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    Culture

    Art contemporain: Quand Rabat réécrit un nouveau récit du monde

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5601 Le 26/09/2019 | Partager
    La 1re édition de la Biennale jusqu’au 18 décembre
    Arts visuels et numériques, performances, littérature, cinéma…
    63 artistes femmes invitées
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    L’œuvre de l’artiste autrichienne Katharina Cibulka signe, sur la façade du MMVI, un manifeste en accord avec les propos féministes de la Biennale (Ph. Bziouat)

    Il faut six jours au moins pour voir l’ensemble des expositions proposées par la Biennale de Rabat qui vient de lancer sa première édition, mardi 24 septembre, commence par prévenir Abdelkader Damani, le commissaire de l’évènement. «Car, contrairement à ce que l’on peut penser, il faut du temps pour voir de l’art», affirme-t-il. Il faut dire que la Fondation nationale des musées, organisatrice de la Biennale, a vu les choses en grand.

     L’offre est impressionnante, pas moins d’une douzaine de sites ont été réquisitionnés pour l’occasion. Durant trois mois (jusqu’au 18 décembre), la Biennale investit donc les hauts lieux artistiques de la ville comme le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI), la Villa des Arts, l’Espace Expressions CDG et les espaces d’expositions du Crédit Agricole et de la Banque Populaire, tout autant que les sites historiques emblématiques comme le fort Rottembourg (Borj Lakbir) surplombant l’océan, le musée et le site des Oudayas, la parc Hassan II, la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc , le Théâtre National Mohammed V ou encore le Musée de l’Histoire et des Civilisations.

    La ville elle-même est célébrée «comme une artiste de la Biennale, avec la création d’un parcours conçu en fonction de la colorimétrie de la ville», précise-t-on du côté des promoteurs de la Biennale. Dans chaque espace, des dialogues se nouent entre des artistes d’horizons et de disciplines divers, allant des arts visuels et de l’architecture à la danse et la performance, autour du thème de cette première édition: «Un instant avant le monde».

    Le commissaire propose un voyage à travers «Un espace sans couleur, sans lumière, sans matière… Un anéantissement du monde permettant d’en réécrire un nouveau», nous confiait le curateur dans un précédent entretien. Pas étonnant dans ce cas que l’exposition principale soit exclusivement dédiée aux femmes : «Par ce geste, à l’échelle mondiale, la Biennale de Rabat est l’endroit où s’écrit un nouveau récit du monde à partir des imaginaires, des rêves et des revendications des femmes», précise Damani.

    Elle réunit 63 artistes et collectifs d’artistes, issues de 27 nationalités différentes et de nombreuses disciplines. Parmi celles-ci, des plasticiennes et peintres telles que la Palestinienne Mona Hatoum, la Libanaise Etel Adnan, la Nigériane Marcia Kure, l’Egyptienne Ghada Amer, l’Algérienne Zoulikha Bouabdellah, la Marocaine Amina Benbouchta, la Sud-Africaine Candice Breitz.

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    L’artiste Yassine  Balbzioui en cours de réalisation de son œuvre dans le parc Hassan II. Le site est dédié à un focus sur le street art  (Ph. A.Bo)

    Des  sculptrices comme Sara Favriau (France), Ikram Kabbaj (Maroc), des cinéastes et vidéastes: Tala Hadid et Habiba Djahnine(Maroc, Algérie), des chorégraphes, metteuses en scène et performeuses: Bouchra Ouizguen (Maroc), Séverine Chavrier (France), des photographes Deborah Benzaquen, Mouna Jemal Siala (Maroc, Tunisie).

    La sélection comprend également des artistes digitales telles que Naziha Mestaoui (Belgique), mais aussi des architectes (Black Square, Manthey Kula, Zaha Hadid, Maria Mallo). En guest-star de l’exposition, la cantatrice égyptienne Oum Kalthoum, la première artiste sélectionnée par le commissaire, à travers la projection de son concert mythique à Rabat en 1968 comme préambule à toute l’exposition.

    Chaque artiste de l’exposition internationale présente une réflexion autour du thème de la Biennale au moyen d’une ou plusieurs œuvres. Plusieurs de ces œuvres sont des productions réalisées spécialement pour la Biennale, quand d’autres sont prêtées par des institutions internationales de renom. Nouveauté de cette Biennale, certaines des créations réalisées rejoindront les collections publiques du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain.

    Mais la Biennale n’est pas exclusivement féminine. Conçue comme un archipel, une programmation culturelle, associée tout au long de la Biennale propose un triptyque de cartes blanches, auquel s’ajoute un programme de performances. Confiées à  des artistes, dans trois disciplines: Mohamed El Baz pour les arts plastiques, Narjiss Neijjar dans le domaine du cinéma, Faouzia Zouari et Sanae Ghouati pour la littérature, les cartes blanches enrichissent le propos de la Biennale, afin de comprendre les conditions d’un nouveau récit du monde.

    Un focus sur le street art est également proposé, dont la direction artistique a été confiée à Salah Mallouli. Ce dernier a convié cinq artistes marocains: Ghizlane Agzenai, Yassine Balbzioui, Mehdi Zemouri, Iramo Samir et Ed Oner aux côtés de l’un des pionniers de la discipline, l’Américain Futura. Un ensemble d’œuvres ont été conçues au parc Hassan II qui sera inauguré à l’occasion.

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    Bouchra Ouizguen, la puissance des émotions

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    L’artiste plasticien Youssef El Kahfai a réalisé une série de peintures et dessins accompagnant le spectacle, assurant ainsi une certaine pérennité de la performance, où toute forme de captation est interdite (Ph. A.Bo)

    «C’est certainement l’une des artistes contemporaines les plus puissantes que je connaisse», déclarait Abdelkader Damani à propos de la danseuse et chorégraphe Bouchra Ouizguen. Une impression confirmée par la magistrale performance présentée au Musée des Oudayas, dans le cadre de la Biennale de Rabat. Intitulée «Eléphant ou le temps suspendu…», la pièce chorégraphique est d’une intensité comme seule l’artiste autodidacte sait provoquer.

    Vêtues de noir, les danseuses de tout âge (accompagnées de 2 danseurs) commencent par interpeller les spectateurs. Elles racontent des  pans de leurs vies, quelques souvenirs, elles sourient, s'amusent, s'interpellent, se titillent… pour se mettre à tournoyer chacun, chacune, différemment de l'autre. Les corps se frôlent, se touchent comme déréglés, pour ne former qu’un seul amas humain qui s'entrechoque, avant de se disloquer dans une complainte funéraire des plus mélancoliques.

    S’ensuivent différentes scènes imaginées comme des tableaux vivants emportant les corps tantôt  dans un tourbillon, sur l’énergie musicale des houariyates, où se mélangent expérimentation rituelle et transe emportant le spectateur dans une variété d’émotions et d’énergies des plus puissantes aux plus sereines.

    L’artiste, convaincue que la question de préservation de «moment de la performance», en repousse l’idée de conservation de clichés ou de vidéos. Toute forme de capture y est donc proscrite par crainte, dit-elle, «d’en déformer l’instantanéité». Une collaboration avec l’artiste plasticien Youssef el Kahfai a toutefois permis une forme de pérennité vivante de la performance. Ce dernier a réalisé des dessins, tableaux et autre «eau forte» qui accompagnent le spectacle.

                                                                                       

    Carte blanche à Mohamed El Baz

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    L’exposition collective intitulée A Forest / La Forêt / El Ghaba, réunit 6 artistes contemporains sous la houlette de Mohamed El Baz (Ph. Bziouat)

    De l’infiniment petit peut jaillir une force et une énergie aussi puissantes que celles émanant d’une œuvre monumentale. C’est l’impression que donne l’installation de Mbarek Bouhchichi, faite d’une centaine de têtes miniatures dressées sur un plateau. Celle-ci fait face au polyptyque géant de 5 m de long, à mi-chemin entre photographie et performance de Youssef Ouchra.

    Le tirage photographique représente l’artiste ayant posé immobile pendant une heure avec 200 aiguilles d’acupuncture plantées sur tout le corps, qui représentent les 193 pays du globe.  Plus loin, Saïd Afifi propose une installation immersive en réalité virtuelle conçue à partir de clichés de grottes pris par le CNRS et entièrement réalisés en photogrammétrie sous-marine. L’installation tente de reformuler un langage plastique et poétique dans une mise en scène onirique.

    Aérienne, presque immatérielle et pourtant d’une grande profondeur, l’installation de Safae Erruas, faite de dizaines de cocons de vers à soie suspendus, semble nous inviter à pénétrer dans une étrange matrice à travers un portail multidimensionnel.

    Les portraits extrêmement troublants, d'une grande intensité expressive et d’une  esthétique des plus singulières, de Maria Karim font écho aux œuvres d’Ilias Selfati, qui dépeint d’une manière extrêmement  plastique, presque velléitaire, le désordre, l’injustice et les  guerres qu’offre le monde d’aujourd’hui.

    Une belle palette d’artistes et un ensemble cohérant réunis par l’artiste Mohamed El Baz pour une expo-carte blanche au sous-sol du Musée Mohammed VI à ne rater sous aucun prétexte.  L’artiste agrémente l’exposition de quelques-unes de ses œuvres phares, dont la réinterprétation des fameuses cartes «Ronda», qui nous fait directement entrer dans le jeu de l’artiste. «Une sorte de charade, où l’artiste tente de bricoler l’incurable», nous  renvoyant sans cesse à l’actualité du monde.

    A.Bo

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    A.Bo

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