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    «Nous sommes hors la loi»: Un manifeste qui relance le débat sur les libertés

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5600 Le 25/09/2019 | Partager
    Appel à la refonte de «lois injustes et obsolètes»
    Les signataires pointent les dangers de «la culture du mensonge et de l’hypocrisie sociale»
    Urgence d’un débat national autour de ces questions
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    Le lancement du manifeste «nous sommes hors la loi» remet sur la table certains sujets de société, comme la refonte des lois régissant l’avortement ou les relations consenties entre majeurs hors mariage. Jusqu’à maintenant, ce sont les ONG qui se montrent les plus remuantes face à l’immobilisme des partis, prudents à cause de calculs électoralistes (Ph. Bziouat)

    «Nous sommes tous hors la loi». C’est le cri de détresse lancé par un collectif d’intellectuels, artistes, journalistes, banquiers, universitaires, hommes d’affaires… L’objectif est de relancer le débat autour des libertés individuelles, dans le sillage de l’affaire en cours de la journaliste Hajar Raissouni, accusée d’avortement clandestin et de relations sexuelles hors mariage.

    Ces deux sujets, incriminés par le code pénal, avaient déjà créé la polémique à plusieurs reprises et suscité des prises de position, essentiellement par des ONG. La plupart des partis politiques semblent plutôt indécis sur ces questions, évitant de prendre une position tranchée. Aujourd’hui, ce manifeste, signé par plus de 470 personnalités marocaines, jette un pavé dans la mare. Surtout que les signataires sont issus de différentes sensibilités idéologiques et socioprofessionnelles.

    Y figurent des intellectuels et artistes, connus pour leurs positions en faveur des libertés individuelles et de la consolidation des droits des femmes, à l’image de Abdellatif Laabi, Leila Slimani, Noureddine Ayouch, le philosophe Ali Benmakhlouf. Mais également des personnalités issues de courants conservateurs, à l’image de Mohamed Abdelouahab Rafiki (Abu Hafs), ancien détenu salafiste.

    Par ce manifeste, ils dénoncent des «lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être». Ces textes juridiques sont considérés comme «liberticides et inapplicables». Ils déplorent également «la culture du mensonge et de l’hypocrisie sociale, qui génère la violence, l’arbitraire et l’intolérance».

    Concrètement, les signataires de cette pétition appellent à «engager un débat national sur les libertés individuelles». Cela «n’est pas un luxe, ce n’est pas une faveur. C’est une nécessité», est-il indiqué. Cette prise de position de la part d’un groupe d’intellectuels tranche avec l’immobilisme des partis politiques, généralement dans l’hésitation sur ces dossiers à cause de calculs électoralistes.

    Surtout vu l’expérience de certains patrons de partis, qui se sont vu lynchés sur les réseaux sociaux après s’être exprimés sur certains sujets de société. C’est le cas notamment de Driss Lachgar, qui avait fait les frais de ces déclarations en faveur de la dépénalisation de l’avortement et de l’égalité dans l’héritage.

    Le premier secrétaire de l’USFP avait fait l’objet d’une véritable campagne de dénigrement. Interpellé récemment sur le dossier des libertés individuelles, il s’est contenté d’appeler à ouvrir un débat autour de ces questions, en prenant en considération l’évolution de la société.

    Au niveau législatif, certains partis comme le PPS avaient introduit une proposition de loi pour réglementer les cas d’interruption volontaire de la grossesse. Ses dispositions ont limité l’autorisation de l’avortement à certains cas, avec un accord d’une commission multidisciplinaire composée d’au moins 3 médecins.

    En face, les ONG appellent au transfert des dispositions relatives à l’interruption volontaire de la grossesse du code pénal au code de la santé. Elles revendiquent une harmonisation avec les recommandations de l’OMS et du Comité des droits de l’enfant et de la déclaration de Beijing, qui précisent que «les femmes doivent jouir de tous leurs droits, y compris celui de décider de leur grossesse».

    Ces associations considèrent que le projet de loi qui introduit les nouvelles dispositions sur l’avortement, dans le cadre de la réforme du code pénal, «est extrêmement restrictif et incapable d’apporter des réponses effectives aux problèmes posés par ce phénomène, eu égard à son ampleur». De leur côté, les signataires du manifeste «nous sommes hors la loi» appellent le gouvernement et le Parlement à «faire preuve de courage, à faire ce pas en avant».

    Qu’en pensent les Marocains?

    «Nous croyons que la société marocaine est mûre pour le changement et pour que soient enfin entérinés le respect de la vie privée et le droit de chacun à disposer de son corps». C’est l’un des principaux messages lancés par les signataires du manifeste «nous sommes hors la loi». Néanmoins, certaines données semblent relativiser ce constat. Un sondage réalisé par L’Economiste-Sunergia durant les 3 premiers mois de 2018 a mis l’accent sur la persistance du conservatisme au sein de la société. Face à la question «êtes-vous pour le droit à l’avortement quelle que soit la raison?» les réponses négatives sont majoritaires. 76% des personnes interrogées ont affiché un avis négatif contre le droit à l’avortement. Ce taux est élevé même chez les femmes, avec 78%. La différence du milieu de résidence n’a pas non plus influencé les résultats, puisque la part du refus est identique chez les citadins et les ruraux.

    M.A.M.

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