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    Tribune

    Vers le renouveau de la théorie économique

    Par Marouane HATIM | Edition N°:5587 Le 06/09/2019 | Partager

    Marouane Hatim est un économiste chercheur avec plusieurs casquettes. Docteur en sciences économiques de l’Université de Perpignan via Domitia, il détient également un master en Gestion de patrimoine de l’Université d’Aix-Marseille. Il exerce depuis 17 ans en banque privée, conseil patrimonial et investissement financier. Il est également enseignant formateur. Marouane Hatim est auteur de plusieurs recherches dans le domaine financier et vient de publier un livre sur la gestion de patrimoine et le comportement de l’épargne privée au Maroc (Ph. MH)  

    On paraît dérouté. Oui, c’est le cas de le dire aujourd’hui. Depuis la crise financière de 2007, les visions économiques semblent ne pas pouvoir donner des éclairages sur les stratégies concrètes de relance durable des économies. Depuis quelque temps, on est face à des paradoxes de chiffres, de tendances et de discours. Aucune cohérence d’ensemble n’émerge pour acter une tendance de fond, dans les faits économiques observés.

    Dans les économies développées, on évolue sous un phénomène atypique inimaginable au siècle dernier: les taux d’intérêts négatifs. Les dettes des pays développés ont considérablement augmenté en conséquence. Alors qu’il y a quelques années, la dette souveraine était encore un sujet majeur dans la sortie de crise pour de nombreux pays. Le taux bas ou négatif semble aujourd’hui un phénomène durable qui ne dérange plus les stratégistes et décideurs économiques.

    Les différentes baisses de taux opérées par les banques centrales n’ont finalement pas pu stimuler la machine économique tel que prévu. La croissance économique observée est restée atone inférieure à la moyenne mondiale dans les pays développés et tirant dans le même temps à la baisse celle des pays en développement (avec quelques décalages de transmission dus au mécanique du commerce mondial).

    La recherche de la croissance économique semble aujourd’hui se nourrir des foyers d’instabilité (politiques: Moyen-Orient; géopolitiques: tensions commerciales Chine – Etats-Unis; économiques: virginité du continent africain…) pouvant exister partout dans le monde.

    Nous avons l’impression que l’ensemble des courants ayant régné durant le siècle dernier sont désavoués. Le protectionnisme récent donne un coup d’arrêt à la globalisation qui a orchestré la croissance mondiale depuis les années 1990 impactant fortement les industries manufacturières dans les pays développés mais surtout le commerce mondial.

    Que devient donc la fameuse conviction de l’usage des taux comme levier de sortie de crise? S’agit-il d’une situation plutôt de défaillance du système économique et financier mondial? Les baisses des taux sont censées relancer l’économie à travers la relance de l’investissement et la réduction des flux d’épargne.

    Les baisses des taux ont un effet de valorisation des actifs immobiliers et mobiliers et par conséquent participent à la création de richesse purement financière (et non forcément économique). Cette idée conforte aujourd’hui l’accentuation des inégalités sociales et la persistance entre capacité d’épargne et besoin d’investissement.

    Les volumes importants de cash injecté par les banques centrales n’ont pas forcément permis d’aller créer de la relance économique, étant donné la perte de confiance observée. La préférence pour le cash est restée de mise. Expliquée par le comportement purement financier dans les économies développées, mais aussi par d’autres raisons dans un pays comme le nôtre (fiscalité, crise de confiance économique…).

    Cette préférence pour la liquidité aura même un effet sur le profil de détention des actifs. Ainsi, thésaurisation, achat d’actifs immobiliers ou financiers constituent une sorte de méfiance qui s’est installée et grippe le fonctionnement normal des mécaniques économiques.

    Le fait générateur de la croissance doit être avant tout la confiance individuelle et collective. Cela passe par le fait que la notion de croissance économique doit s’accompagner d’investissements et d’efforts politiques pour améliorer le bien-être dans ses différentes dimensions et garantir la durabilité.

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    La croissance ne doit pas être initiée et tirée uniquement par l’Etat. La croissance est avant tout l’affaire des investisseurs, autrement dit, des entreprises privées et des ménages. Tout le monde doit être impliqué pour cet objectif. Néanmoins, les niveaux de croissance d’avant ne seront pas forcément retrouvés aujourd’hui.

    Durant plus d’une décade, on a observé des rentabilités dépassant de loin les 3%, créant une pseudo-accoutumance et «confort» de profitabilité chez les investisseurs et faisant oublier la cyclicité de l’économie ou encore la non-durabilité des tendances. Maintenant, nous observons un peu partout dans le monde une croissance basse et fragile qui s’est installée et perdure donnant lieu à une atténuation de la productivité.

    Ce constat remet en cause plusieurs paramètres de politique économique: ainsi, avec la baisse des marges, les politiques publiques doivent être mieux anticipées, plus efficaces et plus ciblées. C’est le cas en matière de politique fiscale où les Etats doivent avoir une approche plus optimale sans enfreindre la dynamique de croissance en vue d’un soutien sain et un financement efficace de l’action publique. En matière d’emploi, il s’agirait d’adopter une approche plus flexible. Pour rappel, le FMI a recommandé au gouvernement marocain d’engager une réforme dans ce sens pour stimuler la création d’emploi avec un cadre réglementaire plus souple.

    Sur le plan financier, les investisseurs doivent accepter, pour certainement une longue période, des rendements bas. Les activités de marchés seront toujours sous pression. Et plus globalement, au niveau politique, cette situation de récession et de faible dynamique de croissance, impose une gestion du moral et le manque de confiance qu’elle induit. La sensation de crise et d’insécurité peut être un sujet de débat politique alimentant fréquemment les tensions sociales et politiques.

    Enfin, d’un point de vue économique, il paraît plus réel de dire que nous vivons une période semblable à celle de 1929. Le mot crise revient encore plus souvent dans l’esprit des opérateurs économiques. Le débat dans de nombreuses économies est celui de la revue des stratégies et des modèles économiques à adopter pour renouer avec une croissance plus forte et durable.

    Si donc, en 1929, Keynes a proposé une base moderne du fonctionnement de l’économie, aujourd’hui, une nouvelle approche économique s’impose avec une vision plus fine permettant d’ajuster les politiques économiques et d’installer un environnement propice à la croissance. Le constat est clair aujourd’hui.

    Le dogme économique prévalant jusqu’à nos jours doit certainement évoluer. La globalisation, phénomène économique majeur du début du XXIe siècle, est aujourd’hui mise à mal avec les stratégies adoptées par des économies développées. En somme, la croissance ce n’est pas simplement une question de modèle mais aussi et plus profondément un sujet de philosophie de fonctionnement économique.

    En attendant, elle reste sur le fil du rasoir.

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