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    Société

    Coronavirus: Comment vivez-vous le confinement?

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5727 Le 26/03/2020 | Partager

    Profiter du confinement obligatoire pour faire ce que nous n’avions jamais trouvé le temps de faire.  Se ressourcer, consacrer du temps à ses proches, se mettre au sport, s’adonner à ses passions, apprendre de nouvelles choses…  Les conseils sur Internet pullulent sur le meilleur moyen de s’occuper pendant cette période d’isolation, mais force est de constater que nous ne sommes pas tous égaux face aux conditions de confinement. Nous avons sollicité plusieurs personnes d’univers et de milieux différents de nous raconter leur confinement. Chacun le vit à sa manière, mais tous se disent inquiets pour l’avenir immédiat.

    ■ Soufiane. Doctorant
    - «Donner et recevoir»

    Je profite du confinement pour peaufiner mon projet de thèse. Avec cette situation j’y apporte beaucoup de soins. C’est aussi l’occasion pour moi de m’adonner à ma passion. Je suis des cours de photographie et de vidéo offerts par une réalisatrice canadienne  sur Internet et je m’exerce à améliorer  très sérieusement ma technique. Il y a quelque chose de très beau dans cette  nouvelle solidarité sans frontière. Je profite également du confinement pour rendre une partie de ce que je reçois et  je donne des cours de soutien scolaire en SVT  à des élèves bacheliers en  difficulté.  Finalement c’est presque un bien pour un mal, si ce n’est mon inquiétude sur le sort des personnes dont le confinement est beaucoup moins confortable que le mien, voire même impossible. Je pense sans cesse à toutes les personnes invisibles ou invisibilités dans notre société. Les petits métiers (marchands ambulants, les cireurs de chaussures, gardiens de voitures…). Je pense également aux migrants sans papiers. Je pense aussi aux femmes qui subissent des violences conjugales ou familiales et qui se retrouvent enfermées avec leurs bourreaux. J’espère que dans cet élan de solidarité naissant, on ne les oubliera pas.

    ■ M’hamed. Business unit manager
    - «Le confinement, ce n’est pas des vacances»

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    Mes journées de confinement sont très chargées et je travaille  beaucoup plus que d’habitude.  Nous avons la chance, dans notre agence, d’avoir essentiellement des clients dans la grande distribution, qui ne sont pas impactés par la crise.  L’expérience du télétravail est très intéressante, avec de bons mais aussi de mauvais côtés. On s’oublie très facilement dans le travail. Je commence mes journées à 9h du matin et je suis tout de suite opérationnel.
    J’économise le temps du trajet, celui du café avec les collègues et du bavardage inutile. Cependant, il y a aussi des inconvénients. Il y a l’information urgente que l’on peut demander à son voisin de bureau qui se transforme en réunion Skype ou en communication téléphonique. Il y a également quelques abus de la part des clients ou des prestataires, qui sous prétexte que vous êtes chez vous, peuvent vous solliciter à des heures improbables… Ce qui fait qu’on se retrouve très facilement avec des journées de travail de 14h. Si la situation pour moi est plutôt confortable, ce n’est pas le cas pour beaucoup de confrères. Particulièrement ceux travaillant dans l’évènementiel ou les indépendants. Pour la majorité d’entre eux c’est une cessation nette de toute activité et beaucoup de familles sont sinistrées.  Avec l’arrivée du Ramadan et de l’été, il est quasiment certain que la crise s’étalera bien au-delà de la durée du confinement, car c’est en cette période précise que se situe le pic de la saison. La situation est la même pour les producteurs de contenu audiovisuel qui ont vu toutes leurs commandes annulées. Je pense aux grands donneurs d’ordre qui, sans être particulièrement impactés par la crise actuelle, se rétractent et attendent  la fin de la tempête. Je pense également que pour ces entreprises, s’il y a une action citoyenne à faire, c’est celle de payer leurs prestataires, leurs fournisseurs et les travailleurs indépendants qu’ils emploient, au plus vite. Cela évitera, j’en suis sûr, beaucoup de drames dans des foyers.  

    ■ Morgane. Responsable de plaidoyer
    - «Se rapprocher de ses proches»

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    Au niveau professionnel, je travaillais déjà à distance avec mon équipe, j’ai donc déjà l’habitude de travailler de chez moi et ça ne fait pas une énorme différence sur le principe. Mais bien sûr, le contexte et l’ambiance font que la manière de le vivre est très différente.  Je travaille sur les questions d’accès à la santé donc je me penche de plus en plus sur le Covid de ce point de vue. Je voyage beaucoup avec mon travail et je n’ai pas l’habitude de rester plus de deux semaines chez moi, le confinement me «repose» et me fait remettre en question notre mode de fonctionnement professionnel et le coût économique et écologique de tous ces voyages. Au niveau personnel, je n’ai jamais autant parlé avec mes proches. Mes parents sont en France, mon principal stress est ma mère qui est infirmière et la plus exposée au quotidien. Mais on prend des nouvelles régulièrement les uns des autres. Pour le moment, j’ai l’impression d’être plus proche des gens que j’aime qui sont souvent physiquement loin de moi.
    Je trouve que le Maroc a été proactif dans sa réponse à l’épidémie mais la conséquence c’est que les choses peuvent être faites avant d’être pensées, réfléchies. Je suis inquiète pour les personnes dans la rue et la situation des personnes précaires, les commerçants, chauffeurs, etc. qui n’ont du jour au lendemain plus de revenus. Je suis aussi inquiète quand je vois les tanks militaires dans les rues, quand j’entends des gens fous de rage d’avoir vu des jeunes braver le confinement demander des mesures ultra répressives… mais pour certaines personnes le confinement est plus difficile que pour d’autres - pour les personnes qui vivent nombreuses dans de petits espaces, les bidonvilles … - et nous avons surtout besoin de beaucoup de sensibilisation. Et même s’il y a des têtes brûlées, je trouve les Casablancais-e-s discipliné-e-s depuis le début de la crise. J’espère que le Maroc va continuer à anticiper et faire des choix réfléchis sur les grandes questions.

    ■ Meriem. Créatrice auto-entrepreneuse
    - «Une crise annoncée»

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    Ce n’est pas le fait de rester à la maison qui me dérange, je suis une personne très casanière. D’autant plus que j’ai eu, l’année dernière,  un accident qui m’a immobilisée chez moi pendant plusieurs mois, j’ai de l’entraînement si je peux dire. En ce moment je fais ce que, j’imagine, font nombre de confinés. C’est-à-dire faire le tri dans mes affaires, je me lance des défis, je profite de l’occasion pour renouer avec la lecture, regarder des films que j’avais envie de voir depuis longtemps… et j’essaye de travailler. Car c’est là que le bât blesse. Je suis auto-entrepreneuse et je travaille avec des artisans. Inutile de vous dire que tout est à l’arrêt et que la situation est très tendue. Avec quelques-uns, j’arrive à travailler à distance, à envoyer mes croquis par WhatsApp et à discuter au téléphone. Mais pour la grande majorité d’entre eux,  ceux qui ne maîtrisent pas les réseaux sociaux,  une présence physique est obligatoire et impossible. Sans compter le fait que les matières premières sont indisponibles. Malheureusement, cette crise arrive à un moment crucial pour nous, au moment où nous devons préparer notre principale saison. Ramadan arrive directement à la fin de la période de confinement, et on aura rien produit,  ensuite c’est l’été. Nous ne verrons le bout du tunnel qu’à la rentrée prochaine. Cette situation aura des répercussions dramatiques pour un très grand nombre d’auto-entrepreneures comme moi, sans parler des artisans. C’est pour cette raison que notre collectif a envoyé une lettre au chef du gouvernement, lui demandant de prendre en considération notre situation et celles de nos familles. Entre-temps, j’essaie de rester positive et je me propose de donner des cours de gestion à distance, à un grand nombre de mes collègues artistans-créateurs, qui ne maîtrisent pas ce genre d’outils.

    ■ Mokhtar. Gardien de rue
    - «Que Dieu nous garde»

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    Je suis déjà confiné dans «ma rue». C’est mon lieu de travail. Je pense que notre présence est plus que jamais nécessaire, pour sécuriser les rues, en ces temps incertains. Nous faisons un travail d’utilité publique et les autorités doivent prendre ça en considération.  Je me dis qu’après tout,  n’arrivera que ce que Dieu voudra, mais je pense beaucoup à ma famille dans la région d’Errachidi a et me dis qu’elle est sûrement plus en sécurité là-bas. Ici les temps sont très durs, il n’y a plus de voitures de passage à garder. Heureusement que les riverains sont plus généreux avec moi que d’habitude. Certains me demandent de laver leurs voitures beaucoup plus souvent que nécessaire. J’ai appris que notre Roi, que Dieu l’assiste, a annoncé un fonds de soutien aux plus démunis. Je ne sais pas comment ça va se passer, mais même si les temps sont durs,  je  remercie le Souverain d’avoir  pris les mesures nécessaires pour contrer ce fléau et que Dieu nous vienne en aide.

    ■ Azzedine. Chef d’entreprise
    - «Apprendre et s’adapter»

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    La première leçon à retenir du confinement, c’est l’humilité face à cette crise et la réactivité. Nous avons, bien avant le confinement obligatoire, opté pour le télétravail. Aujourd’hui nous sommes en train de nous familiariser avec ce mode de fonctionnement qui nécessite une bonne dose d’auto-discipline. Apprendre qu’une réunion Skype n’est pas une séance de bavardage, apprendre que les horaires de travail sont les mêmes qu’au bureau, apprendre à ne pas se faire envahir par cette notion du temps qu’impose le confinement. Pour ce faire, je m’impose, personnellement d’abord et puis au reste de l’équipe,  un mode de fonctionnement très strict. Le même qu’en temps normal, avec des temps de travail, de pause, de travail en commun, de travail individuel, de débrief… Après quelques couacs de départ, je pense que nous avons réussi à créer un modèle qui fonctionne très bien. Pour le reste, j’essaye d’organiser mes journées et mes soirées de sorte à profiter au maximum de cette retraite en consacrant du temps à mes proches. Cependant, bien que les mesures prises par le Maroc soient exemplaires, je reste très inquiet sur la capacité de notre pays à faire face à une recrudescence des personnes touchées et des moyens sanitaires disponibles. Je crains également que la crise n’apporte un coup très dur à l’économie nationale et au business qui mettra de très longs mois, sinon des années à s’en remettre.

    Propos recueillis par Amine BOUSHABA

     

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