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Economie

Coronavirus: Gérer 8 millions d’élèves à distance, mode d’emploi

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5720 Le 17/03/2020 | Partager
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Quelque 8,2 millions d’élèves sont scolarisés dans le primaire et secondaire, dont près de 16% dans le privé. Ils sont chapeautés par plus de 263.300 enseignants (Ph. Jarfi)

Aux grandes crises, les grands moyens. Depuis hier, tous les établissements scolaires, centres de formation et universités ont fermé leurs portes à leurs élèves, stagiaires et étudiants, jusqu’à nouvel ordre. Au total, quelque 9,9 millions de jeunes sont concernés.

Le plus gros des effectifs se trouve à l’Education nationale, avec 8,2 millions d’élèves, obligés de rester chez eux pour une période indéterminée. Le ministère ne cesse de le rappeler, il ne s’agit pas de «vacances exceptionnelles». Les élèves doivent en principe continuer les cours à distance.

Mais concrètement, le système est-il prêt à gérer un effectif pareil en mode e-learning? Au regard des moyens dont on dispose, certainement pas. L’enseignement à distance reste encore embryonnaire, le degré d’équipement des écoles demeure faible, les enseignants ne sont pas suffisamment formés dans le domaine, et tous les élèves n’ont pas accès aux TIC. Néanmoins, il faut agir avec les moyens du bord.

Chaque établissement, à son niveau, peut trouver des solutions. La crise du coronavirus aura au moins le mérite de pousser, ministère et établissements, à envisager plus sérieusement l’option du e-learning, à investir plus massivement en nouvelles technologies et à repenser leur organisation.

■ Des cours de soutien en ligne, pour commencer
Durant ces deux semaines qui précèdent les vacances de fin mars, l’Education propose aux élèves des contenus sur son site de cours de soutien ( http://telmidTICE.men.gov.ma). Des enseignants  se succèdent depuis la fin de la semaine dernière au studio d’enregistrement du centre maroco-coréen de formation en TICE (TIC pour l’éducation) à Rabat, afin de préparer de nouvelles leçons destinées à enrichir la plateforme. En parallèle, des cours sont diffusés en live sur la chaîne culturelle Arrabia depuis hier, ainsi que sur son application «SNRTLIVE». La priorité est donnée aux élèves de 6e année primaire, 3e année collège et 1e et 2e année bac. L’initiative est bonne. Toutefois, les élèves ont tout de même besoin d’être orientés et suivis. Comment s’assurer qu’ils sont devant leur poste au moment des diffusions, ou qu’ils visionnent les contenus qui leur sont destinés? Le rôle des parents est dans ce cas décisif.         

■ Ecole publique: Des profs mobilisés pour rien?
Les écoles ne reçoivent plus d’élèves, mais elles restent ouvertes. Dans le public, les équipes administratives et les enseignants sont sommés de se rendre chaque jour à leurs établissements. Dans cette école primaire à Casablanca, les instituteurs se tournent les pouces. «Les enseignants doivent restés mobilisés à l’école pendant 8 heures par jour. Or, ils ne font pas grand-chose de leur temps. Même la communication avec les élèves et les parents est impossible. Nous n’avons même pas des numéros de téléphone actualisés où nous pouvons les joindre», regrette la directrice de l’établissement. Dans les quartiers défavorisés, beaucoup d’enfants n’ont accès ni à un ordinateur, ni à un smartphone connecté. Par ailleurs, les associations des parents ne sont souvent que peu engagées. Dans ce cas, pour une bonne partie des élèves, les deux prochaines semaines seront tout bonnement perdues.
Dans le privé, si certaines écoles se sont d’ores et déjà organisées pour continuer leurs programmes à distance, pour d’autres, c’est le silence radio. «Mes deux enfants sont dans deux écoles bien cotées à Casablanca, mais aucune n’a encore communiqué avec les parents», témoigne une maman.  

■ Les établissements misent sur les cours de rattrapage post-crise

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Pour certains directeurs d’écoles publiques et enseignants contactés par L’Economiste, même si les contenus à distance sont utiles, ce n’est que grâce à des cours de soutien en présentiel, après la crise, qu’il serait possible de rattraper le retard pris en bonne et due forme. Cette solution à l’ancienne est ce qu’il y a de plus efficace pour l’heure. Les profs sont rodés à cet exercice. L’an dernier, après leur série de grèves, les grévistes avaient dispensé des cours supplémentaires. Cela dit, l’horizon de cette crise du coronavirus est indéterminé…       

■ Des parents dans l'impasse
«J’ai une fillette de 5 ans et un garçon de 6 ans. Nous les avons laissés avec leur nounou, une femme de confiance, mais illettrée. Pour eux, l’école à la maison n’est pas possible», confie un parent. Comme lui, de nombreux couples actifs se trouvent dans une situation difficile. Certains n’ont même pas le luxe de disposer d’une nounou ou d’un proche pouvant garder leurs enfants. Encore une situation qui en appelle à une révision totale des modes de travail et d’organisation, et surtout, à la flexibilité des entreprises.   

■ Une école rurale, high tech, défie la crise à Tiznit

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Au douar Tizi Ounbed, dans la commune de Tnine Adady (province de Tiznit), une petite école rurale, «Al Massira Al Khadra», est déjà dans l’ère du e-learning. Et pour cause, ses profs s’investissent dans l’usage des nouvelles technologies dans l’enseignement depuis maintenant quelques années. Abdellah Wahbi, enseignant modèle (voir L’Economiste N°5609 du 8 octobre 2019), y a développé une classe high tech au milieu de nulle part. Les élèves ont accès à des tablettes, lunettes de réalité virtuelle, un Merge Cube, un tableau interactif… Le contact avec les parents est permanent. «Nous avons les numéros des parents, et nous les contactons toujours via Whatsapp. A travers cette application, nous envoyons des quizz, des capsules vidéo, des audios… Nous travaillons, également, avec les outils de Microsoft, et nous pouvons recevoir directement les réponses des élèves pour les corriger», explique Wahbi. Les capsules sont souvent de 5 minutes, «afin de ne pas épuiser les soldes des parents». Chacune contient des consignes pour 2 activités et 4 exercices. Les élèves peuvent mettre la vidéo sur pause, faire un brouillon et continuer. Ils envoient ensuite leur travail à leur enseignant qui, à son tour, leur transmet des photos des corrections. Le tout, avec l’assistance des parents. Le hic, est que les parents ne sont disponibles qu’en fin de journée, à leur retour à leur domicile. «Ils envoient généralement les réponses des élèves vers 20h30», précise Wahbi. Les cours peuvent ainsi continuer en e-learning. Toutefois, tout dépend du degré d’engagement des enseignants et de leur aisance avec l’outil technologique, ainsi que de l’implication des parents.

■ Dans la montagne, aucune solution!

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Dans les zones reculées, peu d’enfants ont accès à un ordinateur ou à un smartphone connecté. Pour eux, l’enseignement à distance n’est encore que science fiction. «Certains n’ont même pas l’électricité chez eux», relève le super prof du Rif, Hicham Elfaquih, affecté à une petite annexe dans les montagnes de la région d’Al Hoceïma. «Nous n’avons que deux classes à niveaux multiples avec peu d’élèves, entre 18 et 23. Je pense qu’il aurait été possible de continuer à les faire venir à l’école. Aujourd’hui, nous ne pouvons rien faire pour eux, si ce n’est des rattrapages après la reprise. Si la situation perdure, nous sommes prêts à nous mobiliser pendant un mois supplémentaire à la fin de l’année», pense-t-il. En attendant, le super prof continue à s’engager dans des actions sociales. Ces derniers jours, il participe à des campagnes de sensibilisation à la prévention contre le Coronavirus, ainsi qu’aux opérations de désinfection des lieux publics.        

■ Une «smart school» passe au 100% online

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Engagée depuis son démarrage dans le blended learning, London Academy Casablanca passe désormais au 100% online. Enseignants et personnel administratif du groupe scolaire travaillent tous, depuis hier lundi, à distance, à partir de leur domicile. «Nous avons commencé à préparer ce revirement la semaine dernière», confie son fondateur, Samir Benmakhlouf. Les cours du lycée ont été lancés lundi. Ce mardi, ce sera au tour du collège, et demain, celui du primaire. «Nous avons déjà l’habitude de travailler en ligne, et nous avons un contact très étroit avec les parents», souligne Benmakhlouf.
Pour communiquer avec ses élèves, London Academy utilise l’Office 365 de Microsoft: Outlook pour la messagerie, Teams pour les présentations en live et OneNote en guise de cahier virtuel pour les élèves. En termes de contenu, le groupe enregistre une partie de ses cours localement, et en achète d’autres à l’international. «Nos emplois du temps ont été revisités. Nous avons réaménagé le programme en excluant les activités physiques. Le nouveau planning a été transmis aux élèves. Même s’ils ne viennent pas à l’école, ils sont présents virtuellement. Si jamais ils ne sont pas connectés, nous appelons leurs parents», explique le responsable de l’école. London Academy prévoit un programme à distance pour la maternelle aussi, avec l’assistance des parents.
Même si la fermeture des écoles dure des mois, l’école pourra diplômer ses candidats au bac normalement, puisqu’elle dispose du baccalauréat américain accrédité en ligne. «Il existe des outils gratuits que l’école publique peut utiliser, à l’instar de Teams de Microsoft, ou encore du site khanacademy.org, qui offre des ressources pédagogiques libres en plusieurs langues», précise Samir Benmakhlouf. «Nous n’avons plus le choix, il faut passer au numérique. Cette crise est l’occasion pour nous de tout revoir, y compris en matière de télétravail, télémédecine, e-administration…», insiste-t-il.

Ahlam NAZIH   

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