâa El Fna depuis l’âge de 9 ans. Elle a intégré un groupe masculin de musique qui reprend les chansons de Jil Jilala et Nass El Ghiwan. 30 ans plus tard, elle dirige le groupe. Elle s’est traves­tie en homme pour survivre dans ce monde très difficile des artistes de rue.

Aujourd’hui très connue de la place avec ses tenues masculines, sa dégaine, son bagout et surtout sa sagesse, elle préside l’association des artistes de la halqa de la place de Jamâa El Fna.

«Nous avons frappé à toutes les portes pour que notre profession soit soutenue et que nos artistes aient le minimum syndical, une couverture sociale, une retraite…en vain ». Quelques uns par­mi les 350 artistes ont une carte de Ra­med et vont bénéficier de l’aide, mais le reste, devra attendre une deuxième vague de charité.

De notre correspondante permanente, Badra BERRISSOULE

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