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Et si nos fonctions Achats créaient, enfin, de la valeur?

Par Karim FAIDI - Khadija BERRADA - | Edition N°:5661 Le 24/12/2019
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Karim Faidi et Khadija Berrada, respectivement directeur associé et directrice Practice Achats au sein de Cost House MEA (Ph. Cost House MEA)

La performance économique de l’entreprise passe aujourd’hui par celle de ses fournisseurs. Cette affirmation n’est pas une conviction, mais une simple déduction arithmétique: environ 70% des coûts d’une organisation, qu’elle produise des biens ou des services, portent sur les achats externes.

Comment croire, dans ce contexte, que l’on peut limiter sa fonction Achats au rôle administratif d’approvisionnement et sa re­lation avec ses sous-traitants à une pression continue et sans vision sur les prix d’achats?

Un métier jeune en pleine mutation

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays européens engagent la reconstruction du tissu industriel mais aussi de services (banques, assurances…). De grands groupes sont constitués, dans un schéma d’intégra­tion forte. Le faible appel à la sous-traitance ne permet pas encore à la fonction Achats de se structurer. Les années 60 connaissent un rythme de croissance impressionnant. L’en­jeu est alors d’être en mesure de produire du volume.

La fonction «approvisionnement» prend dès lors sa place dans la chaîne de valeur de l’entreprise. Les premières crises pétrolières des années 70 modifient l’équa­tion économique: apparition du chômage, pression sur le pouvoir d’achat, il faut désor­mais produire les biens et services au juste prix.

Il faut donc acheter au bon prix et le métier des Achats se structure principale­ment autour de techniques de négociations. En parallèle, les entreprises cherchent à se protéger des dérives éventuelles de corrup­tion, mécanismes de contrôle qui sont à la source notamment des approches d’achats publics.

Les années 80, avec un virage libéral fort pris par l’ensemble des pays occiden­taux, connaissent un mouvement géné­ral d’externalisation. Les entreprises se concentrent sur leur coeur de métier réputé stratégique, et choisissent de faire appel plus massivement à la sous-traitance.

Dans ce contexte, la fonction Achats prend ses lettres de noblesse en Occident. On professionna­lise la fonction et la filière en général, avec notamment l’arrivée dans les années 90 des premières filières de formation dédiées aux Achats. En parallèle de ce mouvement, l’ouverture de la Chine à l’économie de marché, la globalisation progressive des échanges commerciaux introduit de nou­veaux leviers, et notamment le sourcing dit low cost countries (LCC).

Le vingt-et-unième siècle s’engage avec la poursuite de la crise (notamment sur le domaine des nouvelles technologies) et l’introduction de ces dernières dans les processus achats (E-sourcing, E-bidding, Places de marchés, Enchères inversées). La pression écono­mique pousse la profession à aller vers une compréhension fine de la structure de coût des produits et services achetés. C’est le développement du cost controlling.

Aujourd’hui, les vagues successives de crises et la fragilité des acteurs économiques imposent de modifier le rapport entre don­neurs d’ordre et fournisseurs. La défaillance d’un fournisseur est un facteur de risque pour le client, et au contraire, l’accompa­gner vers une croissance et une profitabilité durables constitue un objectif commun qui devrait être partagé.

Par ailleurs, on introduit de plus en plus la dimension RSE (Respon­sabilité sociétale de l’entreprise) au sein des Achats. Au-delà des effets de communica­tion, il s’agit en réalité d’une anticipation des risques de perte de productivité. En effet, que ce soit les matières premières ou l’énergie, ou encore la main-d’oeuvre des pays en développement, l’ensemble de ces éléments seront structurellement plus chers demain.

Enfin, la disruption digitale va trans­former profondément la fonction Achats, autour des tendances suivantes:
- L’introduction de la robotisation (ou Robotic Process Automation) permet d’au­tomatiser les tâches redondantes, monnaie courante dans les processus achats;
- L’intelligence artificielle par sa techno­logie va améliorer l’analyse des données, la gestion des risques et des écarts, l’émission d’alertes,…;
- Les technologies mobiles ont d’ores et déjà impacté la mobilité des acheteurs eux-mêmes;
- Les potentiels impacts de la Block­chain dans la sécurisation de la chaîne de valeur Achats sont importants. En inscrivant chaque étape de la chaîne de valeur d’un produit, dans une blockchain publique, transparente et incorruptible, sa traçabilité est fondamentalement garantie.

Mesures «cosmétiques»

Il n’existe malheureusement pas d’études sérieuses permettant de mesurer et de benchmarker la maturité de la fonc­tion Achats au Maroc à l’aune des pra­tiques internationales.

Nos retours d’expérience permettent, toutefois, d’affirmer sans grand risque de se tromper, que nos pratiques sont encore en fort décalage avec celles de nos voisins du Nord, en dehors de quelques multinatio­nales ou de rares entreprises nationales qui ont investi sur leur fonction Achats.

Ce décalage est encore plus flagrant en ce qui concerne nos établissements et en­treprises publics qui subissent un code des marchés datant d’un autre siècle malgré les mesures cosmétiques du décret de 2013.

Au moment où la majorité des pays occidentaux lancent plusieurs initiatives afin de centraliser, simplifier et moder­niser le droit de la commande publique, nous restons englués dans des procédures manuelles, administratives, lourdes et chronophages qui ne contribuent ni à l’op­timisation des finances publiques ni au développement de nos entreprises, notam­ment les PME et startups innovantes.

Le serpent de mer de la mise en oeuvre de la dématérialisation de la commande publique ou de la réservation d’une part des budgets publics aux PME sont les meilleurs exemples de notre retard.

Dans les entreprises privées, la fonc­tion Achats, quand elle existe, est au mieux une fonction administrative en charge de lancer des appels d’offres rigides et de trai­ter les bons de commande et les factures. Les Allemands ou encore les Italiens, mais aussi plus loin de nous les Coréens, ont une conception de leur relation fournis­seur qui s’inscrit dans la durée et qui est ancrée dans les territoires.

Les notions de compétence, qualité, continuité, relation sont au coeur des préoccupations, sans pour autant pénaliser la performance écono­mique. Cette vision permet au contraire de construire une performance économique durable dans laquelle la notion de création de valeur partagée ne reste pas qu’un vain discours.

Appel aux autorités publiques

Le 1er Symposium de la fonction Achats organisé au Maroc (les 21 et 22 décembre dernier à Casablanca) par l’Association marocaine de la communauté achats (AMCA), qui fait un travail remarquable pour la recon­naissance de la fonction au Maroc, a été l’occasion de lancer un appel. A la fois aux autorités publiques, pour une refonte totale du code des marchés publics, et aux entreprises privées, pour positionner leur fonction Achats au bon niveau stratégique, et la doter des ressources et moyens nécessaires à son essor. Ceci, au service de la compétitivité de nos entreprises, nos éta­blissements publics et, in fine, notre pays.

 

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