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Economie

Peu de pluie et de neige, le Haouz menacé d’une pénurie d’eau

Par Hamza TASSOULI | Edition N°:5711 Le 04/03/2020 | Partager

Le Haouz accuse la plus faible plu­viométrie au niveau national, de faibles chutes de neige. Les retenues de Lalla Takarkoust et de Yakoub Mansour sur l’oued N’fis sont les plus médiocres de tous les barrages. Une pénurie d’eau menace plusieurs douars. En plus d’affecter la nappe phréatique, le dé­bit d’eau potable et les séguias, cette sécheresse a un effet collatéral sur une activité qui fait vivre des milliers de familles: le tourisme de montagne.

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Les barrages du Haouz connaissent un taux de remplissage le plus médiocre du Royaume (Ph. HT)

Sur les cimes du Haouz, à peine quelques plaques de neige résistent encore au soleil d’un printemps précoce. L’aman­dier, arbre fruitier bien présent dans cette région, est déjà en fleurs, ses pétales blan­châtres jonchent le sol partout où vous vous promenez: à Asni, Ouirgane, Imegdal, Imlil, Armed, Azaden, Tizi Oussem, Ourika… Les ruisseaux et les principaux fleuves sont quasiment à sec; quant aux deux principaux barrages du Haouz, Lalla Takarkoust et Ya­koub Mansour, ils sont à moins de 15% de leur capacité.

Ce dernier, sur l’oued N’fis longeant le territoire de la commune rurale de Ouirgane, fut conçu pour alimenter celui de Lalla Takarkoust (lequel alimente Mar­rakech en eau potable), sauf qu’en cette fin de février 2020, il s’est transformé en une misérable flaque d’eau. Il n’a plus rien à donner, ses vannes n’ont plus été ouvertes depuis plusieurs mois, et les quelques black-bass qui y nagent encore n’auront plus d’eau pour respirer.

«Il y a plusieurs années qu’on n’a pas vu ce lac dans cet état, mais nos puits ne sont pas à sec. Jusqu’à présent, nous avons espéré des chutes de neige et des pluies plus abondantes, hélas, le ciel n’a pas été aussi généreux. A Oui­rage, nous avons deux puits pour approvi­sionner les douars en eau potable, ce n’est pas suffisant; il nous en faudra un 3e, mais impossible de le réaliser pour l’instant faute de moyens, il nous faudra entre 60 à 70.000 DH pour le creuser et l’équiper», estime Mohamed, président d’une ONG de déve­loppement local dans la région.

Un seul souhait sur toutes les lèvres, un seul espoir dans le Haouz: des pluies et des neiges courant mois de mars pour compenser le déficit, autrement une pénurie d’eau est à craindre. De toutes les régions du Maroc, le Haouz est en effet celui qui ait le plus souffert d’une médiocre pluviométrie, et la météorologie nationale n’annonce aucune goutte de pluie pour les jours et semaines à venir. Si les puits et les sources d’eau des villages d’Azaden, Ouirgane, Imegdal, Ou­chfin, Tikhfist…, et d’autres encore dans cette région du Haut Atlas ne sont pas tout à fait asséchés et continuent à subvenir, tant bien que mal, aux besoins en eau potable de la population, tel n’est pas le cas dans d’autres zones de la même province.

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En février, pour étancher leur soif, des ménages allaient acheter l’eau en dehors de leur douar, à 80 dirhams la tonne (Ph. HT)

Rationnement de l’eau potable

On est à 30 kilomètres de Marrakech, au douar Boudbira (1.500 habitants) rele­vant de la commune rurale d’Ourika. Dans le siège de «l’association Tidoulka pour le développement», Lahcen Aboudrar, son président, met la dernière main à une correspondance destinée au président du conseil de la région de Marrakech-Safi.

 Objet: «demande de subvention pour le creusement d’un puits». La lettre attire l’attention du responsable sur la pénurie en eau potable qui menace les 600 familles peuplant douar Boudbira. Le manque de pluie et de neige affecte sérieusement la nappe phréatique de cette partie du Haouz, «les 4 puits déjà existants dans le douar s’avèrent incapables de couvrir le besoin en eau potable d’une population de plus en plus nombreuse», ajoute la lettre. L’asso­ciation qui gère la distribution de cette eau dans le douar est contrainte, en ce mois de février, à un rationnement pour dépanner tout le monde: une partie de la population est approvisionnée le matin, l’autre l’après-midi. Ce déficit en eau et ce rationnement pourraient être compréhensibles pendant la saison estivale, «il ne l’est pas pen­dant la saison hivernale», se plaint notre source. En février, pour étancher leur soif, des ménages allaient acheter de l’eau en dehors du douar «à 80 dirhams la tonne», s’alarme Aboudrar.

L’un des quatre puits déjà en fonction dans ce douar et ses 2 châ­teaux d’eau remontent à 2016, ils ont été financés par l’INDH et par la province; les trois autres (creusés entre 2002 et 2016), c’est l’association qui les a financés. A quoi bon un 5e puits si la nappe phréatique est pauvre en eau? «Le projet de ce nouveau puits, nous comptons le réaliser ailleurs, en dehors de la zone du douar, près de l’oued Ourika, là où le sous-sol est encore bien arrosé», répond notre interlocuteur.

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Entre Asni et Imlil, peu d’eau dans l’oued Ghighaya descendant des montagnes du Haut Atlas, il n’a plus de cours d'eau que le nom (Ph. HT)

Comme un malheur n’arrive jamais seul, un autre guette les 1.500 habitants du douar Boudbira: la pollution de ses seguias qui arrosent leurs cultures. Une simple promenade au travers des artères de ce douar, dont les maisons sont pourtant construites en dur, nous renseigne sur l’état de son réseau d’assainissement.

En plein milieu d’une route médiocrement asphaltée jaillissent ça et là du sous-sol des flaques d’eaux usées qui infestent l’air, et vont polluer les seguias à proximité. Ces der­nières se transforment en cours d’eau ma­récageuse, au grand dam de la population. «Y en a marre, nos cultures vivrières sont empoisonnées, on a beau nous plaindre au caïd et au président de la commune, ces fuites des eaux usées ne font que se multiplier», alerte Brahim, un habitant du douar.

Certains se font justice eux-mêmes: à l’aide du sable et de la pierre ils colmatent la brèche devant leurs maisons, mais les eaux usées trouvent toujours le moyen de rejaillir du sous-sol pour éjecter leurs sale­tés quelques mètres plus loin. La popula­tion du douar accuse la société mandatée pour la construction de ce réseau d’assai­nissement d’«irresponsable», de «tricheuse sur le matériel utilisé», pas plus de 2 ans après son édification en 2012, «le réseau commence à péter de toutes parts», accuse Aboudrar.

Tourisme de montagne en crise

Des pluies et des neiges particulièrement rares cet hiver 2020 dans cette province, en plus d’affecter la nappe phréatique, l’eau potable et les cultures vivrières, elles ont un effet collatéral sur une activité qui fait vivre des milliers de familles: le tourisme de montagne. On est à Imlil, à quelques encablures de Sidi Chemharouch sur la route du sommet Toubkal.

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Comme un malheur n’arrive jamais seul, un autre guette les 1.500 habitants du douar Boudbira: la pollution des seguias qui arrosent leurs cultures (Ph. HT)

Sur notre route entre Asni et Imlil, peu de trafic, peu d’eau: l’oued Ghighaya descendant des montagnes du Haut Atlas et coulant jusqu’à Marrakech, en traversant par Asni, Tahannaout, n’a plus d’un cours d’eau que le nom. Il est presque à sec. Quelques peupliers au bord de l’oued gardent pourtant leur verdure écla­tante, profitant d’un sous-sol encore riche en eau. Le nom d’Imlil est collé injustement à l’attentat du 24 décembre 2018 où deux touristes scandinaves ont trouvé la mort.

La population d’Imlil on en parle encore, mais avec du recul. Le sujet de prédilection en cette fin de février 2020 est le manque de pluies et de neige; le commerce du maté­riel de montagne (location et vente) en est sérieusement touché: bâtons et chaussures de montagne, tente canadienne, sac à dos… Aït Idal Lahcen, la soixantaine, en possède une boutique au beau milieu de la bourgade.

Avant ce commerce et avant d’ouvrir une maison d’hôte, «Gîte Panorama», il a fait ses premières armes comme guide de mon­tagne après une formation dans les Alpes et à Aït Bouguemez. «Le manque de pluie et de neige fait souffrir notre activité, les ran­donneurs de montagne aiment le soleil, mais ils adorent aussi la neige et le froid, il ne manque plus que ce coronavirus pour hypo­théquer encore notre gagne-pain», s’inquiète Lahcen.

Même son de cloche chez un autre Lahcen, vendeur de tapis berbères: les tou­ristes étrangers venant de Marrakech font escale à Imlil, mais ils n’achètent rien. Le gros de notre clientèle, ce sont les escala­deurs du Toubkal, nous vivons grâce à eux. Or ils se font rares cette année, on parle de crise mondiale, du coronavirus et de je ne sais quoi encore, mais par expérience quand la neige et la pluie se font rares, notre com­merce en pâtit», enchaîne Lahcen.

Une seule consolation, même sans pluie et sans neige, la population du Haut Atlas a suffisamment quoi boire. Si les puits dans les vallées sont de moins en moins généreux pour satisfaire le besoin en eau potable de la population, celle habitant les hauteurs boit tout son soûl, grâce aux sources. Une eau fraîche, cristal­line tout au long de l’année.

Plus d’eau dans les séguias

Une autre victime de taille de la pénurie en eau dans le Haouz: les cultures vivrières. A une cinquan­taine de km du douar Boudbira, sur la route entre Amizmiz et Marigha, se trouve le douar Imsker (relevant de la commune urbaine d’Amizmiz, à 18 km de cette dernière). 18 ménages y vivent, ils tirent leurs principaux reve­nus des cultures vivrières, de l’olivier et du tourisme. Les 3 ressources en­durent le martyre en ce début d’an­née 2020. En cause, la sécheresse. Les puits n’ont pas encore tari, et les robi­nets dans les maisons continuent de couler; quant aux cultures vivrières (carottes, petits pois, pomme de terre, tomates…), c’est la catastrophe. Des oliviers presque centenaires, eux, frôlent la mort. Normal, il n’y a plus d’eau dans les seguias, parce qu’il n’y a plus d’eau dans le N’fis, le fleuve qui vient des montagnes de Tizi N’test (qui alimente les retenues du barrage Lalla Takarkoust) et qui passe tout près de leurs cultures. Les habitants du douar, en temps normal (quand il y a des pluies), sont habitués à aller vendre leurs légumes le mardi, dans le souk hebdomadaire d’Amizmiz, cette année ils y vont pour en acheter. Et à quel prix! C’est le lot de tous les douars longeant l’oued N’fis, sur cette zone du Haouz.

                                                                                    

Barrages: un taux de remplissage de 47,8%

Au 28 février 2020, les retenues des barrages, tous usages confondus, sont en deçà de leur capacité, particulièrement les deux plus importants situés sur le cours du fleuve N’fis, dans le Haouz. Les rete­nues de l’ensemble des barrages, selon le département de l’Eau qui établit une situation journalière, ont atteint, le 29 février, 7.442,6 Mm3 sur une capacité de 15.597 milliards de m3, soit un taux de remplissage de 47,7%. La réserve de cette année est nettement inférieure à celle de l’année dernière à la même date, où l’on avait enregistré des retenues atteignant 9.400,6 milliards de m3, avec un taux de remplissage de 63,3%.

A cause d’une pluviométrie et de chutes de neige nette­ment inférieures à celle de 2019, Yakoub Mansour et Lalla Takarkoust, les deux barrages situés dans le Haouz sur l’oued N’fis, connaissent un taux de remplissage le plus médiocre du Royaume.

Les rete­nues du premier ont atteint, le 29 février, 12,7 millions de m3, sur une capacité de 69,3 millions de m3, un taux de remplis­sage de 18,4%, plus faible que celui de l’année dernière à la même date (19 mil­lions de m3, un taux de remplissage de 65,9%). Celles du second ont atteint 3,72 millions de m3 et un taux de remplissage de 7%, nettement inférieur aux retenues de l’année 2019 où la réserve a atteint 19 millions de m3 et un taux de remplissage de 35,7%.

Pour rappel, Marrakech-Tensift-Al Haouz produit 1,314 milliard de m3 d’eau par an et en consomme plus qu’elle n’en produit. En 2030, le déficit atteindra les 350 millions de m3/an. Ce ne sont pas les investissements touristiques, ni les greens du golf, pas plus que les eaux potables et industrielles qui consomment le plus d’eau dans cette région. C’est plutôt le secteur agricole.

Hamza TASSOULI

 

 

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