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Economie

Textile-Habillement: L’après-covid se joue maintenant

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5733 Le 03/04/2020 | Partager
Il faudrait des mesures secto­rielles ciblées pour l’ensemble de la profession
La crise ne doit pas faire oublier la menace turque
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Pour Mohammed Boubouh, président de l’Amith, le secteur du textile et de l’habillement a besoin de mesures fortes pour pouvoir conserver les postes d’emploi et redémarrer (Ph. Adam)

Pour Mohammed Boubouh, pré­sident de l’Amith, le secteur fait face à une crise sans précédent. Pour y faire face, il faudrait des mesures à la taille du défi allant au delà de ce qui a été proposé jusqu’à maintenant, pour sauver le secteur et pour lui permettre de regagner la place dont il jouissait auparavant. La Chine, éternel rival commercial commence déjà à mouvoir ses pions, il s’agira pour le Maroc de se doter des moyens nécessaires pour redémarrer au mieux.

- L’Economiste: Quel est l’impact de la crise actuelle sur le secteur textile-habillement au Maroc?
- Mohammed Boubouh:
Le Maroc est touché directement par une crise sans précédent qui impacte profondément le secteur textile et habillement. Du jour au lendemain, les opérateurs ont commen­cé à recevoir des annulations de com­mandes. Les instructions de nos clients étaient claires : Arrêtez de couper du tissu. Les usines se sont retrouvées dès le 14 mars avec une visibilité de moins d’une semaine. A l’heure actuelle, plus de 90% des sociétés du secteur sont à l’arrêt total, soit environ 170.000 emplois tou­chés. Nous prédisons même que plusieurs sociétés ne pourront pas rouvrir après la crise. Certains opérateurs ont pris beau­coup de risques avec des marques non couvertes par une assurance. Malheureu­sement, nous ne disposons pas au Maroc de mécanisme d’assurance-crédit qui ac­compagne les entreprises avec un partena­riat win-win. Si jamais un client présente des difficultés financières, nous sommes livrés à notre propre sort. Les opérateurs se retrouvent avec un grand stock de tis­su inutilisable. Il s’agit de tissu pour la saison printemps-été, malheureusement, lorsqu’on redémarrera, nous serons dans la phase de préparation de la saison au­tomne-hiver. Tout ce stock ne servira à rien. Et comme la mode change d’une année à l’autre, nous ne pourrons même pas le réutiliser l’année prochaine. Pour plusieurs sociétés, ce stock de tissu inutile risque de peser lourdement sur leur tréso­rerie compromettant même leur survie.

- Quel a été le message des don­neurs d’ordre?
- Les donneurs d’ordre eux-mêmes se retrouvent dans une situation très délicate avec la fermeture de leurs magasins et l’arrêt de leur activité. Nous sommes en contact avec eux pour trouver des solu­tions aux annulations de commandes, aux retards de paiements, etc. L’ensemble de la chaîne manque de visibilité. Per­sonne ne sait quand les confinements seront levés pour espérer une reprise de la consommation et donc une reprise de nos activités.

- De quoi aura besoin le secteur pour pouvoir redémarrer après le confinement?
- Une fois le confinement terminé, la première chose à faire est de penser aux entreprises. Les mesures prises par le GPBM (grâce à l’intervention de la CGEM) constituent un bon départ mais elles doivent être renforcées pour notre secteur.Ce que nous attendons ce sont des mesures bancaires mieux adaptées pour les industriels du textile et qui puissent répondre à l’ensemble des acteurs. Nous avons besoin d’un mécanisme qui puisse déclencher une réouverture solide à la hauteur de l’importance du secteur textile-habillement qui est le premier employeur du pays et le deuxième en matière de rapa­triement de devises, dont le Maroc a grand besoin.

- Avez-vous commencé à préparer l’après-crise?
- Effectivement, nous avons à l’Amith une cellule qui s’attelle déjà à l’après-crise. Nous sommes conscients qu’il faut réflé­chir au futur et non seulement à la crise actuelle. Nous sommes en train de préparer une liste d’éléments à mettre en place dont des mesures de soutien, aussi bien de la part des pouvoirs publics que des banques. Nous pensons aussi mettre le paquet en matière de promotion, en particulier à tra­vers le salon Maroc in Mode pour lequel nous envisageons cette année une plus forte mobilisation. Nous avons besoin de mettre en valeur notre savoir-faire d’autant plus que nous sommes à un moment très critique pour le secteur.

- Ne craignez-vous pas le réveil du géant chinois?
- En effet, ce pays a déjà démarré et c’est un géant. Certains donneurs d’ordre européens s’y sont adressés pour sauver la saison automne-hiver, et pas mal de com­mandes ont déjà été placées. Mais le Maroc a développé de solides atouts et nous nous positionnons aujourd’hui comme une alter­native compétitive pour nos clients euro­péens. Avec la fin du confinement et l’appui de l’Etat et des banques, nous devrions être en mesure de reprendre nos parts de marché. Nous sommes en train de communiquer avec nos donneurs d’ordre, nous leur avons fait passer le message que le Maroc sortira de cette crise bientôt et que les sociétés marocaines seront rapidement en ordre de service. Notre secteur est prêt pour redémar­rer très rapidement.

- Et pour la Turquie?
- La crise du coronavirus a déplacé le sujet de l’accord de libre-échange avec la Turquie au 2e plan. Si jamais on veut vrai­ment faire face à cette invasion turque dans le secteur, il faut non seulement remettre en cause cet accord mais aussi faire beaucoup de notre part. Pour y arriver il faut que les opérateurs marocains soient à armes égales avec les turcs qui profitent de mécanismes de soutien puissants. Il faut absolument que les pouvoirs publics se sensibilisent (nous leur avons préparé un dossier solide), le secteur a besoin d’aides ciblées pour qu’il puisse s’orienter vers le marché local. Il faut aussi encourager les entreprises de l’infor­mel à franchir le pas vers le formel. C’est dans l’intérêt mutuel de l’Etat et des entre­prises car aucune industrie textile-habille­ment ne peut être solide si elle ne se base pas sur un marché local formel et solide.

La crise des retailers

Les retailers européens sont eux aussi touchés. Comme le précise le président de l’Amith, Mohammed Boubouh, la fermeture de leurs bou­tiques les a impactés fortement. Le digital peut être une alternative, mais les études ont montré que dans le monde de l’habillement, la préférence va vers l’omnicanal et que la boutique physique continue d’avoir de beaux jours devant elle. L’un des plus importants réseaux en Europe, Inditex a annoncé la préparation d’un plan de suspension temporaire d’emploi pouvant affecter près de 37.000 employés, même s’il se dit prêt à assurer le retour des emplois à la normalité après la crise. D’autres retailers de moindre taille risquent de ne pas avoir la même chance et d’être obligés de mettre la clé sous le paillasson.

Propos recueillis par Ali ABJIOU

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