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    Analyse

    Mobile money: 2020, l'année du décollage

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5675 Le 14/01/2020 | Partager
    Inwi, Orange, IAM... Les toutes premières solutions
    L'interopérabilité, le chaînon manquant

    S'il y a un  sujet et un marché qui suscite autant de débats et d'interrogations en ce moment au Maroc, c'est bien celui du paiement mobile (M-paiement). Et pour cause, les enjeux sont multiples à la fois pour le commerce, le business, les opérateurs télécoms, les banques, les start up, les sociétés de transfert d'argent ou encore les consommateurs avec l'accélération de l'inclusion financière. 

    Dans ce même contexte, l'Agence du développement du digital (ADD) s'apprête à dévoiler la stratégie 2020-2025 du numérique, une feuille de route qui devra baliser le terrain au mobile money en particulier et au développement du digital en général.

    En ce début 2020, l'ensemble des opérateurs télécoms parient sur le décollage de ce marché. Pour preuve,  ils s'apprêtent tous à déployer leurs solutions. D'ailleurs, dès aujourd'hui, Inwi dévoile ses offres et produits de mobile money via la grande distribution (voir article ci-contre).

    Plus encore, Orange promet de lancer des solutions agressives qui devront accélérer les usages ce premier trimestre 2020. Ce qui donne des sueurs froides à la concurrence! Et c'est le patron Monde, Stéphane Richard lui-même, qui vient d'en faire l'annonce dans nos colonnes (cf.leconomiste.com, édition du 10 janvier). C'est dire que les enjeux sont extrêmement importants et stratégiques pour les relais de croissance des groupes télécoms au  Maroc.

    «Nous sommes dans les starting-blocks pour lancer nos solutions. Nous sommes déjà prêts pour déployer le mobile money. Nous comptons lancer nos solutions dès ce premier trimestre 2020», confirme à L'Economiste Yves Gauthier, DG Orange Maroc. Contacté par L'Economiste, Maroc Telecom se dit très en avance. L'offre IAM sera bientôt dévoilée, sans en dire plus pour le moment.

    Evidemment,  le lancement des offres devra accélérer les usages, booster le paiement mobile et susciter l'adhésion populaire, y compris dans les zones enclavées. Ce qui permettra un large maillage des réseaux de distribution ainsi que l'optimisation de conditions favorables au puzzle à travers le développement d'un écosystème multidimensionnel. Tout le défi est là!

    En attendant, il y a quelques ajustements à opérer sur le plan réglementaire, notamment au niveau de l'agilité du dispositif ou encore l'interopérabilité qui n'est pas encore opérationnelle. Sur ce point précis, il y a encore des pourparlers avec le régulateur télécoms (ANRT) pour harmoniser les conditions entre opérateurs.

    «Il y a une exigence d'interopérabilité au moment de lancer le service. Ce n'est pas le cas pour ceux qui ont déjà déployé. Nous préférons être sûrs que nous implémentons dans les mêmes conditions que nos concurrents. Nous sommes en train d'échanger ces aspects avec le régulateur avant de les lancer incessamment. En tout cas pour nous, il y a une exigence d'interopérabilité au lancement», tient à préciser le management d'Orange au Maroc.

    Aujourd'hui, si le démarrage du paiement mobile  accuse du retard ou plutôt un décalage de 3 ans, c'est bien à cause de l'interopérabilité. Pour rappel, la notion de l'interopérabilité repose sur l’infrastructure du Switch Mobile telle que déployée par HPS. C'est le véhicule des informations acheminées  d’un établissement à un autre (banque/opérateurs...).

    Fini donc les périmètres basés sur l'exclusivité. Or, c'est cette question d'opérer dans la complémentarité qui permet également des interactions entre M-Wallets (porte-monnaie électroniques) entre les différentes typologies d'acteurs: banques, opérateurs télécoms, sociétés de transfert, fintech, établissements de paiement... En octobre 2019, à peine 381.000 M-Wallets ont été créés. Ce qui n'est pas assez compte tenu de l'enjeu de généralisation des usages ou encore la rentabilité des opérateurs.

    De l'avis de professionnels du numérique et du secteur IT, «malgré l'engouement que le M-paiement suscite déjà, le constat aujourd'hui est qu'il n'y a pas assez de volontarisme pour booster le paiement mobile et l'inclusion financière». D'autres professionnels estiment que: «tous les programmes nationaux dans le digital ne sont pas ambitieux. La preuve, en 2020 l'on parle encore du E-Gov au stade de projet, c'est aberrant! Nos responsables sont conscients mais pas convaincus par les transformations induites par le numérique».

    Sur un tout autre registre, Mohamed Horani, patron de HPS qui plus est très impliqué dans l'implémentation technologique du paiement mobile avec Bank Al Maghrib, estime «que pour lutter contre le cash, il va falloir généraliser le paiement instantané. Et c'est là un grand acquis du Maroc qui a fait le bon choix en adoptant dès le début l'option de l'instantanéité». Et d'ajouter: «l'exonération dans la loi de Finances 2020 de 25% du chiffre d'affaires sur le mobile paiement n'est pas suffisante. Ce n'est pas assez... On s'attendait à une carotte beaucoup plus généreuse».

    Face au déploiement impromptu des solutions d'Inwi, le management d'Orange nuance: «Ce n'est pas le premier qui déploie qui devance les autres...» En termes de mobile paiement, la vitesse n'est pas forcément la clé de réussite. Il y a d'autres éléments plus importants, notamment la solidité, la fiabilité, l'expérience, la création de l'écosystème voire l'adhésion populaire.  Parce que si nous lançons la solution avec un  circuit de 90 distributeurs, cela ne marchera jamais. Personne ne va faire 50 km pour aller chercher 100 DH. Nous allons lancer notre offre lorsque tous les éléments seront réunis et prêts, notamment la plateforme, l'interopérabilité et surtout le maillage solide du réseau de distribution. Encore une fois, la vitesse n'est pas la condition du succès, c'est plutôt la fiabilité et le maillage du réseau de distribution qui font la différence. De tous les acteurs de mobile paiement au Maroc, nous sommes les seuls à avoir une expérience aussi riche et achevée et un historique dans plusieurs pays. Nous avons aussi de nombreux atouts: notre marque qui est bien installée, le réseau de distribution, notre expérience du paiement mobile en Afrique et ailleurs... Nous avons aussi  une banque à part entière.  Lorsque nous déploierons nos solutions, nous serons vraiment prêts et efficients».

    Des leçons africaines

    En Afrique subsaharienne, à peine 20% de la population a un compte bancaire. Mais 80% ont un téléphone portable. Du coup, les services de mobile money deviennent un portemonnaie électronique. Finalement, l'expérience du groupe Orange à l'échelle du continent prouve que le mobile money a joué un rôle inclusif des populations qui n'ont pas accès au système bancaire. Le M-paiement a également le mérite de sécuriser et garantir la transparence ou encore la traçabilité des transactions. Parmi les facteurs qui ont contribué au succès de ce dispositif, le réseau de distribution qui permet à l'utilisateur d'accéder à son argent où qu'il soit.

                                                                                 

    M-paiement: Deux tiers de la population en Chine!

    Selon Stéphane Richard, PDG du groupe Orange, la transformation digitale s'accélère un peu partout. Tous les domaines du paiement et de la transaction bancaire sont aujourd'hui révolutionnés par la technologie du digital et du smartphone. En Chine, les deux tiers de la population utilisent le téléphone comme moyen de paiement.

    Que ce soit par des solutions de banque digitale ou de banque classique ou encore d'autres solutions qui fleurissent un peu partout en Europe, nous sommes convaincus que c'est l'avenir de ce secteur. C'est vrai que le Maroc n'a pas la même situation de départ que de nombreux pays d'Afrique subsaharienne. En plus, il aborde le M-paiement avec quelques années, «non pas de retard, mais de décalages». 

    Certes, les banques sont très bien installées au Maroc par rapport au reste de l'Afrique, mais le système financier classique n'a pas aidé à l'éclosion rapide du mobile banking. C'est à la fois un avantage et un inconvénient. Pour Stéphane Richard, PDG du groupe Orange, «l'implémentation au Maroc du M-paiement prendra des formes différentes». Une chose est sûre, «nous sommes convaincus de l'adoption rapide et de l'adhésion populaire de ce nouveau modèle de paiement».

    Amin RBOUB

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