×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Festival de Fès de la culture soufie: «Produire du sens pour vivre en harmonie»

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5619 Le 22/10/2019 | Partager
    Se réaliser, grimper la pyra­mide de la connaissance, appro­cher la vérité et le bonheur… les enseignements
    L’existentiel est essentiel pour les humains, mais peut-on inventer notre destin?
    festival-de-fes-de-la-culture-soufie-019.jpg

    «Les valeurs du soufisme peuvent-elles constituer une référence commune et un paradigme pour confronter les principaux défis de notre temps?». Voilà la question qui a réuni Abdou Hafidi, Faouzi Skali et Mouhcine Ayyouch, entre autres, autour d’une table ronde «sympathique» (Ph YSA)

    De nos jours, il est difficile de trouver un festival créateur de contenus à la fois spirituel et culturel, politique et économique, historique et contempo­rain… Le Festival de Fès de la culture soufie (FFCS), qui se poursuit jusqu’au 26 octobre, incarne cette mosaïque de réflexions. Il continue d’explorer un patri­moine sous ses différents aspects: artis­tique, intellectuel et spirituel.

    Sous la thématique «La culture sou­fie, un humanisme spirituel pour notre temps», l’événement a choisi un fil conducteur qui permet aux festivaliers de circuler d’un espace à un autre, pour décli­ner un programme à plusieurs volets. Ce programme donne aussi à penser la place du spirituel dans nos sociétés actuelles. Dans cette quête du sens, de la raison, et des vraies valeurs de l’Islam, plusieurs experts, érudits et anthropologues sont conviés au cycle de conférences du FFCS.

    Celle tenue, dimanche dernier, abordait la thématique du festival. Cette 1re table ronde, riche en enseignements, a rappro­ché le public de la notion d’humanisme spirituel en se référant à des mots arabes réinventés tels «Al Akhlak et Al Kiyyam» (les valeurs). Dans ce parallélisme lin­guistique, culturel, et interreligieux, un mouvement d’émancipation a irrigué Dar Batha (site des conférences) pour libérer le respect, le savoir, et la connaissance.

    Le panel, constitué notamment par Faouzi Skali, président du festival, Abdou Hafidi, journaliste et islamologue, et Mouhcine Ayyouch, coach, s’est penché sur le pro­cessus de déshumanisation en cours. Ainsi, les intervenants ont rappelé que «le sou­fisme a développé un ensemble de valeurs afin de conserver les droits et la dignité humaine».

    «Il s’agit d’une sorte de morale universelle qui s’est faite pour préserver l’homme contre les sources de conflits ma­jeures à travers le temps», explique Skali. Ce patrimoine a constitué un socle, voire une «base de valeurs universelles».

    «Au lieu d’opposer ces valeurs aux religions, il faut les interposer et prendre en compte les acquis des êtres humains», conseille l’an­thropologue. Car, aborder le soufisme sous l’angle d’un patrimoine culturel universel permet de montrer une richesse vivante que chacun peut découvrir en toute liberté en faisant aussi l’objet d’échanges et de débats fructueux.

    Evoquant «l’humanisme» sous trois aspects, Abdou Hafidi a mis l’accent sur la déclaration française des droits de l’homme (1789), la déclaration des droits de l’homme après la destruction de la mémoire de l’humanité (1948), et la déclaration islamique des droits de l’homme.

    Dans son rendu, le journaliste de France 2 a noté que «l’homme produc­teur de sa propre loi» reste «une descrip­tion cardinale des droits de l’homme». En revanche, si certains considèrent l’huma­nisme comme conception politique, «il faut croiser les regards en vue d’un raf­finement du caractère, et d’une nouvelle conception de l’humanisme moderne puisé aussi dans le grec, l’arabe,…et l’être en général».

    «Inspiré» par l’annexe de l’Institut Français de Fès, Mouhcine Ayyouch a, pour sa part, souligné que «tout être humain a de la valeur…Il est aussi responsable de sa destinée». Pour ce coach, «ce qui se passe aujourd’hui dans le monde du travail –et tout autre espace où les êtres humains sont en relation- montre que le temps mécanique accélère en grande vitesse, mais pas le temps orga­nique…Il faut 9 mois pour faire un bébé».

    Mais, ceci n’exclut pas que «les relations avec des «transhumains» seront vite à ve­nir. Dans ce marathon de la réflexion, la big data et l’intelligence artificielle nous mèneront assez rapidement à des êtres hu­mains augmentés et nous serons appelés à montrer notre compétence distinctive, mais pas seulement.

    Pour y remédier, il nous reste l’existentiel sur terre: avoir une mission, se réaliser et mettre du sens dans sa vie…est essentiel. «C’est aussi un pré­texte d’échanger, partager et vendre. Et la proportion à fabriquer et produire du sens permettrait à l’être humain de vivre en harmonie, co-construire, et grimper dans la pyramide vers la réalisation et le bon­heur», conclut Ayyouch.

                                                                                         

    ■ Fès devient une Zawiya

    patrimoine-soufi-019.jpg

    (Ph. YSA)

    Le patrimoine soufi, à la fois vivant et maté­riel, est sans doute l’un des patrimoines les plus riches et les plus diversi­fiés à travers le monde du Maroc jusqu’en extrême Orient, en Chine et dans le subcontinent indien. Il concerne des milliers de langues, d’expressions artistiques, littéraires, spirituelles et poétiques. Bien évidemment il y a un grand nombre de lieux mausolées, Zawiyas et Ribats. Au FFCS, on se rend compte que Fès est une Zawiya «envahie par le soufisme». Dans ses quartiers, il y a une sorte de spirale de mausolées qui nous permettent de mieux connaître l’art de vivre des maîtres-soufis. Les festiva­liers se rapprochent de cet art grâce aux différentes Tariqas invitées sur scène. A ce titre, le spectacle de la Tariqa Boutchichiya a émerveillé, dimanche en soirée, le public de la grande salle de la Commune de Fès. Ce fut un grand moment d’invocation et d’imploration de Dieu.

    ■ Dévoiler les trésors cachés
    «Nous avons tous en nous un trésor caché de Dieu». A cet effet, il faut faire la différence entre la valeur intrinsèque des personnes. Car, nous n’avons pas tous des compétences égales. «Ceci étant, le mot «maître-spirituel» est trompeur du fait qu’il laisse croire qu’il y a une supériorité ou un personnage parfait», souligne Skali. Or, le «Mourchide» ou le «Compagnon» est en perpétuelle quête de la conscience de soi, de l’accomplissement, et de l’humanité. Dans cette quête, la tentation de l’approche de la vérité est grandissante. Au final, «qu’est-ce qu’on perd quand on a tout à gagner», disait Rousseau.

    ■ «L’homme est libre»
    Au cours du Moyen-âge, une controverse fondamentale a opposé les partisans du mysticisme et les partisans du rationalisme. Les uns, opposés à l’usage de la raison, les autres, cherchant à unir la philosophie et la théologie. Au FFCS, cette rude dispute, incarnée par Averroès et Al Ghazali, a été remémorée par Abdou Hafidi. Le but étant de «montrer que l’Islam se pensait librement». Hostile à la philosophie, le penseur perse Al Ghazali, qui était à l’origine de cette tradition mystique, fut combattu vai­nement par Averroès. L’un disait: «la raison est seule capable de nous ramener à la vérité». L’autre rétorquait: «l’homme, guidé par le sens et la raison, peut inventer son destin». Car, in fine, seul «l’animal est arrimé à sa nature» (Rousseau). Et, Hafidi a usé de ce parallélisme, entre la philosophie et Islam, pour déduire que «l’humanisme est avant tout et surtout l’invention de la liberté».

    Youness SAAD ALAMI

     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc