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    Culture

    Quand Essaouira perpétue la «Convivencia»

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5629 Le 05/11/2019 | Partager
    La 16e édition du festival des Andalousies atlantiques s’est clôturée dimanche
    Juifs et musulmans pour la sauvegarde d’un patrimoine partagé
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    La soirée d’ouverture en hommage à Cheikh Mouizo. Un concert inédit qui a ouvert le bal avec les pages les plus emblématiques de nos répertoires chgouri, malhoun et chaabi alternant l’arabe et l’hébreu (Ph. Soufiane Bouhali)

    Chaque année depuis 16 ans s’ouvre à Essaouira une parenthèse enchantée, où musulmans et juifs font revivre cette «convivencia» que le Maroc a longuement perpétué. Un Maroc qui s’est longtemps exprimé dans une voix judéo-musulmane, à travers ses savants, ses diplomates, ses explorateurs, ses artistes… depuis la ville d’Essaouira, ville multiculturelle et artistique, qui fût le plus important port commercial du pays mais aussi sa capitale diplomatique entre la fin du XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe siècle. Le festival des Andalousies atlantiques œuvre donc, «dans cette continuité historique qui mérite d’être remise à l’ordre du jour, malgré les régressions et conflits auxquels nous sommes confrontés.

    Une ignorance qui a malheureusement affecté les relations entre l’islam et le judaïsme» confie André Azoulay, conseiller du souverain et président fondateur de l’association Essaouira-Mogador, initiatrice de l’évènement. «Le moment est venu pour qu’il y ait une adresse -Essaouira- pour une relation judéo-musulmane, qui n’est pas la relation que l’on connaît ailleurs» conclut le conseiller. Le festival, qui en est à sa 16e édition, a choisi de pousser ce dialogue le plus loin possible. Débats, échanges d’idées, d’expériences et de vécus, mais surtout musique.

    Car «Si la musique nous est si chère, c’est qu’elle est la parole la plus profonde de l’âme» disait à juste titre l’écrivain Romain Rolland. Sur la grande scène du Minzeh ou dans l’intimité de Dar Souiri ou de la Zaouia Kadirya, la musique a, en effet, transcendé tous les discours.

    Entre les envolées lyriques d’El- ala, le raffinement du chgouri, la délicatesse du matrouz, l’énergie vivifiante du chaabi et les cadences envoûtantes, métissées des rythmiques endiablées du flamenco, des artistes, jeunes et moins jeunes, du Maroc et d’ailleurs ont joué, parfois jusqu’au petit matin, prolongeant le plaisir d’être ensemble et creusant encore plus l’exploration vers le chemin du «vivre ensemble». Certains font partie de l’aventure depuis sa genèse, d’autres y viennent pour la première fois, mais tous n’ont qu’une seule envie, faire de cette parenthèse une réalité moins éphémère.

    Des spectacles forts à l’instar de la soirée d’ouverture en hommage à Cheikh Mouizo. Un concert inédit qui a ouvert le bal avec les pages les plus emblématiques de nos répertoires chgouri, malhoun et chaabi alternant l’arabe et l’hébreu dans un «matrouz» (broderie) dont le Maroc a le secret. L’étonnant parcours de Suzanne Harroch, fille du Tafilelt, enfant de l’école publique marocaine, qui s’est donnée pour mission la préservation du patrimoine judéo-marocain, à travers un répertoire de chants, présenté lors d’un concert-dialogue avec le journaliste Mohamed Ameskane.

    Vers le chemin du «vivre ensemble»

    Une performance permettant de prendre la juste mesure de la résilience du patrimoine spirituel, artistique et culturel du judaïsme marocain. Autre hommage, celui rendu à une grande dame, disparue il y a 10 ans. Lalla Ghita El Oufir, qui fut la pianiste-étoile légendaire de la musique andalouse «El ala», au Maroc, au Maghreb et bien au-delà. La Compania Leonor Leal, en escale à Essaouira, a offert une belle incursion dans les plus grands tablaos de l’école andalouse du flamenco.

    Un spectacle précédant une des plus belles fusions de la Nouba Andalouse et de la danse Flamenca, en compagnie de l’orchestre Rawafid sous la direction de Omar Metioui. Une clôture en apothéose avec un choc de titans. L’incontournable Raymonde El bidaouia rencontrant le monument du Chaâbi Ben Omar Ziani aura été pour le public souiri une très belle fête populaire: «J’ai l’impression d’avoir assisté à un grand mariage familial où on retrouve des cousins que l’on a perdu de vue depuis très longtemps» déclare cette festivalière, des étoiles plein les yeux. Nous, nous repartons avec un vœu. Celui, dans un monde où le repli identitaire et l’exclusion se banalisent, que cette parenthèse permettant l’exploration d’autres possibles, puissent faire des émules partout dans le monde.

    Amine Boushaba

     

     

     

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