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Economie

Covid-19: «L’Afrique doit se préparer au pire»

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5732 Le 02/04/2020 | Partager
Les pays du continent risquent d’être dépassés par les enjeux de cette pandémie
L’impact économique se fait déjà sentir, selon une étude du Policy center
La désinformation, «facteur déterminant de l’issue de la crise»

Si les systèmes de santé en Europe se trouvent submergés à cause de la capa­cité d’accueil limitée, une telle propaga­tion du Coronavirus dans des pays afri­cains serait difficile, voire impossible à gérer. C’est l’une des principales conclu­sions d’une récente étude du Policy center for the new south, sur la gestion de cette pandémie sur le continent. L’OMS a aler­té les pays africains, les invitant à se pré­parer au pire, selon cette étude. D’autant que la distanciation sociale «serait diffi­cile à gérer dans des pays où les bidon­villes abritent des millions de personnes».

Confinement, seule option pour l’Afrique

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(Ph. AFP)

Certes, des pays du continent ont développé une expertise dans la ges­tion des pandémies, notamment avec la récente crise sanitaire d’Ebola. Mais avec cette nouvelle épidémie, les gouverne­ments africains risquent d’être rapidement dépassés. C’est ce qui explique, en partie, la sévérité des mesures mises en place à l’annonce de quelques cas seulement par une grande majorité des pays, soulignent les rédacteurs de cette étude. Surtout que «les dépenses publiques africaines dans le secteur de la santé font partie des plus bas au monde, avec une capacité d’accueil limitée, un personnel et des équipements insuffisants». D’autant que les pays parte­naires, qui avaient l’habitude de venir en aide à ces Etats, «sont aujourd’hui affairés à contenir la pandémie dans leurs propres pays». Dans ce contexte, «le confinement reste donc la meilleure, si ce n’est la seule option pour l’Afrique», selon ce document. Sur ce point, l’étude du Policy center appelle les gouvernements africains à tirer les leçons de la gestion de la crise d’Ebola. Dans ce genre de situations, «la désinformation peut s’avérer être un facteur déterminant de l’issue de la crise». Par exemple, au Libéria, où la population a pendant longtemps considéré que l’épidémie était un canular, le gouvernement a eu beaucoup de difficultés à diffuser des messages de santé publique. D’où l’importance de déployer certains mécanismes favorisant une plus grande prise de conscience. Par exemple, «dans plusieurs pays africains, la religion et les coutumes sont prises au sérieux, et les leaders religieux jouissent d’une grande influence sur les populations». Dans le cadre de la gestion de la pandémie du Coronavirus, «les gouverne­ments africains auront intérêt à recourir à ces canaux de communication».

                                                                               

Chute de la demande extérieure, des cours des matières premières…

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(Ph. AFP)

Au niveau économique, l’Afrique n’échappera pas aux retombées négatives de cette crise sanitaire. «Les économies africaines ont déjà commencé à ressentir un ralentissement». Selon la commission éco­nomique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), ces Etats devraient se préparer à voir leur croissance divisée par 2.

Les principaux risques auxquels font face les pays du conti­nent sont liés, d’une part, à la diminution de la demande chinoise, principal partenaire commercial, mais également de l’Europe. S’y ajoute la chute brutale des cours des matières premières, notamment le prix du baril de pétrole.

Parallèlement, «la lutte contre le virus nécessite d’augmenter les dépenses dans les secteurs les plus impactés, notamment en injectant de l’argent dans les PME, et au profit des ménages et des tra­vailleurs du secteur informel».

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(Ph. AFP)

Cette démarche, couplée à une baisse de revenus, devrait en­traîner une accumulation du déficit, qui pourrait se solder par une dette insoutenable pour certains de ces pays.

Parallèlement, les effets seront également ressentis sur le court terme, dans la mesure où le confinement adopté par plusieurs partenaires des pays africains rendra plus compliqué l’accès aux chaînes d’approvisionnement mon­diales.

Résultat: la forte demande, couplée à une offre en baisse, pourrait impacter les prix des produits et leur disponibilité pour les petits commerçants et entreprises africaines.

                                                                               

La riposte risque de se faire au détriment
d’autres maladies

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(Ph. AFP)

Si les pays africains se­raient peut-être en mesure de prévenir une large propaga­tion du virus, il leur serait, par contre, difficile d’y répondre convenablement si celui-ci venait à se multiplier. D’autant que les moyens limités du sec­teur de santé ne pourraient favo­riser une réponse adéquate aux enjeux que pose cette pandé­mie. D’ailleurs, la crise d’Ebola a laissé des traces indélébiles, selon l’étude du Policy center. «Après des années de lutte, au détriment d’autres maladies répandues au niveau du continent, les systèmes de santé nationaux se sont écroulés. Avec la diminution des tests du VIH de près de la moitié et de la vaccination, plusieurs épidémies, certes moins graves, ont vu le jour», fait-on savoir.

                                                                               

Les jeux de pouvoir exacerbés

Au-Delà des aspects sanitaires et économiques, la crise du Covid-19 aura éga­lement des impacts politiques au niveau de plusieurs pays du continent. En Afrique, «où la situation politique de certains Etats est tendue, une crise sanitaire de cette ampleur et la gestion qui en sera faite par les décideurs pourra reconfigurer leur rela­tion avec la population», selon cette étude. Ses rédacteurs mettent en garde également contre certains dérapages. Par exemple, dans de nombreux Etats où la situation est déjà tendue à cause de l’approche des élections, les dirigeants pourraient profiter du confinement pour interdire toutes les manifestations de l’opposition. Dans plusieurs pays, cette crise sanitaire risque d’exacerber les jeux de pouvoir en cours. Par exemple, en Algérie, «alors que les manifestants du Hirak renaissaient de leurs cendres, le pays a décidé d’interdire les rassemblements».

M.A.M.

 

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