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    Tribune

    Violence dans les stades: Arrêtons de tourner en rond!

    Par Abderrahim BOURKIA | Edition N°:5704 Le 24/02/2020 | Partager

    Abderrahim Bourkia est journaliste et sociologue, membre du Centre marocain des sciences sociales CM2S. Il est également chercheur associé au Laboratoire méditerranéen de sociologie LAMES Aix-Marseille (Ph. A.B.)  

    Aujourd’hui, le football maro­cain a le triste privilège de montrer les maux qui gangrènent notre société. Cela va de la gestion des clubs à la program­mation de la Fédération, en passant par la gestion du public qui fréquente les stades, et qui a encore fait parler de lui de la plus spectaculaire des manières.

    Les deux récentes rencontres foot­ballistiques qui ont été émaillées par des actes déplorables se prêtent à des grilles de lecture différentes. Que cela soit à Ra­bat ou à Safi, ces nouvelles formes d’ex­pression violente dont les auteurs sont en majorité des jeunes nous interpellent tous.

    A Rabat, les supporters antagonistes se sont affrontés à la sortie des stades après avoir arraché les chaises, «inondé» le stade par des pierres, des bouteilles, des projectiles jonchant la pelouse. Plus, les supporters ont agressé des éléments des forces de l’ordre, des journalistes et des sympathisants de l’équipe rivale, et pour finir, ils ont «joué» les prolongations aux abords des stades en s’attaquant aux supporters du Raja de Casablanca.

    Il ne s’agit pas ici, d’imputer la responsabilité aux uns au détriment des autres mais de donner une explication qui tient la route. La thèse d’un règlement de compte est évoquée. Mais pour en rester aux faits, il s’est agi d’un affrontement violent entre deux groupes de supporters qui s’est dé­roulé non loin du périmètre du stade qui s’est prolongé.

    Rapports électriques

    D’ailleurs, la relation «électrique» qui caractérise les rapports entre les publics de Casablanca et Rabat n’est pas à occul­ter. Il y a une inimitié entre les Rajawis et les «Farawis». Ce qui est arrivé, malheu­reusement, pourrait avoir pour origine, entre autres, le fait que certains suppor­ters des FAR, vainqueurs de la rencontre, voulaient montrer leur supériorité aux rivaux dans la mesure où les déplace­ments en nombre du public casablancais sont perçus comme une offense et une at­teinte à leur fierté.

    Ce qui aurait entraîné les excès qui ont suivi aux alentours du stade. Ces échanges de violence opposent et unissent à la fois les groupes de sup­porters appartenant à la même équipe. Ils adoptent ce qui ressemble à des règle­ments de comptes ou «vendetta», suppo­sant une comptabilité des affrontements. Ainsi, la quête de réparation des uns est un nouvel affront pour d’autres. Le cycle vindicatif ne s’achève jamais.

    Ces échanges de violence qui op­posent les groupes des supporters les uns aux autres, unissent davantage les élé­ments de chaque groupe et cimentent la logique partisane de chacun d’eux.

    Les violences dans ou à la sortie des stades constituent un dénouement de tensions plongeant leurs racines dans la société elle-même; elles ne sont pas des actes isolés, et dénués de sens.

    Désormais, les auteurs de ces actes répréhensibles sont des produits de la société et ce n’est guère le stade ou le football lui-même qui génère de manière endogène ce type de violence commis principalement par des jeunes, socialisés à un mode de vie où la violence est une forme d'expression «na­turelle» et «normale» et qui vivent dans un climat qui n'exclut pas son usage, que cela soit au sein de la famille, à l'école ou dans le quartier.

    Souvent la déviance et la violence sont érigées en normes communes dans les milieux défavorisés, où les auteurs vivent en effet en proie à de vives inquiétudes et aux problèmes sociaux actuels liés au chômage, à la pauvreté, à l'exclusion, au mépris, à l'in­compréhension, au manque d'opportunité d'intégration et de perspectives d'avenir.

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    Après les dramatiques incidents et violences qui ont eu lieu au cours de la rencontre entre le Raja de Casablanca et l’AS FAR, le 12 février dernier, les sanctions sont tombées. La commission centrale de discipline et du Fair-play de la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a infligé à l’AS FAR 4 matchs à huis clos assortis d’une amende de 100.000 DH. De son côté, le Raja a écopé d’une amende de 40.000 DH pour utilisation de feux d’artifice durant le match avec état de récidive (Ph. L’Economiste)

    Aboutir à la présentation d’un véritable projet social

    La violence, phénomène social révélant entre autres les maux de notre société, est devenue de plus en plus présente ces der­nières années sans que nous lui trouvions encore des éléments de réponses suffisam­ment efficientes. Les pouvoirs publics et ceux qui sont chargés de la gestion des spec­tacles «footballistiques» se penchent certes sur le phénomène mais seraient encore en phase de prospection, réagissant souvent après coup.

    Mais sans aller jusqu’à les accu­ser d’improvisation, ce qui n’est toutefois pas exclu dans certains cas, ces responsables devraient anticiper en mettant en place des mécanismes adéquats de prévention au sein des groupes des supporters, des ultras, des associations, des écoles, des forces de l'ordre, des agents de sécurité, les conditions de sécurité et d'accueil qui devraient être dignes des attentes des spectateurs.

    Le débat devrait s’intensifier en vue d’aboutir à la présentation d’un véritable projet social visant à endiguer la culture de la violence au sein des stades ou ailleurs. Est-il possible de chanter, danser et déployer des banderoles dans une tribune sans agres­ser, frapper, voire vouloir «tuer» l’autre, le supporter adverse ou porter atteinte aux passants dans leur bien et leur vie? C’est la question qui taraude tous les passionnés marocains de football!

    Chargée de sens

    S’adonner à des actes de violence de cette manière «spectaculaire» exprime à la fois, déjà, une frustration voire une haine, une volonté d’affir­mation de soi, une manière d’être avec ses semblables, de prouver son exis­tence, de se poser en s’opposant aux autres et une réaction face à l’injustice, aux inégalités et à la violence symbolique subie par les autres (citoyens, voisins chanceux, camarades ou toute personne qui a réussi à leurs yeux, riches, représentants ou symboles de l’ordre et des institutions). Ce type de violence, chargée de sens, et qui gravite autour des stades dénature le spectacle footballistique et ne devrait pas être dissocié des manifestations de la violence, verbale ou autre, présente dans la vie de tous les jours des Marocains. Il renseigne également sur la dynamique qui anime le tissu so­cial et les fluctuations de sa cohésion, démontrant à l’évidence les nouvelles formes de solidarité et de socialisation d’une grande partie de la jeunesse qui fait l’apologie de la violence.

     

     

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