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Economie

Covid-19: Il faudra attendre plusieurs mois pour un vaccin sûr

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5730 Le 31/03/2020 | Partager
«Nous devons nous préparer aux pandémies avant qu’elles ne se déclarent»
Confinement: C’est parti pour durer!
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s«Les gouvernements dépensent des fortunes pour créer des organisations militaires, en prévision d’un danger hypothétique. Avec 1 à 5% du budget militaire de chaque pays, nous pourrions créer une infrastructure énorme pouvant contrer ces pathogènes qui arriveront un jour ou l’autre», pense Moncef Slaoui. Docteur en immunologie, il est aussi l’ancien président des branches R&D et vaccins du géant pharmaceutique GSK. Il est directement impliqué dans la découverte de plusieurs vaccins (paludisme, rotavirus, col de l’utérus, pneumocoques, malaria…). Actuellement, il préside, entre autres, le comité R&D de Moderna, une compagnie américaine cotée au NASDAQ, spécialisée en biotechnologies. C’est la seule à ce jour à avoir entamé des essais cliniques pour un vaccin contre le Covid-19 (Ph.F.Alnasser)

Le monde n’a pas vu venir le coro­navirus. Pourtant, les menaces virolo­giques nous guettent depuis toujours. Parmi les scientifiques, d’aucuns savent qu’il y en aura encore et encore. Ce qu’ils ne peuvent prédire, c’est la forme que les nouveaux virus pren­dront, et le timing de leur apparition. La principale leçon du Covid-19, c’est que l’humanité n’est pas prête pour gérer des pandémies. Pour Moncef Slaoui, plus question de perdre du temps. Nous devons nous préparer aux futures menaces avant qu’elles ne se déclarent, en investissant suffisamment de budgets dans des infrastructures hospitalières et pharmaceutiques. C’est le combat à mener. «Malheureusement, souvent, dès que la crise passe, les gens regardent ailleurs», regrette-t-il.

- L’Economiste: Il existe déjà deux versions du coronavirus ayant engen­dré des pandémies. N’a-t-on pas vu venir une nouvelle?
- Moncef Slaoui:
Le Coronavirus est une grande famille de virus très différents les uns des autres, avec une composition structurelle très distincte et imprévisible. Ils peuvent changer énormément. Le SARS et le MERS sont effectivement ap­parus avant, et ils étaient annonciateurs de nouvelles versions. Mais impossible de prédire laquelle ni à quoi elle va ressem­bler. En 2016, quand j’étais encore à GSK, nous venions de sortir des crises Ebola et Zika. Ce que nous avions remarqué, c’est qu’à chaque fois qu’une pandémie se dé­clare, le monde se mobilise pour essayer de concevoir un vaccin ou un traitement. Cependant, en général nous arrivons trop tard, après avoir encaissé des dégâts, ou après que le virus soit reparti.

- D’où votre proposition de préparer des vaccins avant d’en avoir besoin?
- Nous avions, en effet, proposé de mettre au point des technologies plate­formes permettant de préparer 90% de ce qu’il faut pour réaliser un vaccin. Un co­ronavirus, par exemple, nous ne pouvons prévoir exactement à quoi il peut ressem­bler. Néanmoins, nous disposerons déjà de 90% de la solution, de manière à ce que quand le virus se déclare, nous puis­sions designer un vaccin spécifique très rapidement. En parallèle, nous devons développer l’infrastructure industrielle nécessaire pour en produire des millions, si ce n’est des milliards de doses. C’est notre problème aujourd’hui avec le vac­cin du coronavirus qui est à l’étude. Une structure de recherche peut en produire quelques dizaines de milliers, ou même un ou deux millions de doses, mais pas 100 millions ou un milliard. Il faudrait une infrastructure industrielle énorme. Celles qui existent sont en général déjà utilisées pour des vaccins (pédiatriques ou autres) qui nous sauvent la vie tous les jours. Nous sommes dans une situation même quand nous aurons un vaccin, et je suis convaincu que nous l’obtiendrons dans les quelques mois qui viennent, nous ne pourrons le produire assez vite, ni en assez grande quantité. Notre idée en 2016-2017 était de dire: créons une entité, que nous avions appelée Biopre­pardness Organisation (BPO), mettons y des talents capables de découvrir des vaccins très vite, et construisons une unité industrielle associée, pouvant être utilisée pour produire des millions de doses, dès qu’une pandémie se déclare.

- Cette entité serait-elle financée par des Etats?
- Nous avions déjà un site scientifique à même de mobiliser près de 1.000 cher­cheurs, avec une infrastructure indus­trielle d’une boîte de biotechnologies que nous avions achetée. Nous étions prêts à mettre ce site à disposition, et nous avions essayé d’y associer le gouverne­ment américain pour y miser des fonds, ainsi que plusieurs organisations, comme Gates Foundation ou le Wellcome Trust. Malheureusement, une fois que le risque s’estompe, tout le monde regarde ailleurs.
- Généralement, développer un vac­cin prend des années. Peut-on en élabo­rer un en quelques mois?
- Je suis dans le board d’une compa­gnie américaine, Moderna, qui possède une plateforme technologique pointue. J’en préside le comité R&D. Je fais aussi partie d’un comité spécifique créé par la compagnie avec des experts mondiaux, pour la conseiller sur les orientations à prendre. Entre le 13 janvier, date de réception de la séquence de l’ADN du virus, et le 25 mars, Moderna a pu desi­gner un vaccin et le produire de manière à ce qu’il puisse être injecté chez l’Homme. Les essais cliniques ont commencé le 25  mars. Nous nous assurerons de son effi­cacité dans les mois qui viennent. Pro­bablement, d’ici à la fin de l’année nous saurons qu’il marche et nous pourrons le produire. Malheureusement, comme je le disais plus tôt, nous ne pourrons en fabri­quer des centaines de millions de doses. Cela dit, nous en aurons au moins un. D’autres projets de vaccin sont en cours, mais personne n’a encore entamé les tests cliniques.

- En attendant, il n’existe pas d’autre solution que la prévention?
- Il n’y en a pas d’autre. Le seul moyen d’éviter l’infection est la séparation so­ciale, en plus d’une hygiène stricte. Ce qui est difficile à accomplir dans les villes où les gens sont les uns sur les autres...

- La durée de confinement, devrait-elle alors s’étaler sur plusieurs mois le temps de trouver un remède?
- En fait, il existe deux approches. La première, serait de confiner les popu­lations pendant plusieurs semaines, de manière à ce que le nombre d’infections reste raisonnable. Puis les relâcher pour faire circuler le virus. L’idée est de vacci­ner naturellement en l’absence d’un vac­cin industriel, en s’assurant d’une trans­mission lente du virus, pour éviter un rush des patients dans les hôpitaux, car c’est cela le véritable problème. Quand vous regardez le taux de mortalité induit par ce virus, il est d’un malade sur mille. C’est énorme, en même temps, ce n’est pas le monde entier. Les données actuelles suggèrent, par ailleurs, qu’il s’agit de per­sonnes âgées souffrant déjà de maladies chroniques sous-jacentes. Nous connais­sons donc plus ou moins la catégorie à risque. Pour résumer, nous pourrions confiner les gens pendant 6 semaines, puis les relâcher 3 à 4 semaines, pour ensuite les confiner à nouveau, selon des cycles. Ou bien, garder la population sous confinement pendant 4 à 6 mois, pour permettre au virus d’en infecter 50% sur cette période, avec une vitesse pas trop rapide. Dans les deux cas, notre vie sera impactée pendant plusieurs mois.

- D’autres infections pourraient ap­paraître dans les prochains mois, ou prochaines années, comment peut-on s’y préparer?
- Il y aura malheureusement d’autres infections. C’est impossible de prévoir lesquelles, ni quand elles peuvent se ma­nifester, mais il y en aura d’autres. Les virus sont capables de muter tout le temps, et la proximité créée par la globalisation de l’économie et de la vie sociale est telle que de nouveaux pathogènes pourraient circuler rapidement parmi les popula­tions. Nous ne pouvons éviter cela. Ce que nous devons faire, c’est apprendre à réaliser des stocks de tous les produits et équipements vitaux, pour sauver les gens en situation de maladies aigües. Les gou­vernements dépensent des fortunes pour créer des organisations militaires en pré­vision d’un danger hypothétique. Avec 1 à 5% du budget militaire de chaque pays, nous pourrions créer une infrastructure énorme pouvant contrer ces pathogènes qui arriveront un jour ou l’autre, avec des structures hospitalières, des équipe­ments de protection… Une organisation comme le BPO pourrait mettre sur pied des vaccins et médicaments rapidement adaptables à la réalité d’un pathogène. J’espère qu’après cette terrible expérience de la pandémie du Covid-19, le monde entier comprendra finalement que ce risque n’est pas théorique. Il est réel, et des centaines de milliers de personnes sont menacées.

- C’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu…
- Et l’avenir de la vie sociale comme nous la connaissons. Le confinement est intenable. Le vrai risque est là. Ce qui est frustrant, c’est que plusieurs influenceurs n’ont cessé de lancer des alertes. En tant que scientifique, j’en ai parlé partout ici aux Etats-Unis, dans tous les sens. Quelqu’un comme Bill Gates, pouvant s’adresser au monde entier, en parle tout le temps, en rappelant que le vrai danger pour le monde ce ne sont pas des guerres. Ce sont des pathogènes pouvant tuer des dizaines de millions de personnes. Il a souvent utilisé la grippe comme exemple. Cette fois-ci, il faut absolument que ce soit pris au sérieux.

- Il faut que les leaders des grandes économies prennent à bras le corps ce sujet?
- Mais ces leaders sont élus par les peuples... C’est pour cela que tout le monde doit se mobiliser, pour tirer des leçons de cette crise et mobiliser des ressources financières, humaines et matérielles pour s’y préparer. Et si nous possédons 10.000 chars qui ne servent à rien, n’en gardons que 5.000, et créons 50.000 lits d’hôpital et des infrastruc­tures capables de réellement nous sauver la vie.

Un virus fabriqué en laboratoire?

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Nombreuses sont les personnes ac­quises aux théories du complot qui ont crié à la fabrication du Covid-19 dans un laboratoire. Pour les experts, ceci n’est pas plus que de la science fiction. «C’est complètement erroné, nous ne disposons d’au­cune capacité pour y procéder», confirme Moncef Slaoui. Selon l’expert international des vaccins, le nombre de mutations qu’un virus doit effectuer pour être infectieux et se transférer d’être humain à être humain est «ex­traordinaire». Il s’agit d’un processus stochastique, avec des milliards et des milliards de combinaisons possibles. L’une d’elles finit par arriver, mais c’est impossible de prédire s’il elle sera infectieuse pour l’homme. «Donc avancer que quelqu’un ait été capable de designer ce virus est scientifiquement non crédible», insiste Slaoui, qui croit savoir l’origine de la rumeur. Il s’agit d’un livre paru dans les années 80, The eyes of darkness (les yeux des ténèbres), dans lequel l’auteur, Dean Koontz, décrit un virus «fabriqué» à Wuhan en Chine. «C’est de la pure fiction. Objectivement, il n’existe aucune base pour imaginer que l’on ait pu fabriquer ce virus», tranche Slaoui.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

                                                                                 

Dépistage: Trois centres ne suffisent pas!

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Dès le déclenchement de la pan­démie, le ministère de la Santé a limité le nombre de laboratoires autorisés à effectuer les dépistages à trois: L’Institut Pasteur à Casablanca, l’Institut d’hygiène de Rabat, et le Laboratoire de l’hôpital d’instruction militaire Mohammed V de Rabat.

Alors que le nombre de malades et de contagions locales ne cesse d’augmen­ter, ne faudrait-il pas revoir cette limi­tation? Surtout que le taux de mortalité aussi progresse de manière inquiétante, témoignant peut-être d’une détection ou d’une prise en charge tardives. Par ail­leurs, des tests rapides ont été développés dans d’autres pays, et pourraient être plus facilement déployés.

«C’est une question très importante, et effectivement, il faut procéder à plus de dépistages. Tou­tefois, il est indis­pensable de disposer d’une stratégie claire en ce qui concerne ce que l’on fait des résultats, sinon nous pouvons aggraver la crise dans les hôpitaux», souligne Moncef Slaoui.

Pour lui, la priorité est d’identifier les personnes à risque, c'est-à-dire, les plus de 75 ans présen­tant des problèmes cardiovasculaires, du diabète, et autres maladies chroniques, nécessitant des prises en charge rapides. Il est ensuite impératif d’informer les personnes testées positives pour qu’elles puissent s’isoler.

«Je ne connais pas la réalité spécifique au Maroc, cependant, clairement, trois centres ne suffisent pas», précise le docteur en immunologie. «Il existe maintenant des tests permettant de pister la présence d’anticorps contre le virus et tracer les personne ayant guéri. Ces personnes qui ne sont plus à risque peuvent aider le système social à gar­der une quantité d’activité raisonnable», ajoute-t-il.

Durant une précédente sortie média­tique, le ministère n’a pas exclu la possi­bilité de décentraliser les dépistages. Le pas n’a pas encore été franchi.

                                                                                 

Chloroquine: Gare à la précipitation!

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Des pays, dont le Maroc, se sont empressés de constituer des stocks de chloroquine, qui se présente comme le seul espoir des malades du Covid-19. La démarche est-elle trop précipitée? «Je pense que c’est beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions sur l’efficacité de ce produit.

L’étude publiée en France est non concluante en termes d’impact. Il est possible que les résultats soient réels, comme il est possible qu’ils soient dus au hasard», relève Moncef Slaoui. «Ensuite, il semble qu’il y ait un impact sur la quan­tité de virus produite par les patients. Par contre, en termes de résultat final, sur la vingtaine de patients traités, un est décé­dé. Ce qui signifie que le taux de morta­lité est de 5%, soit un niveau comparable au taux de mortalité actuel de la maladie. Nous ne pouvons donc rien conclure», poursuit-il.

Pour l’immunologue, c’est une erreur de conclure à l’efficacité d’un médicament sans se donner le temps de le tester. Un médicament déjà utilisé par d’autres malades depuis des années (malaria, arthrite rhumatoïde, lupus…), et qui se retrouvent aujourd’hui face à une rupture de stock… C’est, par exemple, déjà le cas aux Etats-Unis.

«En parallèle, il a été démontré que les anticorps des patients guéris du Covid-19 peuvent être transférés à des malades pour les aider à battre le virus. Une soixantaine d’études cliniques sont, par ailleurs, en cours pour tester des remèdes. Dans quelques mois, nous aurons des traitements, et dans les semestres qui viennent, des vaccins, et nous pourrons gérer convenablement cette pandémie», rassure Slaoui. Il faudra donc attendre encore plusieurs mois pour obtenir des traitements correctement tes­tés, et donc plus sûrs.

 

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