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Analyse

Séisme de Taghazout: Encore un coup dur porté au plan Azur

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5705 Le 25/02/2020 | Partager
La station était considérée comme une success-story
Le concept des stations revisité: durabilité, touche culturelle, nature, relaxation …
Des écosystèmes balnéaires intégrés au niveau de chaque territoire

Est-ce le coup de grâce pour le plan Azur? Le récent séisme qui a secoué Taghazout remet sur le tapis le sort incertain du fameux plan Azur. Cette station balnéaire, considérée comme la success-story de cet ambitieux programme, prend l’eau.

Plusieurs de ses composantes font actuellement l’objet de démolitions ou d’investigations pour de «graves irrégularités» (cf. édition du 18 février 2020). Il s’agit pourtant de la station la plus avancée parmi les 6 projets lancés il y a pratiquement 2 décennies. Sur les 4 stations prioritaires, Taghazout et Saïdia se démarquent du lot (les 2 autres sont Mogador et Lixus).

A l’avenir, ces 4 stations devront constituer une belle vitrine pour le développement du produit balnéaire au Maroc. Un track record qui incitera de nouveaux investisseurs privés à explorer ce type d’actifs. Aussi, plusieurs leviers (réglementaires, gouvernance, contenu animation …) devront être actionnés par l’Etat pour améliorer l’attractivité financière desdites stations.

Mais si le privé est moins présent dans les projets de la station Saïdia, il est plus visible et dynamique à Taghazout, «Aujourd’hui, Taghazout est une station modèle avec 6 hôtels de luxe qui seront opérationnels dès l’été prochain», a récemment déclaré Abdellatif Zaghnoun, DG de la CDG.

Pour mieux attirer les investisseurs (et surtout les touristes), le concept des stations a été revu et corrigé. Ainsi, des écosystèmes balnéaires ont été intégrés au niveau de chaque territoire selon sa vocation: l’objectif est de construire une offre balnéaire avec une touche culturelle pour assouvir 20% de la demande et une offre balnéaire et relaxation pure destinée à environ 1 million de touristes, soit 6% de la demande.

Mais en 2018, un rapport d’un comité d’experts, conduits par la CGEM et la CNT, confirme que les réalisations sont bien en deçà des attentes. En clair, l’on parle là d’une capacité cumulée qui dépasse à peine 11.000 lits (dans 17 hôtels). Au total, 15 milliards de DH d’investissements ont été engloutis en 15 ans, sans que des résultats probants soient au rendez-vous.

Le Maroc n’a toujours pas une offre balnéaire «rénovée, significative et de qualité», déduisent les experts. Selon eux, la réussite relative de Mazagan n’efface pas l’échec de Saïdia. «Ni Mogador, ni Taghazout ne peuvent encore atténuer ce constat», est-il précisé dans ce même rapport assez critique.

A ce jour, les réalisations sont encore très éloignées de l’esprit de «station intégrée» de dernière génération. Parmi les griefs énumérés, figure le manque d’activités d’animation (ludique, sportive, commerciale ou culturelle). S’y ajoutent l’absence de gestion intégrée des services municipaux et l’organisation d’une copropriété performante. De même, ces projets sont envisagés dans une logique de promotion immobilière à moyen terme, sans immobilisation capitalistique à très long terme dans l’hôtellerie et sans implication réelle  dans la gestion et la gouvernance des stations.

Pour répondre au mieux aux attentes des touristes, des écosystèmes balnéaires ont été intégrés au niveau de chaque territoire selon sa vocation avec un objectif de construire une offre balnéaire avec une touche culturelle pour assouvir 20% de la demande et une offre balnéaire et relaxation pure destinée à environ 1 million de touristes, soit 6% de la demande.

Aujourd’hui, le tourisme  balnéaire de masse est en train de perdre du terrain face au produit culturel. Il s’agit d’une tendance mondiale, dont le Maroc pourrait tirer profit. Tanger à titre d’exemple offre ce mix entre le balnéaire et le culturel. C’est le cas également d’Agadir (dans une moindre mesure). Aujourd’hui, 4 stations sont priorisées par les récents gouvernements (Benkirane et El Othmani). Il s’agit de Saïdia, Taghazout, Mogador et Lixus. Voici le positionnement de chacune des stations.

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A ce jour, Taghazout et Saïdia sortent du lot. Elles ont pris de l’avance par rapport à Lixus, Mazagan, Mogador et Plage Blanche

■ Taghazout: Positionnement culturel
Taghazout se veut une success story avec 6 hôtels de luxe opérationnels. Aujourd’hui, six unités hôtelières de standing, totalisant plus de 2.800 lits, sont en cours de réalisation. Il s’agit, plus précisément, de 5 hôtels (5 étoiles): Tikida Riu Argan Bay, Hyatt Regency, Fairmont, Hilton, Pickalbatros et un 4 étoiles (Marriott). A terme, la station devra tourner avec 9 hôtels de luxe sur un site de 600 ha. Le repositionnement de la station a été orienté vers le «balnéaire avec des activités de niche» et le «balnéaire à forte touche naturelle» et ce, à travers sa connexion avec l’arrière-pays et le patrimoine culturel d’Agadir, dans une dimension de durabilité.

■ Saïdia: L’investissement privé encore attendu
La station de l’Oriental s’étend sur 550 ha et dispose de plus de 6.500 lits (soit 45% de la capacité prévue). Pour l’heure, le groupe CDG a complètement restructuré et redimensionné ce site qui avait connu des difficultés par le passé. A présent, il va falloir que le privé s’implique aussi pour accompagner l’exploitation et la rentabilité. Même si la station est restructurée, le privé y est très attendu pour monter des investissements dans l’animation, le transport, la restauration, les loisirs, la connectivité, l’arrière-pays... La relance de cette station a accusé un retard dû au passif qui devait être assaini (régularisation de la situation du foncier, correction des anomalies relevées sur les travaux d’aménagement, régularisation de la situation de certains contrats, transfert de la dette, régularisation d’aspects sociaux, employés de la station…). Trois établissements touristiques sont actuellement gérés par Mélia. Le site compte, outre une marina de 1.200 anneaux, 2 golfs (18 trous), un aquaparc (Alpamar) sur 7 ha et une médina proposant 49 locaux commerciaux.

■ Lixus: Une station en panne d’investisseurs…
Compte tenu de son appartenance à un territoire à portée culturelle et historique, le positionnement de la station Lixus s’entend comme du balnéaire culturel avec une segmentation autour des axes culture, nature, loisirs et sport. L’ouverture vers les richesses culturelles de l’arrière-pays est indispensable à la station (exemple : site archéologique mitoyen de Lixus). La station est confrontée à de multiples obstacles, qu’ils soient endogènes ou exogènes. Suite aux difficultés financières d’Alliance Développement Immobilier (ADI), porteur du projet, la station est aujourd’hui en arrêt de son développement. Si ce n’est l’ouverture du Lixus Beach Resort. L’établissement a la lourde tâche de sauver une station touristique qui ne s’est vraisemblablement jamais développée (à peine un hôtel et un golf contre 7 unités hôtelières prévues initialement).

■ Mogador: Sur 9.000 lits, à peine 400 réalisés!
A l’instar de Taghazout, la station Mogador parie fort sur le «balnéaire/culturel» avec une segmentation autour des axes: culture, nature, bien-être et sport. L’ouverture vers les richesses culturelles de l’ancienne médina d’Essaouira est vitale pour la station. Sur 9.000 lits, à peine 400 sont réalisés. Certains investisseurs propriétaires des lots hôteliers n’ont pas réalisé leurs engagements. Il s’agit, entre autres, de Ahlif et H. Partners qui n’ont pas entamé leurs unités hôtelières. L’investissement restant à engager pour le développement de la station est de l’ordre de 3 milliards de DH, correspondant à une capacité de près de 3.000 lits.

Aziza EL AFFAS

 

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