×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Analyse

    Mobile money: La bataille banques/télécoms

    Par Amin RBOUB | Edition N°:5609 Le 08/10/2019 | Partager
    Les organismes financiers se sentent bousculés par les opérateurs
    Une compétition contre le cash

    Banques et opérateurs télécoms se livrent, depuis plusieurs mois, une guerre sournoise et sans merci. A l'origine de cette bataille dans les coulisses, la course aux services financiers mobiles. Ce n'est un secret pour personne, les établissements bancaires se sentent bousculés dans leur périmètre et redoutent la concurrence des entreprises télécoms, startups et autres opérateurs technologiques... La frilosité des banques est nourrie par la crainte de perdre des clients, des parts de marché et des revenus conséquents.

    «Si les opérateurs télécoms arrivent sur le marché financier avec un nouveau modèle économique, ce sera une inquiétante révolution pour l'avenir de la banque»... C'est en substance le discours dominant chez la communauté des banquiers. Du coup, l'écosystème bancaire aurait été  «tenté de faire du lobbying en faveur de retards ou du moins de réglementations plus strictes afin de préserver les barrières qui restreignent l'accès aux services financiers et à leur marché», résume un expert au cabinet Mazars.

    Or, la vraie bataille des services financiers mobiles n'est pas entre le secteur bancaire et les télécoms. «C'est plutôt une compétition contre le cash et l'exclusion financière. Tout l'enjeu est là», analyse Yassine Sekkat, consultant McKinsey.

    «Il ne faut pas considérer les services financiers mobiles comme une menace pour la banque ou une simple extension de l'offre de services des opérateurs télécoms, mais bien comme un tournant stratégique qui influencera leur croissance au cours des prochaines années», soutient un membre du comité exécutif de Mazars.

    La logique veut que les deux types d'acteurs s'inscrivent dans une synergie naturelle et des complémentarités entre deux modèles totalement différents (banques/télécoms). Tout le défi consiste à adresser une population non bancarisée (66% de la population adulte). D'ailleurs, ce n'est pas un hasard que Bank Al-Maghrib et l'ANRT se soient concertées pour co-construire un modèle économique viable et pérenne. Car les enjeux concernent à la fois le secteur bancaire et celui des télécoms.

    Au fait, le m-paiement repose sur la convergence entre trois typologies d'acteurs: les banques, les entreprises de télécommunications et les acteurs technologiques (startups, agences de transfert, fintech...). Le modèle économique de la banque classique a complètement atteint ses limites. Il  est basé sur la commission et les marges d'intermédiation. Il va continuer à exister, mais avec des relais de croissance via le digital. 

    Le modèle des agences de transfert est basé sur de petites commissions. Quant aux entreprises télécoms, elles reposent sur des micro-commissions, des revenus unitaires assez faibles, marginaux, très insignifiants. Sur les services financiers mobiles, certes les banques ont créé des filiales dédiées, mais les services n'arrivent pas encore à décoller. «Ce qui est proposé jusque-là n'est pas révolutionnaire. Ce n'est pas assez», analyse un expert. Si le système ne prend pas auprès des organismes financiers, c'est d'abord pour des considérations culturelles.

    «Un facteur lié à la réputation des banques... Une bonne partie de la population est encore réticente, voire méfiante vis-à-vis des agences bancaires», explique Yassine Sekkat de McKinsey. Par ailleurs, les banques continuent à adresser un client non bancarisé comme elles adressent un client classique. C'est dans ce contexte précis que les opérateurs télécoms viennent bousculer les banques.

    L'argument de mobilité des entreprises télécoms (y compris dans les zones blanches) plaide en faveur de celles-ci puisque la banque ne peut pas être partout géographiquement. Les entreprises télécoms déploient leurs solutions et dévoilent une palette de services financiers (transfert d'argent, paiement de factures, achats...). Mais la mayonnaise ne prend pas encore. Les opérateurs se donnent un délai de 2 à 3 ans pour s'assurer si le modèle en place fonctionne bien ou non. La fenêtre de tir est ouverte sur 4 à 5 ans (horizon 2024).

    En attendant, il va falloir mettre en place toutes les pièces du puzzle pour accélérer les usages et les transactions, multiplier les projets et les opportunités dans le digital... Pour l'heure, les choses n'avancent pas assez vite, se plaignent les opérateurs. En clair, il va falloir accélérer la cadence. Ce qui passe par la mise en place d'une structure de gouvernance horizontale qui travaillerait avec l'ensemble des instances gouvernementales en plus d'une cohérence sur le plan réglementaire.

    «Kounnach numérique», tontine...

    Aujourd'hui, tous les outils doivent converger et participer pleinement à l'émergence d'un nouveau modèle de développement économique au Maroc. Le digital représente la colonne vertébrale de ce changement de paradigme, puisqu'il repose sur la désintermédiation, la disruption, y compris dans les services de l'administration publique et de l'Etat. Pour accélérer les usages, l'acceptation, voire l'adoption de la technologie, il va falloir capitaliser sur le réseau des commerçants et circuits de distribution (300.000 à 500.000 retailers). Car l'essentiel du business/acquisitions se fait à travers les points de commerce. C'est dire que les commerçants sont le 1er réseau censé accepter, porter et vulgariser le paiement mobile. C'est un maillon fondamental de la chaîne. Pour y arriver, il va falloir lancer la machine, faire accepter le numérique et équiper les milliers de points de vente en solutions. Parmi les pistes préconisées, le lancement d'outils numériques pour libérer les initiatives. Ce sont généralement des outils très populaires et enracinés dans la mémoire collective des Marocains et qui peuvent faciliter la généralisation des usages dans le digital et auprès des commerces. C'est le cas par exemple du Kounnach digital (plus connu par le carnet de l'épicier/ardoise), la Zakat numérique, ou encore la tontine (système d'épargne dans un groupe: opération daret) et les dons.

    A.R.

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc