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    Tribune

    Qu’avons-nous appris de la double affaire Raissouni?

    Par Pr. Chakib BENSOUDA | Edition N°:5622 Le 25/10/2019 | Partager

    Professeur universitaire, Chakib Bensouda a milité au PPS. Il en est parti lors de la scission FFD en 2002. Il a été chef de cabinet des ministres des Pêches et de la Santé. Le Pr. Bensouda (à ne pas confondre avec le Trésorier général du Royaume, Noureddine) fut un temps secrétaire général du parti Annahda, parti d’extrême gauche, qu’il a contribué à former. Suite à un drame familial, il abandonne totalement la politique. Il a écrit un roman «Déracinés!». Avec des méthodes d’investigation propres aux sciences exactes, il a analysé les comportements politiques lors de changements de majorité dans «Les fondements de l’Etat de droit» (voir une analyse de ce thème, leconomiste.com du 25 janvier 2012). Il est le premier au Maroc à poser publiquement le dilemme entre droit et urnes (Ph. Privée)  

    L’encre de l’amnistie royale accordée à Hajar Raissouni et à ses co-accusés n’avait pas encore séché que son oncle, Ahmed Raissouni, refit, comme par enchantement, son apparition pour nous prodiguer ses lumières. Lui qui a été si discret tout au long de l’épisode – qui, faut-il le rappeler, s’est étalé sur près de deux mois! – sort de sa réserve et, en deux jours, de nous délivrer sa science infuse. Sans peur du ridicule, il a dans deux sorties absout sa nièce et porté à l’encontre des femmes qui l’ont soutenue les plus vils des qualificatifs!

    Pour lui, s’être mariée avec la Fatiha et avoir eu des relations hors mariage ayant conduit à un avortement est une «erreur»; par contre, brandir des pancartes par des femmes se disant avoir eu, à l’image et en soutien à sa nièce, Hajar Raissouni, des relations hors mariage et avoir avorté, ces femmes sont des débauchées, des dépravées, des dévergondées!

    Depuis l’éclatement de l’affaire, au mois d’août 2019 et, surtout, depuis que le jugement judiciaire a été prononcé, un seul et unique courant de pensée s’est manifesté et de manière très virulente: celui des défenseurs des libertés publiques. Et quand les conservateurs-réactionnaires se taisaient, montaient au créneau spontanément, considérant la fautive victime, faisant abstraction de sa qualité et de son obédience, illustrant fort à propos la maxime voltairienne: «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire». Quitte à induire l’opinion publique en erreur.

    Le sujet, comme on le conçoit, est d’une nature plus complexe. Il touche à des thèmes variés et compliqués. Il met en valeur des pratiques et des comportements où s’entrechoquent la modernité universelle et une culture locale bien enracinée. Le sujet peut être traité et analysé de diverses façons.

    A ce titre, il aurait mérité un débat, une confrontation d’idées, une opposition d’arguments afin que chacun puisse en saisir toutes les facettes et se forger une opinion solide. Malheureusement, cela n’a pas été. Parce que les conservateurs-réactionnaires ont fait profil bas et déserté l’arène et parce que ceux qui se prétendent farouches modernistes se sont trompés de sujet et de cible.

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    En 1572, les catholiques extrémistes organisèrent des massacres sans précédent des protestants. Il s’agit de deux branches sœurs de la chrétienté. Dans la mémoire française et européenne, cet épisode terrible sert, en principe, de repoussoir moral à la violence religieuse. De la Saint-Barthélemy, Voltaire dit: «Les grandes fautes passées servent beaucoup en tout genre et il faut se souvenir de la Barthélemy pour ne pas la répéter»

    Le résultat en est qu’on en sort comme on y était entré. Et Ahmed Raissouni, en reprenant son bâton de prédicateur moraliste, vient nous rappeler cette triste réalité. Comme si de rien n’était. Et on se retrouve, au lendemain de l’affaire, sur une scène de théâtre où le débat intellectuel se réduit juste à un médiocre combat de positions qui, forcément, ne fait pas avancer le schmilblick.

    Peut-être pire que ça, il contribue à faire régresser la société tant la voix des conservateurs-réactionnaires porte par l’écho qu’elle engendre quand ceux qui prônent une radicalisation moderniste, apparemment majoritaires dans les manifestations n’ont que la voix atone de la minorité qu’ils représentent au sein de la société. N’est-ce pas l’histoire malheureuse de cette dernière décennie pour le moins? 

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    Le livre du Pr. Chakib Bensouda décrit ce que sont devenus les bons usages du Maroc, écrasés par l’argent et la religion, quand l’un et l’autre servent d’instruments de domination.  L’ouvrage est introuvable neuf. Voir chez les bouquinistes: Bonne chance!

    C’est là, sur ce point précis, que le débat national aurait dû être engagé. Avant que d’être une affaire politique, juridique, légale ou même sociétale, c’est d’une question morale qu’il s’agit avant tout.

    Comment nous prémunir et nous immuniser contre ce fléau contemporain qui nous pousse à penser d’une manière, à nous comporter d’une autre manière et à dire tout à fait autre chose. N’est-ce pas un avatar de l’attitude d’Ahmed Raissouni et de ses compères dont les positions, en abusant de la religion, sont de toute évidence à sens variable selon de qui il s’agit?

    Aujourd’hui donc, la preuve peut être étayée de l’origine et de la cause de cette redoutable affection. Comme le diagnostic peut être posé sauf pour celui ou celle qui ne veulent pas voir. Encore faut-il l’extirper! Et certainement, ce n’est pas Voltaire qui peut nous en inspirer le traitement. Et s’il faut absolument passer par lui, autant lui emprunter cette autre maxime: «Les grandes fautes passées servent beaucoup en tout genre et il faut se souvenir de la Barthélemy pour ne pas la répéter».

    L’hypocrisie et la raison

    Les conservateurs-réactionnaires ont été, pour une fois, pour la première fois peut-être, confrontés dans leur chair à leurs propres contradictions. Des séquences analogues ont bien été enregistrées auparavant, plaçant sous les feux des projecteurs des comportements de leurs affidés en opposition par rapport aux valeurs qu’ils promeuvent pour la société.
    Mais, ils ont su, à chaque fois, tirer leur épingle en jouant sur la technique de multiplication des voix, qui justifiant et qui condamnant, pour noyer le poisson.
    Cette fois-ci, la couleuvre était, en principe, trop grosse: la nièce même du prédicateur le plus virulent, le plus moralisateur, le Ibn Toumert des temps modernes, celui dont l’outrecuidance allait jusqu’à dénier au roi le titre d’Amir al-Mouminine, prise en flagrant délit de choses que le fameux prédicateur refuse, vilipende, proscrit et interdit au commun! Nous étions – et nous le sommes encore – dans une situation inédite du summum de l’hypocrisie et du cynisme. Nous étions – et nous le sommes encore – dans une situation qui reflète exactement la fameuse hypocrisie sociale que nombre de Marocains condamnent parce qu’elle corrompt leur façon de penser, d’agir, de se comporter avec quelque rationalité et cohérence.

     

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